AVANT QUE L’OREILLE PUISSE ENTENDRE, IL FAUT QU’ELLE AIT PERDU SA SENSIBILITÉ

Les quatre premières règles de La Lumière sur le Sentier, si curieux qu’en puisse paraître l’exposé, sont incontestablement les plus importantes de tout le livre, sauf une seule. La raison pour laquelle elles ont une telle importance est qu’elles renferment la loi vitale, la réelle essence créatrice de l’homme astral. Or, c’est seulement dans la conscience astrale (ou lumineuse par soi-même) que les règles qui leur font suite prennent une signification vivante. Aussitôt qu’on est entré en contact avec l’activité des sens astraux – c’est une chose ensuite toute naturelle de commencer à s’en servir – c’est à nous à diriger leurs emplois en appliquant les dernières règles qui nous sont destinées. En parlant ainsi, je veux dire naturellement que les quatre premières règles sont les seules pouvant avoir de l’importance ou de l’intérêt pour ceux qui ne font qu’en lire un texte imprimé. Lorsqu’elles sont gravées indélébilement dans le cœur de l’homme et dans sa vie, il est évident que les autres règles deviennent non plus simplement d’intéressants ou extraordinaires exposés métaphysiques, mais bien des faits réels de la vie qui doivent être saisis et expérimentés.

Les quatre règles se trouvent écrites dans la grande salle de toute véritable Fraternité vivante. Que l’homme se trouve sur le point de vendre son âme au diable, comme Faust ; qu’il doive avoir le dessous dans la bataille, comme Hamlet ; ou qu’il puisse pénétrer dans le temple, en tout cas, ces paroles sont pour lui. L’homme peut choisir entre la vertu et le vice, mais il ne le peut qu’une fois devenu homme ; ni un enfant ni un sauvage ne sauraient choisir. Il en est de même pour le disciple ; il faut avant tout que l’homme devienne un disciple pour qu’il puisse discerner les sentiers et choisir entre eux. Cet effort pour se créer soi-même disciple, pour renaître, l’homme doit l’effectuer en dehors de tout instructeur. Tant que les quatre règles n’ont pas été comprises, aucun instructeur ne saurait lui être utile, et c’est pourquoi les règles parlent des « Maîtres » comme elles le font. Aucun véritable Maître, qu’il soit Adepte de la puissance, de l’amour, ou des ténèbres, ne peut avoir une influence sur l’homme avant que celui-ci ait dépassé ces quatre règles.

Les larmes, comme je l’ai dit, peuvent être appelées l’humidité de la vie. L’âme doit avoir rejeté les émotions humaines et s’être assuré un équilibre qui ne puisse être ébranlé par l’infortune, avant que ses yeux puissent s’ouvrir sur le monde super-humain.

La voix des Maîtres résonne toujours dans le monde ; mais ne l’entendent que ceux dont les oreilles ne sont plus réceptives aux sons qui affectent la vie personnelle. Le rire ne soulage plus le cœur, la colère ne le rend plus furieux, les paroles tendres ne lui apportent plus aucun baume. Parce que dans l’âme, pour laquelle les oreilles sont comme une porte sur l’extérieur, il y a un lieu de paix inaltérable en soi et que personne ne peut troubler.

Si les yeux sont les fenêtres de l’âme, les oreilles en sont les vestibules ou les portes. C’est par elles que nous prenons connaissance de la confusion du monde. Les grands Etres qui ont conquis la vie, qui sont devenus plus que des disciples, demeurent en paix et tranquilles au milieu du frémissement et du mouvement kaléidoscopique de l’humanité. Ils ont au-dedans d’eux-mêmes un savoir sûr aussi bien qu’une paix parfaite, de sorte qu’ils ne sont ni stimulés ni excités par les fragments d’information partiaux ou erronés que leur transmettent aux oreilles les voix changeantes de ceux qui les entourent. Quand je parle du Savoir, je veux dire le Savoir intuitif. Cette information sûre ne peut jamais être obtenue par un travail ardu ou par l’expérimentation ; parce que ces méthodes-là ne sont applicables qu’à la matière, et que la matière est en soi une substance parfaitement instable, continuellement affectée par le changement. Les lois les plus absolues et les plus universelles de la vie naturelle et physique, telles que le savant les comprend, disparaîtront quand s’évanouira la vie de l’univers et que son âme seule subsistera dans le silence. De quelle valeur sera, alors, la connaissance de ces lois, acquise par le travail et l’observation ?

J’espère qu’aucun lecteur ou critique ne déduira de ce que j’ai dit que j’essaie de déprécier ou de dénigrer les acquisitions de la science ou l’œuvre des savants. J’estime, au contraire, que les hommes de science sont les pionniers de la pensée moderne. Les temps héroïques de la littérature et de l’art – où les poètes et les sculpteurs voyaient la lumière divine et l’exprimaient dans leur langage particulier – ces temps-là sont enfouis dans un lointain passé avec les sculpteurs d’avant Phidias et les poètes pré-homériques. Les Mystères ne gouvernent plus le monde de la Pensée et de la beauté. La puissance qui gouverne, c’est la vie humaine et non pas ce qui la transcende. Les travailleurs intellectuels cependant progressent, moins par leur propre volonté que par la force des circonstances, vers la lointaine limite qui sépare les choses interprétables de celles qui ne le sont pas. Chaque nouvelle découverte les porte un pas en avant ; aussi, j’estime infiniment le savoir obtenu par la recherche et l’expérimentation.

Mais la connaissance intuitive est quelque chose de tout à fait différent. On ne l’acquiert pas attendu qu’elle est – à proprement parler – une faculté de l’âme ; non pas de l’âme animale, celle qui, après la mort devient ombre que la convoitise, l’attrait ou le souvenir de ses mauvaises actions retient dans le voisinage des êtres humains ; mais bien de l’âme divine qui anime toutes les formes extérieures de l’être individualisé.

L’intuition est, évidemment, une faculté qui a sa demeure dans l’âme individuelle et qui lui est inhérente. L’aspirant disciple doit s’éveiller à la conscience intuitive par un farouche et indomptable effort. J’emploie le mot indomptable pour une raison spéciale : Celui qui est indomptable, qui ne peut être dominé, qui sait qu’il doit agir en maître sur les hommes, sur les événements, sur toutes choses à l’exception de sa propre divinité, celui-là seul peut éveiller cette faculté. « Avec la foi, tout est possible ». Les sceptiques se rient de la foi et se font gloire d’en être indemnes. La vérité c’est que la foi est un puissant levier, une énergie formidable qui peut, en effet, tout accomplir. C’est que la foi est le pacte – le contrat – entre la nature divine de l’homme et son moi inférieur.

L’utilisation de ce levier est tout à fait nécessaire pour obtenir la connaissance intuitive car, à moins de croire qu’une telle connaissance existe en lui-même, comment un homme pourrait-il y faire appel et en user ?

Sans cette foi, l’homme est plus abandonné qu’une épave à la dérive sur les hautes vagues de l’Océan. L’épave est, en effet, projetée de-ci de-là comme le peut être un homme livré aux hasards de la fortune. Mais de telles aventures sont purement extérieures et de très peu d’importance. Un esclave peut être traîné à travers les rues dans les chaînes et cependant posséder l’âme tranquille d’un philosophe, ainsi qu’on l’a pu voir en la personne d’Epictète. Un homme peut avoir en sa possession toutes les richesses du monde, paraître maître absolu de son destin et pourtant ne connaître ni paix ni certitude, parce qu’au-dedans de lui-même il est ébranlé par toutes les vagues de pensées qu’il rencontre. Et ces vagues changeantes n’emportent pas seulement le corps de l’homme de-ci de-là comme une épave flottant sur l’eau, ce qui ne serait rien. Elles entrent par les portes de son âme et submergent cette âme ; elles l’aveuglent, la dépouillent et la vident de toute intelligence permanente, de sorte que les impressions passagères l’affectent.

Pour rendre ma pensée plus claire, j’emploierai une comparaison. Considérez un écrivain à son travail, un peintre devant sa toile, un compositeur écoutant les mélodies qui chantent dans son imagination joyeuse ; que n’importe lequel de ces créateurs ait à passer ses journées devant une large fenêtre ouverte sur une rue très fréquentée. La puissance de la vie qui l’anime aura pour effet d’annihiler en lui à la fois la vue et l’ouïe, et l’intense trafic de la ville ne sera pour lui qu’un flux dénué d’intérêt. Mais qu’un homme à l’esprit vide et aux journées sans but vienne s’asseoir à cette même fenêtre, il observera les passants et se souviendra des visages qui, par hasard, auront eu le don de lui plaire ou de l’intéresser. Ainsi en est-il de l’intellect dans son contact avec l’éternelle vérité. Lorsqu’il ne transmet plus à l’âme ses oscillations, sa connaissance fragmentaire, ses renseignements incertains, alors, dans le centre intérieur de paix – déjà trouvé lorsque la première règle a été comprise – dans ce lieu intérieur jaillit, comme une flamme, la lumière de la connaissance vraie. Dès lors, les oreilles commencent à entendre. Très vaguement très faiblement d’abord. Et en effet, si vagues et si faibles sont ces premiers indices du commencement de la vraie vie, que parfois on les repousse comme de pures imaginations, de simples illusions. Mais pour que ces indices puissent devenir autre chose que de pures imaginations, l’abîme du néant doit être affronté sous une autre forme. Le parfait silence qu’on ne peut obtenir qu’en fermant les oreilles à tous les sons éphémères, revêt une horreur encore plus épouvantable que le vide sans forme de l’espace. L’unique conception que nous puissions nous faire de l’espace vide, est, je pense, si on la réduit au minimum de réaction mentale, celle des plus noires ténèbres. Celles-ci causent à la plupart des gens une intense peur physique, et lorsqu’on les conçoit comme éternelles et immuables, il vient à l’esprit l’idée d’annihilation plutôt que de toute autre chose ; ce n’est pourtant que l’oblitération d’un seul sens et le son d’une voix peut encore s’élever et apporter le réconfort, même dans la plus profonde obscurité. Le disciple, ayant trouvé son chemin dans ces ténèbres – qui constituent l’effrayant abîme – doit alors fermer si bien les portes de son âme que nul consolateur ni aucun ennemi ne puisse y entrer. Et c’est en faisant ce deuxième effort que la peine et le plaisir sont reconnus comme n’étant qu’une sensation par ceux-là qui, auparavant, étaient incapables de s’en rendre compte. Cependant, quand la solitude du silence est atteinte, l’âme désire si ardemment et si passionnément Quelque sensation sur laquelle s’appuyer, qu’elle accueillerait aussi bien une sensation douloureuse qu’une sensation agréable. Lorsque cet état de conscience est atteint, l’homme courageux qui s’y accroche et s’y maintient, peut du même coup détruire la « sensibilité ». Lorsque l’oreille n’établit plus de distinction entre ce qui est agréable et ce qui est douloureux, elle ne saurait plus être affectée par les voix d’autrui. Par conséquent on peut être sûr et certain d’ouvrir les portes de l’âme.

L’acquisition de « la vue » est le premier effort et le plus aisé, parce qu’il est en partie accompli au moyen de l’intellect. L’intellect peut conquérir le cœur ainsi qu’on l’observe facilement dans la vie ordinaire. C’est pourquoi ce pas préliminaire appartient encore au domaine de la matière ; mais le deuxième pas ne souffre point une telle assistance, ni aucune aide matérielle quelle qu’elle soit. Par aide matérielle j’entends, naturellement, l’action du cerveau, ou des émotions ou de l’âme humaine. En contraignant les oreilles à n’écouter que l’éternel silence, l’être que nous appelons l’homme devient quelque chose qui n’est plus l’homme. Un examen même très superficiel des mille et une influences qui sont exercées sur nous par autrui, montrera qu’il doit en être ainsi. Un disciple remplira tous les devoirs de sa nature humaine, mais il les remplira d’après son propre sentiment de la droiture, et non d’après celui de quelque autre personne ou association de personnes. Ceci est un résultat très évident qui découle du fait de suivre une doctrine de science certaine et non quelqu’une des croyances aveugles.

Pour obtenir le pur silence nécessaire au disciple, le cœur et ses émotions, le cerveau et ses concepts intellectuels doivent être écartés. Tous deux ne sont que des mécanismes, qui périront en même temps que la si courte vie de l’homme. C’est l’essence au-delà de ces fonctions, l’énergie motrice qui anime l’homme, qui maintenant est contrainte de s’éveiller et d’agir. Or, c’est l’heure du plus grand danger. Dès la première épreuve il y a des hommes qui deviennent fous de peur, et c’est elle qu’a décrite Bulwer Lytton. Mais si quelques poètes l’ont fait, aucun romancier n’a parlé de la deuxième épreuve. La subtilité et la grandeur du danger de celle-ci résident dans le fait que c’est de la mesure de la force de l’homme que dépend la chance qu’il a soit de la franchir, soit même de l’affronter. S’il a suffisamment de puissance pour éveiller cette région inconnue de son être – la suprême essence – alors il aura celle de soulever les Portes d’Or, et sera dès lors le véritable alchimiste, possesseur de l’élixir de vie.

C’est à ce point de l’expérience que l’Occultiste se trouve séparé de tous les autres hommes et qu’il commence à mener une vie qui lui est propre, qu’il avance sur le sentier du progrès individuel, au lieu d’obéir simplement aux génies qui régentent notre terre. Cette élévation de lui-même à une puissance qui lui est propre l’identifie, en réalité, aux plus nobles forces de la vie et l’unifie à elles. Car ces forces résident au-delà des puissances de cette terre et des lois de notre univers. C’est ici que se trouve le seul espoir qu’a l’homme de réussir dans ce grand effort qu’il doit faire pour s’élancer, directement, de sa position actuelle à la suivante et devenir, du même coup, une partie intrinsèque de la puissance divine, comme il a été une partie intrinsèque de la puissance intellectuelle de la grande nature à laquelle il appartient. Il se tient constamment en avance sur lui-même, si toutefois on peut comprendre une telle contradiction. Ce sont les hommes qui adhèrent à cette manière de voir, qui croient en leur capacité innée de progrès et en celle de toute la race, ce sont ceux-là qui sont les Frères Aînés, les pionniers. Chaque homme doit accomplir le grand saut par lui-même et sans aide, et cependant il est bon de savoir que d’autres ont marché avant lui sur cette route. Il est possible qu’ils se soient égarés dans l’abîme ; qu’importe, ils ont eu le courage de s’y engager. Mais si je dis qu’il est possible qu’ils se soient égarés dans l’abîme, c’est à cause de ce fait que quelqu’un l’ayant traversé devient méconnaissable pour qui le revoit, jusqu’à ce que tous les deux aient atteint l’autre condition toute différente. Il est inutile d’essayer d’envisager à présent ce que peut être ce nouvel état. Je dirai seulement que dès qu’il est entré dans l’état de parfait silence, l’homme perd la connaissance de ses amis, de ses amours, de tout ce qui l’a touché de près et lui a été cher ; il perd aussi de vue ses Instructeurs et ceux qui l’ont précédé sur son chemin. J’explique ceci parce que rare est celui qui traverse cette épreuve sans plaintes amères. Si l’esprit humain pouvait comprendre par avance que le silence doit être absolu, certainement cette plainte ne devrait pas se dresser en obstacle sur le Sentier. Votre Instructeur, ou celui qui vous précède, peut tenir votre main dans la sienne et vous témoigner toute la sympathie dont le cœur humain est capable. Mais, quand viennent le silence et l’obscurité, vous le perdez entièrement de vue, vous êtes seul et il ne peut pas vous aider, non parce qu’il a perdu sa puissance, mais parce que vous avez invoqué votre grand ennemi.

Par votre grand ennemi, j’entends « vous-même ». Si vous avez le pouvoir d’affronter votre âme dans les ténèbres et le silence, vous aurez vaincu le moi physique ou animal qui réside uniquement dans la sensation.

Cet exposé, je le crains, paraîtra enchevêtré, mais en réalité il est tout à fait simple. Lorsqu’il a atteint sa maturité et que la civilisation est à son apogée, l’homme se trouve entre deux feux, si seulement il pouvait revendiquer son grand héritage, l’encombrant appareil de la vie simplement animale s’écarterait de lui sans difficulté ; mais il ne lance pas cet appel, et par suite les races d’hommes s’épanouissent, puis languissent et meurent, et disparaissent de la surface de la terre, quelque splendide qu’en ait été la floraison. Et c’est à l’individu qu’il incombe de faire ce grand effort ; de refuser d’être terrifié par sa nature supérieure ; de se refuser à être tiré en arrière par son moi inférieur, ou matériel. Tout individu qui accomplit cela est un rédempteur de la race. Il pourra ne pas proclamer ses exploits, il pourra vivre dans la solitude et le silence ; mais il est certain qu’il constitue un lien entre l’homme et son être divin, entre le connu et l’inconnu, entre l’agitation de la place publique et la paix des Himalayas couronnés de neige. Il n’a pas besoin d’aller parmi les hommes pour établir ce lien; dans l’astral il « est » ce lien, et ce fait le rend différent du reste de l’humanité. Déjà à ses débuts sur la route du savoir, quand il n’a fait encore que le deuxième pas, il trouve sa marche plus assurée et devient conscient d’être un fragment reconnu d’un tout.

C’est là l’une des contradictions de la vie – qui se présente si fréquemment qu’elles offrent un aliment à l’imagination des romanciers ; l’Occultiste s’aperçoit vite que ces contradictions s’accentuent lorsqu’il s’efforce de vivre la vie qu’il a choisie. À mesure qu’il se retire en soi et devient indépendant, il constate qu’il est devenu une partie de plus en plus déterminée, ou caractérisée, d’un immense courant de pensée et de sentiment bien définis. Lorsqu’il a appris la première leçon, qu’il a vaincu la faim du cœur, et refusé de vivre de l’amour d’autrui, le disciple constate qu’il est devenu plus capable d’inspirer l’amour. Au moment où il rejette la vie, celle-ci vient à lui sous une forme nouvelle et avec une nouvelle signification. Le monde a toujours été pour l’homme un lieu rempli de contradictions ; quand il devient disciple, il pense que la vie peut se décrire comme une suite de paradoxes. C’est un fait de nature dont la raison est assez compréhensible. L’âme de l’homme, même celle du plus vil parmi nous, « est isolée comme une étoile » tant que sa conscience reste soumise à la loi de la vie vibrante et passionnée. Ceci, tout seul, suffirait à causer ces complications de caractère qui servent de sujets au romancier : chaque homme est un mystère aussi bien pour son ami et son ennemi que pour lui-même. Ses mobiles sont souvent impossibles à découvrir ; il ne peut pas les sonder ni savoir pourquoi il fait ceci ou cela. L’effort du disciple doit être d’éveiller la conscience dans cette région étoilée de lui-même, là où sa puissance et sa divinité reposent endormies. Au fur et à mesure que cette conscience s’éveille, les contradictions dans l’homme lui-même deviennent plus marquées que jamais ; et aussi les paradoxes à travers lesquels il vit. Car il est bien sûr que l’homme crée sa propre vie ; et « les aventures sont aux aventureux » est un de ces sages proverbes tirés des faits réels, et qui s’étendent à tout le champ de l’expérience humaine.

Toute pression exercée sur la nature divine de l’homme réagit sur l’être animal : lorsque l’âme silencieuse s’éveille, elle rend la vie ordinaire de l’homme plus agissante, plus énergique, plus vraie et plus responsable. Pour m’en tenir aux deux exemples mentionnés, j’ajoute : l’Occultiste qui s’est retiré dans sa citadelle a trouvé sa force ; la conscience qu’il aura désormais des exigences que lui impose son devoir est immédiate. Il n’obtient pas sa force de son propre droit, mais bien parce qu’il fait partie du tout ; et, aussitôt qu’il est à l’abri de l’oscillation de la vie et peut demeurer inébranlable, la voix du monde extérieur lui crie de venir travailler avec lui. Il en est de même pour le cœur : c’est quand il ne désire plus rien prendre qu’il lui est demandé de donner abondamment. La Lumière sur le Sentier a été appelée, et très justement, un livre de paradoxes ; que pouvait-elle être d’autre étant donné qu’elle traite de la réelle expérience personnelle du disciple ?

Avoir acquis les sens astraux de la vue et de l’ouïe ou, autrement dit, avoir atteint la perception et ouvert les portes de l’âme, sont des tâches gigantesques qui peuvent nécessiter le sacrifice de nombreuses incarnations successives. Et cependant, quand la volonté a atteint sa force, le miracle entier peut s’accomplir en une seconde. Alors, le disciple n’est plus l’esclave du Temps.

Ces deux premiers pas sont négatifs, c’est-à-dire qu’ils impliquent le fait de s’être dégagé d’un présent état de choses, plutôt qu’un mouvement en avant vers une autre condition. Les deux pas suivants sont positifs : ils comportent en effet un progrès dans un autre état de l’être.

LA LUMIÈRE SUR LE SENTIER - COMMENTAIRE 2 - HILARION
AVANT QUE LES YEUX PUISSENT VOIR, ILS DOIVENT ÊTRE INACCESSIBLES AUX LARMES
AVANT QUE L’OREILLE PUISSE ENTENDRE, IL FAUT QU’ELLE AIT PERDU SA SENSIBILITÉ
AVANT QUE LA VOIX PUISSE PARLER EN LA PRÉSENCE DES MAITRES
AVANT QUE LA VOIX PUISSE PARLER EN PRÉSENCE DES MAITRES ELLE DOIT AVOIR PERDU LE POUVOIR DE BLESSER
AVANT QUE L’ÂME PUISSE SE TENIR DEBOUT EN LA PRÉSENCE DES MAITRES SES PIEDS DOIVENT ÊTRE LAVES DANS LE SANG DU CŒUR
LUMIÈRE SUR LE SENTIER – Première partie
LUMIÈRE SUR LE SENTIER – Deuxième PARTIE
Appendice KARMA
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