L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE » – partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre V – L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE »

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Dans la légende scandinave, Ymir, le géant est tué par les fils de Bur et les flots de sang coulant de ses blessures sont tellement abondants que l’inondation noie tous les individus appartenant à la race des géants de brume et de glace. Seuls de cette race, Bergelmir et sa femme se sauvent en montant dans une barque ; il peut, ainsi, perpétuer les géants par une branche nouvelle provenant de l’antique souche. Mais aucun des fils de Bur ne fut englouti par le déluge (274).

Lorsqu’on déchiffre le symbolisme de cette légende diluvienne, on comprend aussitôt le sens réel de l’allégorie. Le géant Ymir personnifie la rude matière organique primitive, les forces cosmiques aveugles, dans leur état chaotique avant d’avoir reçu l’impulsion intelligente de l’Esprit Divin qui les met en mouvement régulier et les soumet à des lois immuables. La progéniture de Bur est « les fils de Dieu » ou les dieux mineurs mentionnés par Platon, dans le Timée. C’est à eux qu’avait été confiée, comme il le dit, la mission de créer les hommes. En effet, nous les voyons emporter les restes déchiquetés d’Ymir dans le Ginnunga-gap, l’abîme chaotique, et les employer pour la création de notre monde. Son sang va former les océans et les fleuves ; ses os, les montagnes ; ses dents, les rochers et les falaises ; ses cheveux, les arbres ; etc. Son crâne forme la voûte céleste supportée par quatre colonnes représentant les quatre points cardinaux. Les sourcils d’Ymir viennent former le futur séjour de l’homme, Midgard. Ce séjour (la terre), dit l’Edda, doit, pour être correctement décrit dans ses plus minutieux détails, être conçu rond comme un anneau ou un disque, flottant au milieu de l’Océan Céleste (Ether). Il est entouré par Yoermungand, le gigantesque Midgard ou Serpent Terrestre, tenant sa queue dans sa gueule. C’est le serpent mondial, matière et esprit, production et émanation combinées d’Ymir, la matière grossière rudimentaire et de l’esprit des « fils de Dieu » qui façonnèrent et créèrent toutes les formes. Cette émanation est la lumière astrale des Cabalistes et l’Ether, encore problématique et à peine connu, c’est « l’agent hypothétique d’une grande élasticité » de nos physiciens.

On peut, grâce à cette même légende Scandinave de la création du genre humain, se faire une idée du degré de certitude auquel les anciens étaient parvenus au sujet de la nature trinitaire de l’homme. D’après le Vôluspa, Odin, Hönir et Lodur, qui sont les progéniteurs de notre race, trouvèrent dans une de leurs courses, sur les bords de l’Océan, deux bâtons qui flottaient sur les vagues, « impuissants, au gré des flots ». Odin leur insuffla la vie, Hönir les doua d’une âme et du mouvement, Lodur leur accorda la beauté, la parole, la vue et l’ouïe. Ils donnèrent à l’homme le nom d’Askr, le frêne (275) ; la femme fut appelée Embla, l’aulne. Ces premiers êtres sont placés dans Midgard (Jardin du milieu ou Eden) et ils héritent ainsi de leurs créateurs, la matière ou la vie inorganique ; le mental ou âme ; et l’esprit pur. La première correspond à la partie de leur organisme qui émane des restes d’Ymir, le géant-matière ; le second à la partie émanant des Æsirs ou dieux, les descendants de Bur ; le troisième procède de Vanr, le représentant de l’esprit pur.

Une autre version de l’Edda fait sortir notre univers visible des rameaux luxuriants de l’arbre mondial, l’Yggdrasil, l’arbre aux trois racines. Sous la première racine coule la fontaine de vie, Urdar ; sous la seconde se trouve le puits célèbre de Mimer, dans lequel sont profondément enfouis la Vivacité d’Esprit et la Sagesse. Odin, l’Alfadir, demande une gorgée de cette eau : il l’obtient au prix d’un de ses yeux mis en gage. Dans ce cas, l’œil est le symbole de la Divinité se révélant elle-même dans la sagesse de sa création, car Odin le laisse au fond du puit profond. Le soin de l’arbre du monde est confié à trois vierges (les Normes ou Parques), Urdhr, Verdandi et Skuld, c’est-à-dire le Présent, le Passé, et le Futur. Chaque matin, tout en fixant le terme de la vie humaine, elles puisent de l’eau à la fontaine Urdar et en arrosent les racines de l’arbre du monde afin qu’il puisse vivre. Les exhalaisons d’yggdrasil (le frêne) se condensent, et, tombant sur la terre, elles appellent à l’existence et aux changements de forme chaque partie de la matière inanimée. Cet arbre est le symbole de la Vie universelle, organique aussi bien qu’inorganique ; ses émanations représentent l’esprit qui vivifie chaque forme de la création ; de ses trois racines l’une s’étend vers le ciel, la seconde est le séjour des magiciens – géants habitant de hautes montagnes – ; la troisième, sous laquelle coule la source Hvergelmir, est rongée par le monstre Nidhügg qui cherche constamment à induire au mal le genre humain. Les Tibétains ont aussi leur arbre du monde et sa légende remonte à une antiquité immémoriale. Chez eux, il se nomme Zampun. La première de ses trois racines s’étend aussi vers les cieux, jusqu’au sommet des montagnes les plus élevées ; la seconde traverse la région inférieure ; la troisième reste à mi-chemin et atteint l’Orient. L’arbre mondial des Hindous est l’Aswatha (276). Ses branches sont les éléments qui composent le monde visible et ses feuilles sont les Mantras des Védas, symboles de l’univers, dans son caractère intellectuel ou moral.

Quiconque étudie soigneusement les anciens mythes cosmogoniques et religieux est forcé de reconnaître que cette frappante similitude de conceptions dans leur forme exotérique et leur esprit ésotérique n’est nullement le résultat d’une simple coïncidence : c’est bien au contraire la preuve d’une origine commune. Nous y voyons que, déjà voilée à nos yeux par la brume impénétrable de la tradition, la pensée religieuse de l’humanité se développait avec une sympathique uniformité dans les parties du globe. Les Chrétiens donnent le nom de Panthéisme à cette adoration de la nature, dans ses vérités les plus cachées. Mais le Panthéisme qui adore et nous révèle Dieu dans l’espace, sous sa seule forme objective possible – celle de la nature visible –, rappelle perpétuellement à l’humain Celui qui l’a créé ; une religion de dogmatisme théologique ne sert qu’à LE dérober encore davantage à nos regards. Et, alors, laquelle de ces deux conceptions est la mieux adaptée aux besoins de l’humanité ?

La science moderne insiste sur la doctrine de l’évolution la raison humaine et la « doctrine secrète » font de même. Cette idée est confirmée par les légendes et par les mythes anciens, même par la Bible, pour qui sait lire entre les lignes. Nous voyons une fleur se dégager lentement d’un bouton et le bouton de la semence. Mais d’où cette semence provient-elle avec tout son programme de transformations physiques et ses forces invisibles, donc spirituelles, qui développent graduellement sa forme, sa couleur et son odeur ? Le mot évolution s’explique lui-même. Le germe de la race humaine actuelle doit avoir préexisté dans une race antérieure comme la graine dans laquelle gît, cachée, la fleur du printemps à venir, s’est développée dans le calice de sa mère, la fleur. La mère peut ne différer que légèrement, mais cependant elle diffère de sa descendance future. Les ancêtres antédiluviens de l’éléphant et du lézard actuels étaient, peut-être, le mammouth et le plésiosaure. Pourquoi les dieux de notre race humaine n’auraient-ils pas été « les géants » des Védas, du Völuspa et du livre de la Genèse ? S’il est positivement absurde de croire que « la transformation des espèces » ait eu lieu dans le sens adopté par les évolutionnistes les plus matérialistes, il est fort naturel de penser que chaque espèce (en commençant par les mollusques pour finir avec l’homme-singe), a changé depuis sa forme primordiale propre. Supposons comme admis que tous « les animaux descendent simplement de quatre ou cinq couples progéniteurs (277) », à la rigueur même « tous les êtres organisés qui ont vécu sur cette terre sont issus d’une forme primordiale unique (278) ». Malgré cela, un matérialiste aveugle, entièrement dépourvu d’intuition peut seul compter sérieusement voir « dans un avenir éloigné…, la psychologie établie sur une base nouvelle, celle de l’acquisition nécessaire et par degrés de chacun des pouvoirs, de chacune des facultés de l’intellect (279). »

L’homme physique, produit de l’évolution, peut être abandonné à l’homme des sciences exactes. Lui seul peut nous éclairer sur l’origine physique de la race. Mais nous devons positivement refuser un tel privilège au matérialiste, dès qu’il s’agit de l’homme psychique et de l’évolution spirituelle. En effet, ni lui, ni ses facultés ne peuvent être prouvés de façon concluante « comme produits de l’évolution, à la manière des plantes les plus humbles ou des plus infimes vermisseaux (280). »

Cela posé, nous allons, maintenant, montrer l’hypothèse évolutionniste des anciens Brahmanes, telle qu’ils l’ont incorporée à l’allégorie de l’arbre mondial. Les Hindous représentent leur arbre mythique, qu’ils appellent Aswatha, d’une manière qui diffère de celle des Scandinaves. Ils le décrivent comme croissant dans une position renversée, branches en bas et racines en haut. Les branches figurent l’image du monde extérieur des sens, c’est-à-dire l’univers cosmique visible et les racines le monde invisible de l’esprit, parce que les racines ont leur genèse dans les régions célestes où, depuis la création du monde, l’humanité a placé son invisible divinité. L’énergie créatrice ayant tiré son origine de ce point primordial, les symboles religieux de chaque peuple sont autant d’exemples de cette hypothèse métaphysique exposée par Pythagore, Platon et d’autres philosophes. D’après Philon (281), « ces Chaldéens voyaient, parmi les choses qui existent, le Cosmos comme un simple point. Ce point lui-même était soit Dieu (Théos) soit ce qui, dans le Cosmos, est Dieu et comprend l’âme de toutes chose. »

La pyramide égyptienne représente également d’une façon symbolique cette idée de l’arbre mondial. Son sommet est le chaînon mystique qui relie la terre au ciel et tient lieu de racines ; la base représente les branches s’étendant aux quatre points cardinaux de l’univers de matière. La pyramide comporte l’idée que toutes choses ont leur origine dans l’esprit car, à l’origine, l’évolution a commencé par le haut et s’est donc faite vers le bas, contrairement à la théorie de Darwin. En d’autres termes, il y eut une matérialisation graduelle des formes, jusqu’à ce qu’elles eussent atteint le point le plus bas fixé pour elles. C’est à ce point que la doctrine moderne de l’évolution entre dans l’arène de l’hypothèse spéculative. Arrivés à cette période, nous comprendrons mieux l’Anthropogénie de Hæckel. Ce philosophe remonte dans la généalogie de l’homme « jusqu’à sa racine protoplasmique fermentant dans la vase des mers qui existaient avant les plus anciennes roches fossilifères », selon le professeur Huxley. Nous pouvons croire l’homme évolué, « par modification graduelle, d’un mammifère d’organisme ressemblant au singe ». C’est encore plus facile quand on se souvient que la même théorie a été émise selon Bérose, bien des milliers d’années avant son époque par Oannès ou Dagon, l’homme poisson, le semi-démon de Babylone (282). Sa phraséologie était plus condensée et moins élégante mais cependant aussi compréhensible. Ajoutons, le fait est intéressant, que cette antique théorie de l’évolution est conservée non seulement par l’allégorie et la légende, mais encore par le pinceau, sur les murs des anciens temples de l’Inde et, sous une forme incomplète, nous la retrouvons encore dans ceux d’Egypte et sur les dalles de Nimroud et de Ninive, exhumées par Layard.

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