Y en a-t-il un parmi vous ou parmi vos amis ou connaissances qui ne lèverait pas la main en réponse à une question concernant le besoin de sympathie au moment où les vagues de chagrin ont abattu le dernier château fort de la matérialité, à l’heure où les sommets de la souffrance ont été atteints et où l’âme est seule avec Dieu, où aucun secours humain n’est possible, où la seule chose qui se trouve entre la vie et la mort est l’endurance de l’âme ?
Si votre mémoire peut évoquer une heure de ce genre avec suffisamment de netteté, ne vous rappelle-t-elle pas aussi les promesses douloureuses que vous avez faites à votre Être Supérieur, à votre Dieu, de racheter le mal que vous avez fait, ou de faire une bonne action qui pourrait changer le cours de votre vie, si vous pouviez trouver le repos ?
Même la mort serait la bienvenue à un pareil moment s’il n’y avait pas d’autre moyen d’apaiser la souffrance de l’âme ou du corps.
Vous ne le savez peut-être pas, mais à ce moment-là, dans les profondeurs, vous avez approché la Divinité beaucoup plus intimement que vous ne l’aviez jamais fait auparavant, ou que vous pourriez le faire maintenant, à moins de vous trouver dans la même situation. Vous avez reçu dans ce contact quelque chose que vous n’aviez jamais possédé, et qui vous sépare pour toujours de l’être matériel que vous étiez auparavant. Peu importe le nom ou le titre que vous donnez à ce cadeau, qu’il soit pour vous une expression d’amour divin, de sympathie, ou de compréhension mutuelle, c’était en vérité une partie de l’Essence divine qui vous était transmise.
Si vous avez laissé ce présent inutilisé, ou si vous ne l’avez employé que lorsqu’un ami proche vous le demandait, ou lorsqu’une calamité nationale frappait si fort à la porte de votre cœur que vous deviez l’ouvrir pour vous protéger, vous avez laissé passer la plus grande occasion de développement qu’un homme ait jamais reçue, et pour laquelle on vous demandera de rendre un compte rigoureux.
L’identité et la qualité présentes ou passées de la personne qui souffre ne devraient aucunement vous importer, non plus que la cause première de sa souffrance ou l’usage qu’elle fera ensuite de votre sympathie. La seule chose qui devrait compter pour vous est le fait qu’à ce moment ou à cette heure, vous avez la grâce d’être devenu le véhicule de transmission de ce présent de l’Esprit saint à une autre âme humaine, que vous êtes devenu capable de diffuser la même Essence divine par laquelle et à travers laquelle vous étiez devenu divin pendant un moment.
Lorsque vous avez reçu la demande silencieuse de partager avec un autre le présent divin, ce qui était en jeu pour vous était la possibilité d’éviter la pire souffrance que vous ayez jamais endurée. Vous n’avez absolument rien à voir avec les résultats de votre sympathie, qu’ils prennent la forme de choses matérielles ou de choses spirituelles. La responsabilité des résultats est entre les mains du Dieu, qui vous a incité à cette action au moment que vous n’oublierez jamais, lorsque vous vous trouviez dans les profondeurs de votre propre souffrance.
Même si vous avez parfois oublié ce cadeau ou manqué de gratitude, vous croyez toujours qu’un moment viendra où vous n’oublierez PAS et où la Gratitude brillera toujours en vous.
Puisque vous croyez ceci, ne pouvez-vous pas aussi comprendre que des efforts répétés amèneront parfois d’autres personnes à se souvenir de ce que vous avez fait pour elles alors qu’elles étaient aussi « dans les profondeurs » ?
En conséquence, vous n’avez aucune raison de craindre l’effet final de vos actes de bonté, quel que soit son aspect temporaire.
Les êtres humains, qu’ils soient de classe élevée ou basse, blancs ou noirs, éduqués ou frustres, sont tous semblables en ce qui concerne les choses réelles et vitales de leur vie complexe, et il y a dans la grande gamme de la vie des notes auxquelles toutes les âmes réagissent.
Est-ce que je vous entends dire : « Mais que faites-vous des démons de l’ingratitude ? L’indifférence de la part d’une personne n’attire-t-elle pas une indifférence égale de la part de l’autre ? » » Ah ! mon enfant ! je vous répète que vous n’avez pas à vous préoccuper des résultats de vos actes de bonté. Vous pouvez en toute sécurité les abandonner entre les mains de Celui qui donne le présent que vous avez reçu dans votre heure d’exaltation. Il a d’autres cadeaux à donner, et votre expression de sympathie peut préparer celui qui la reçoit à la venue du cadeau de Gratitude – la clé qui déverrouillera la porte bien fermée du cœur brûlé par la cruauté, la froideur et l’indifférence du monde. Vous pouvez vous réjouir de la gratitude d’une autre personne, mais vous n’avez pas le droit de demander ce cadeau comme votre droit.
Peu de gens, même parmi les chrétiens les plus orthodoxes, ont interprété correctement cette phrase particulièrement occulte du Maître Jésus : « Celui qui donne une coupe d’eau froide en mon nom, celui-là est mon disciple1 ».
Ce qu’est la coupe d’eau froide pour les lèvres séchées et brûlées du voyageur usé par le désert, telle est la rosée de sympathie et de soutien pour l’âme solitaire dans les profondeurs de sa souffrance. Et si cette sympathie est donnée au nom – c’est-à-dire avec le pouvoir – du Christ, elle s’accompagne du pouvoir spirituel, de l’endurance, du pouvoir de dominer et de conquérir les élémentaux contraignants qui ont plongé cette âme dans ces profondeurs.
Vous avez devant vous une importante occasion de progrès. Un baptême de feu, semblable à celui qui est descendu sur les disciples de Jésus dans la « chambre supérieure », descend aujourd’hui sur toutes les personnes dont le cœur est ouvert à ses flammes.
Les langues de feu et les langues qui ont permis de parler, au cours de ce déluge de feu, dans des langues étrangères, étaient exactement de la même nature : toutes étaient des manifestations du pouvoir du Christ de transmettre la connaissance de cet étrange et nouveau langage de la fraternité humaine.
L’homme ou la femme qui se trouve dans les profondeurs de la souffrance constitue une occasion de développement, donnée par le Christ à tous ceux qui peuvent entendre l’appel des malheureux. Puisse Dieu être miséricordieux pour l’âme humaine qui entend cet appel et refuse d’y répondre, parce qu’elle ne recevra pas de miséricorde lorsque les décrets de la loi de l’évolution seront émis par les administrateurs aveugles de cette loi. Personne n’ira plaider pour elle au nom – c’est-à-dire à l’aide du pouvoir du nom, du pouvoir de ces langues de feu – du pouvoir du Christ, qui lui a été accordé lorsque Dieu le Fils a combiné le Dieu dans l’homme avec l’homme dans Dieu, au moment ou à l’heure où il se trouvait « dans les profondeurs » .
Peu importera que vous soyez membre d’une Église ou d’un autre organisme, ou que vous soyez libre-penseur parmi les agnostiques, mais il sera très important que vous soyez ou non capable d’entendre l’appel de votre Être Supérieur.
Cet appel peut sortir de ma bouche dès maintenant, ou, dans un instant, de celle d’un enfant, d’un mendiant, d’une fille des rues, ou d’un criminel en route vers la prison. Où que ce soit, et quelle que soit la façon dont il vous arrivera, il devrait vous ramener à votre propre expérience et vous inciter à répondre – et ensuite à oublier que vous avez répondu, si vous avez tendance à attendre une expression extérieure de reconnaissance.
Vous trouverez difficile d’entendre cet appel si vos oreilles internes sont encore bouchées par le sens de la séparation – la croyance que la séparation entre les corps s’étend aussi aux âmes.
Seule la réalisation de l’unité essentielle de toutes les choses et de tous les hommes débouchera les yeux et les oreilles de l’âme, et entraînera finalement la disparition de la souffrance.
1 N.D.É. Évangile de Matthieu 10 42.
HILARION - Temple 1 - Leçon 136


