SI NOUS SAVIONS

Si nous savions que demain nous n’aurions plus aucune possibilité de dire ce mot délicat, de donner ce sourire aimant, ce regard doux qui pardonne, de tendre la main qui aide et qui redonne force, serions-nous, croyez-vous, aussi critiques, aussi lents à répondre, aussi rapides à faire des reproches et à rejeter les démarches – souvent beaucoup plus justes et plus profondes que les nôtres – de ceux que nous contactons chaque jour ?

Si nous savions que père, mère, frère, sœur, épouse, enfant ou ami fidèle pourraient ou vont nous être retirés à jamais pendant la nuit, fermerions-nous le livre de la journée, négligerions-nous comme nous le faisons si souvent de nous souhaiter une bonne nuit.

Nous savons combien comptent pour nous un mot de félicitation, de reconnaissance, de véritable encouragement, ou même une simple marque d’attention, au moment où nous faisons face à un sérieux problème ou lorsque nous sommes abattus par le désespoir, alors pourquoi est-il si difficile pour nous d’exprimer ce mot de sympathie, ou d’accorder ce sourire réconfortant et encourageant aux autres ?

Comment se fait-il – posez-vous la question – qu’il soit si difficile de mener une vie de galanterie envers les personnes qui nous sont les plus proches, les plus intimes, les plus fidèles et les plus dévouées, et ce, depuis des jours, des années ou même de grandes périodes de temps ?

Qu’est-ce qui fait – nous arrêtons-nous quelques fois pour y penser – que parfois nous nous amusons presque à précipiter des forces, qui semblent les plus indignes à la meilleure partie de notre être ou à notre soi le plus élevé, sur ceux à qui nous devons le plus ou qui nous ont donné ce qu’ils avaient de meilleur et de plus saint ?

Pouvez-vous répondre à cette question dans votre propre cas ? Vous le pouvez si vous le voulez. Puis-je vous donner certaines indications provenant d’un point de vue plus ancien, plus élevé, d’une plus grande et meilleure expérience que la vôtre, une expérience dont les déductions ont été graduellement tirées et fusionnées en une victoire spirituelle et en une sympathie compréhensive ? Parce que j’ai fait quelques petits pas devant vous, et parce que j’ai le désir de vous aider – étant donné que nous savons qu’en réalité vous espérez être aidés –, puis-je vous parler franchement ?

Bien-aimés, mes enfants, je vous le dis, c’est le « Prince de ce Monde », celui que vous appelez le « Désintégrateur », un parfait démon, qui se défoule de la façon la plus lâche dans sa tentative de vous jeter en bas du « trône » de votre acquisition spirituelle, laquelle a été obtenue par la sueur et le sang, le travail et le labeur au cours d’une longue série d’incarnations. C’est, en d’autres mots, au degré auquel vous lui permettez de s’emparer de vous, que votre « propre être inférieur ou désintégrateur » cherchera aussi à passer le « seuil de votre sanctuaire divin ».

Ouvrez-lui la porte et offrez-lui le gîte, si tel est votre choix. Laissez-le continuer sa censure, ses constantes vitupérations abusives, si vous le devez. Il ne pourra vous faire que du tort, et il le ferait même si c’était à votre pire ennemi ou au plus dangereux des traîtres. Vous serez le plus grand perdant, car vous connaissez la loi.

Aucun pouvoir, aucun homme ne peut perdre pied sur le seuil que vous avez atteints, sauf vous-mêmes. Il faut prendre ce « Désintégrateur » à la gorge et l’étouffer par le pouvoir qui vient de l’intérieur. Sinon, petit à petit, centimètre par centimètre, descente après descente, il prendra possession de vous jusqu’à ce que votre être entier soit sous sa domination et que vous n’ayez plus le pouvoir de vous en défaire.

D’une certaine façon, c’est comme inhaler un anesthésiant. Pendant un bref moment, vous cédez, puis vous trouvez le soulagement, car votre sensibilité est étouffée et la poigne du Soi Intérieur – ou du Soi Supérieur – se relâche. La différence réside cependant dans le fait que vous devrez vous réveiller devant une responsabilité et une souffrance plus grandes qu’avant, parce que vous avez permis au « pôle négatif » de se manifester en le libérant temporairement de l’emprise de son « pôle et guide supérieur » pour soulager ou gratifier votre nature et vos sentiments émotionnels égoïstes ; lorsque, en cas de maladie, on a recours au sommeil obtenu par le moyen d’anesthésiants, le Soi Supérieur accorde une libération temporaire à des fins constructives précises pour que des forces plus raffinées et plus puissantes soient libérées afin de collaborer à résoudre la crise et permettre la récupération. C’est ainsi que les influences qui guérissent sont libérées, et le pôle inférieur et le pôle supérieur réunis, avec des résultats bienfaisants.

Ne laissez personne ni aucun parmi vous penser que ces mots sont dirigées vers eux en particulier. Le fléau que je mentionne est partout en ce moment. Il découle de la tension extérieure largement présente dans l’atmosphère intérieure et extérieure du monde, tant dans la vie privée que dans la vie publique. Il jaillit de l’anxiété, d’une responsabilité prolongée, de la fatigue et du désespoir qui accablent le système nerveux de l’humanité, et il doit être mis en échec avant qu’il n’ait traversé une certaine ligne de démarcation, sans quoi ses récoltes triompheront de la plus forte constitution.

C’est une grande erreur de penser que seuls les faibles ou ceux qui sont peu évolués spirituellement peuvent avoir des luttes semblables à mener et à surmonter. Cette situation frappe tout le monde, indifféremment, partout où les conditions ont rendu ou rendent l’accès possible par la fente la plus étroite. Et ce conflit peut entrer en action sans aucune faute ni intention de la part de la personne qui doit le combattre. Ceci est particulièrement vrai dans le cas de ceux qui ont une vie publique, qui doivent affronter oppositions, attaques et dissimulations. Dans les « amitiés à vie », où, sans s’y attendre, la confiance a été détruite et l’homme intérieur exposé et blessé par une affection et une fidélité brisées, un grand dommage peut être causé si l’organisme est incapable d’éliminer rapidement ces forces empoisonnées.

Dans des cas semblables, les blessures mettent du temps à guérir et parfois causent de sérieux dommages au moi émotionnel astral. Il faut user d’une grande patience, de sympathie et de fermeté. Plus le personnage est élevé ou plus forte est l’inclinaison spirituelle d’une personne, plus grande sera l’allégresse du « Désintégrateur » s’il est parvenu à ébrécher ou créer un clivage dans l’aura. La force mortelle, la tendance à la susceptibilité avec le naufrage des relations qui l’accompagnent et suivent son sillage, l’avantage qui lui permet de rendre futile tout effort constructif, son attitude totalement destructive envers la santé, le bonheur et la satisfaction intérieure, tout cela est en complet désaccord et contraire à toute possibilité d’aide ou de renfort de notre part, de quelque manière que ce soit. Ces éléments ne peuvent que détruire de plus en plus les belles choses, jusqu’à ce que le « Désintégrateur » soit reconnu et vaincu pour de bon par l’exercice de la résolution et de la ténacité.

Vous qui souffrez de sa force démoniaque, faites un pas courageux pour stopper son avance, pour déloger son emprise, et vous sentirez immédiatement les forces de la Loge se déverser en vous et à travers vous pour vous aider. Et ce sera immédiatement plus facile pour vous de faire le pas suivant et ainsi de suite, jusqu’à la ligne d’arrivée. Vous n’avez aucune idée de l’importance de ceci pour vous.

Ce n’est pas sans espoir. Il n’y a pas de fatigue, pas de fardeau trop grand pour empêcher notre aide à l’éliminer, si vous travaillez simplement avec nous. Mais vous devrez faire le premier effort, vous devrez montrer le désir initial.

Vous vous rappellerez combien nous avons répété nos avertissements, combien de fois nous avons plaidé avec vous, pour ainsi dire, depuis de nombreuses années, dans les messages annuels plus particulièrement, en vous disant de prendre note et de tirer avantage de la puissance et de la facilité et du plaisir de vivre dans la bonté, la compréhension sympathique l’un de l’autre. C’était pour votre propre bien que nous l’avons fait, aussi bien que pour impressionner et avoir un effet sur d’autres, peut-être de parfaits étrangers, qui vous regardaient et vous prenaient en exemple. Nous avons voulu vous sauver de la souffrance encourue à travers les difficultés dans lesquelles vous vous trouverez inévitablement pris si vous permettez à un flux de forces lâchement et négligemment dirigées de devenir graduellement une habitude émotionnelle qui s’établit dans votre travail et vos devoirs quotidiens l’un envers l’autre.

Cela peut passer pour mineur et non intentionnel au début, mais la répétition use jusqu’à ce que cela devienne insupportable. La constitution délicate se brise d’abord, et ce n’est, par la suite, qu’une question de temps pour les plus forts et les plus endurants.

Sûrement, vous ne voulez pas être connus comme des personnes qui critiquent, pleurnichardes, tyranniques, antipathiques, brutales et égoïstes. Vous ne voulez pas que les faibles aient peur de vous, que ceux qui ont besoin d’aide se détournent de vous en tremblant en raison de la rudesse, de la force apparemment illimitée et de non-considération de votre nature animale. Nous savons qu’il n’en est pas ainsi, mais que vous êtes pris dans les intrigues du côté négatif de la vie, et que vous devez vous donner une secousse positive si vous voulez vous libérer de son emprise.

Vous n’aimez peut-être pas lire ou écouter ce qui vous est donné ici, mais c’est le conseil le plus rempli de bonté que nous puissions vous offrir actuellement. Connaissant votre cœur, son grand désir de surmonter l’obscurité qui pèse sur vous et de soulever les ombres du moi personnel pour qu’à la place la « royauté » de votre « descendance royale » puisse briller de tous ses feux sur tout, j’ai osé porter ces questions à votre attention une fois de plus, confiant et espérant que cela vous aidera et vous renforcera. Rappelez-vous, jusqu’à ce que vous ayez servi dans la joie véritable, rien de valeur n’est réellement accompli. « Dieu, dit-on, aime celui qui donne avec joie.1 »

Rappelez-vous également le vieil adage qui dit : « Charité bien ordonnée commence par soi-même. » Nous pouvons substituer au mot « charité » le mot « chevalerie » (la marque du chevalier), et nous verrons alors une véritable chevalerie s’établir autour de la « pierre du foyer », l’autel sacré de la maison et de l’âme.

1 N.D.É. Paul, Épîtres aux Corinthiens 9 7.

HILARION - Temple 2 - Leçon 315
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