CELUI QUI PORTE LE FARDEAU

À mesure que les années avancent, les capacités du corps physique s’estompent, les yeux s’affaiblissent et les oreilles n’entendent plus le chant de la tourterelle. Si son cœur n’a pas été flétri par la cruauté ou glacé par la négligence de ceux qui cheminent sur le même sentier que lui, un sentiment de profonde solitude, une soif inexprimable de compagnie s’empare de l’âme du pèlerin – soif du contact d’une main amicale ou du regard de compréhension provenant des yeux d’une autre âme qui a traversé la même vallée d’affliction et saisi un aperçu du « lieu de paix ».

S’il a acquis le pouvoir de clairvoyance, pas même la connaissance qu’il a été trompé et exploité par ceux qu’il a rencontrés et aimés de la façon la plus désintéressée, tandis qu’il cheminait, ne pourra éteindre l’intense soif qu’il ressent de réaliser l’idéal qu’il a si souvent attribué au « soi » de l’être aimé.

L’espoir est la dernière chose vivante à mourir dans le cœur humain, et aussi longtemps qu’il y a de l’espoir, l’âme va continuer à chercher son idéal. Bien que cette âme doive regarder en avant autant que se retourner vers la longue rangée de tombeaux vermoulus où reposent maintenant – ou bien reposeront un jour – les formes mortes de ceux qui ont autrefois porté les atours de son idéal, elle attend, impatiente, vigilante et aux aguets, elle attend sans relâche la première lueur de « l’autre soi », du « soi » qui ne mourra pas et qui effacera à jamais de sa conscience cette longue rangée de tombeaux.

Peu importe que la main de cet « autre soi » semble souillée et tachée à cause de son contact avec les choses de ce monde, lesquelles salissent et tachent toujours le corps, il y aura derrière l’impulsion qui porte la main tendue vers la sienne suffisamment de pureté, de compassion et de bonté aimante pour laver, une fois pour toutes, chaque tache, chaque salissure, et ne laisser visible à ses yeux qu’une image de la main blanche du Christ.

Ah ! vous qui parlez de fraternité, de compassion et d’amour, et qui malgré cela pouvez passer, sans l’entendre, devant un vieux porteur accablé, qui a soulevé les fardeaux du monde pour que vous et d’autres comme vous puissiez avoir la vie plus libre qui est maintenant vôtre, regardez bien en vous-même si vous n’y trouveriez pas la cause de votre recherche infructueuse de la clef qui ouvre les mystères de la vie. Jamais vous ne la trouverez si vous ne la voyez pas dans chaque visage sillonné de rides, dans chaque main tremblante tendue vers vous dans l’espoir d’un peu d’aide pour traverser quelque ruisseau boueux de la vie, dans chaque âme brisée étendue sur votre chemin, aussi sombre que soit le rideau de la nuit, aussi aveuglant que soit le soleil qui réduit votre vision du sentier. Chaque cri de douleur ou de peine qui tombe dans vos oreilles ou qui perce votre cœur est un appel de cet idéal qui est le vôtre. Chaque fois que votre main se tend avec compassion vers une âme souffrante, ce n’est pas votre main, mais celle de votre bien-aimé qu’elle va saisir, celle du Christ.

HILARION - Temple 2 - Leçon 304
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