LES VIES INFÉRIEURES

Seul un fragment du « Temps », comme les Dieux comptent cette grande illusion, vous sépare du jour où ont surgi de la « boue visqueuse » des mondes souterrains les êtres élémentaires qui, ensemble, ont construit les rupas1 qu’aujourd’hui vous habillez si fièrement de vêtements d’or et parez de pierres précieuses, ces formes changeantes que vous placez sur le siège des dieux, devant lesquelles vous érigez des autels dorés et rappelez à haute voix à vos congénères que c’est à leurs risques et périls s’ils refusent de s’y agenouiller ou de les vénérer, oubliant la façon et les moyens par lesquels ces formes – simulacres de « soi réels » ou mentalités en évolution vêtues de substance éternelle – ont atteint leur statut actuel ; oubliant que les routes ayant servies à leur ascension sont toujours dégagées pour leur descente ; oubliant que leurs corps homogènes pourraient redevenir des formes élémentaires hétérogènes si ces dernières ne remplissent pas le but qui les a appelés à l’expression.

Vous ririez avec mépris de ces « boues visqueuses » – à travers lesquelles vous-mêmes avez péniblement tracé votre chemin – si elles trouvaient une voix pour réclamer votre respect et votre allégeance. Et pourtant, elles retiennent dans leurs profondeurs les êtres inférieurs, la base d’une myriade de formes comme la vôtre, qui n’attendent que l’heure choisie par les Dieux pour entreprendre leur voyage sur le sentier que vous avez traversé.

Donnez l’occasion au Temps de nettoyer la boue visqueuse de ce suintement fétide qui s’accroche encore à vous avant d’oser crier « impur » à tout autre fragment du Soi dont les pieds n’ont été dégagés qu’hier de ce même suintement. Si vous ne vous élevez pas vers de plus grandes hauteurs, leur faisant ainsi de la place, ces fragments du Soi pourraient prendre la vôtre demain, vous repoussant loin en arrière sur ce sentier toujours ouvert, vous ramenant ainsi au point de votre premier départ.

L’or et les bijoux, les autels que vous leur élevez peuvent pour un temps vous rendre aveugles à cette grande vérité qui ne laisse aucune place au doute quant à votre unité avec votre frère. Lorsque l’aveuglement cesse, le véritable ajustement prend place à l’intérieur de l’échelle de la vie pour tous les êtres inférieurs et, au premier plan de votre mental, de toutes les choses qui vous paraissent actuellement confuses, la face de votre frère deviendra la réalité la plus précieuse sur Terre, aussi souillé que ce dernier puisse paraître à vos yeux, aussi loin que ses pieds aient pu s’égarer sur les sentiers interdits, car vous verrez derrière cette triste souillure un autre visage, le vôtre, et plus loin encore celui de Dieu, l’empreinte claire de chacune des vies que le Fils de Dieu a aimées à travers sa propre image.

1 N.D.É. Rupa : mot sanscrit signifiant « corps » – ou toute forme –, même appliqué à celui des Dieux, lequel est pour nous subjectif.

HILARION - Temple 2 - Leçon 302
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