En tant que théosophes, nous sentons que nous avons le droit et le privilège de réduire en miettes toute affirmation, toute théorie ou tout fait considéré comme probable, puis de rassembler les miettes si, en agissant ainsi, nous parvenons à comprendre la vérité sous-jacente, car nous croyons que rien, aucune philosophie, aucune science n’est au-dessus de la vérité. Si après avoir été dans l’erreur, ou avoir accepté aveuglément les erreurs des autres, nous voyons que l’affirmation ou la théorie est conforme à la vérité, ne serait-ce que partiellement, nous devrions être conséquents et reconnaître ce fait.
Aux premiers jours du mouvement théosophique, je pense que plusieurs de ses membres sont tombés dans une certaine erreur concernant les enseignements, la réalité et le but de la vie de Jésus de Nazareth, et il y avait deux raisons maintenant évidentes pour expliquer cette erreur. La première découlait de la réaction naturelle à une acceptation trop empressée des anciens concepts religieux : un esprit de sujétion s’était graduellement instauré dans les Églises orthodoxes et l’esprit libre de l’homme en est venu à se soulever contre cette domination perçue comme une théologie dogmatique. En conséquence, nous en sommes venus à exiger la liberté de l’âme, la liberté de douter, puis la liberté d’écarter ce qui était mis en doute, et cela, sans avoir à être soumis à la persécution de nos ennemis ni au mépris et aux railleries de ceux qui étaient autrefois nos amis.
L’autre cause pouvant expliquer cette erreur est notre mauvaise compréhension des motifs de l’apparente hardiesse de H.P.B. dans sa façon de traiter tous les sujets concernant Jésus. Si elle n’a jamais nié l’existence, la réalité du personnage et la grandeur de ce Maître des hommes, elle a refusé d’accepter la vision orthodoxe d’un sauveur personnel, de sa Divinité, sauf dans la mesure où il avait cultivé l’étincelle du divin dans sa nature à un degré plus grand que ne l’avaient fait les masses humaines. Elle tenait pour ridicule plusieurs aspects de la religion orthodoxe, et pour ceux qui étaient incapables de voir au-delà des mots superficiels, elle pouvait paraître rejeter tous les miracles qui étaient attribués à Jésus. Parmi les auditeurs et les lecteurs de H.P.B., plusieurs ne comprenaient pas sa mission et étaient incapables de comprendre ou d’accepter ses affirmations concernant les différents degrés de Divinité tels qu’ils ont été exprimés dans les diverses humanités à travers le temps, en particulier, les degrés atteints par ceux qui s’étaient élevés vers la perfection – les Maîtres de Sagesse. La conséquence en fut qu’elle a par inadvertance été responsable de certaines des erreurs où sont tombés quelques-uns parmi ses étudiants, ceux-ci ne comprenant pas qu’elle avait été sortie de sa retraite et envoyée dans le monde dans le but précis d’enrayer la vague de matérialisme qui balayait alors le monde. Il lui aurait été impossible de le faire si elle était venue comme un travailleur de la paix ou comme un dévot de quelque religion que ce soit. L’Église chrétienne n’aurait rien voulu savoir d’elle ou de la philosophie qu’elle apportait, et les matérialistes n’auraient rien voulu savoir d’une personne qui se serait faite la championne d’un Dieu personnel ou de n’importe quel concept de Jésus en tant que sauveur personnel.
Même s’il n’existait aucune preuve qu’un homme comme Jésus ait jamais vécu sur Terre, et si le monde des hommes n’avait détenu qu’une seule légende, un seul mythe au sujet d’une beauté et d’un pouvoir aussi merveilleux et d’une histoire aussi sacrée que celle de la vie, la mort et les enseignements de Jésus, cela n’aurait rien changé au fait que même la science profane prouve chaque jour à l’observateur qu’il n’y a pas d’autres moyens pour l’homme de s’élever dans l’échelle d’évolution de la vie que ceux compilés et incorporés dans les enseignements de Jésus, notamment dans le « Sermon sur la montagne ».
Quelqu’un a donné ces enseignements au monde, et le monde a par conséquent envers cette personne une dette dépassant toute possibilité de remboursement. Il y a quelque chose au fond de chaque cœur humain qui proclame la vérité présente dans ces enseignements. Si l’homme n’avait aucun guide extérieur dans tout l’univers pour rectifier sa conduite, s’il n’existait aucun fragment d’écriture dans le monde autre que le « Sermon sur la montagne », cela serait suffisant pour le sortir du vice et des profondeurs de l’ignorance, et l’emmener jusqu’aux hauteurs de la Divinité, s’il décidait seulement de se conformer aux règles qui y sont énoncées.
Sachant tout ceci, et sachant que ces mots ont été attribués à Jésus, ne serait-ce pas le summum de l’absurdité que de refuser de croire en celui qui a prononcé ces mots qui ne pouvaient jaillir que d’une source divine ? Car, comme Jésus l’a dit : « On ne cueille pas les figues sur les chardons.1 » La direction de la route à suivre pour retourner vers la Divinité ne pouvait provenir que de la Divinité.
Plus un véritable étudiant de l’occultisme examinera les affirmations de Jésus en ignorant, s’il le désire, tout ce que les disciples ou les ennemis de Jésus ont pu dire de lui plus tard, plus claire sera sa vision.
Toutes les affirmations qu’il faisait le concernant, il les appliquait aussi à tous les hommes et à toutes les femmes du monde, en leur demandant seulement d’emprunter le même sentier que lui-même avait foulé, pour qu’ils puissent atteindre le même point.
Seul, il se tient comme un phare pour l’humanité. Alors prenons soin de lui rendre ce qui lui est dû, peu importe ce que d’autres peuvent en penser ou semblent en penser.
1 N.D.É. Évangile de Matthieu 7 16.
HILARION - Temple 2 - Leçon 297


