L’ÉCHEC

La nouvelle que quelqu’un a « échoué », en ce sens qu’il est tombé en disgrâce, a été coupé de l’influence de la Grande Loge Blanche ou n’entretient plus de rapports avec elle, vient facilement aux lèvres d’étudiants plus anciens. Les mots sont dits à mi-voix, gravement, avec un hochement de tête qui donne l’impression qu’une grande catastrophe est survenue. Pourtant, un observateur attentif détecte dans la voix de son interlocuteur une note de triomphe ou de suffisance qui le fait se demander pourquoi cet échec particulier causerait cette satisfaction manifeste.

Il est vrai que H.P.B. et W.Q.J.1 ont parfois utilisé le mot échec pour décrire des manquements importants à la vertu de la part de gens qui, ayant bénéficié d’occasions extraordinaires, n’en avaient pas tiré parti, ou qui, incapables de maîtriser les forces antagonistes qu’ils avaient évoquées, sont tombés sous leur mauvaise influence et, en conséquence, ont emprunté la pente descendante. Mais ces deux personnes savaient exactement ce que signifiait le mot « échec » lorsque le Maître de la Loge l’utilisait, et de quel échec il s’agissait, ce qui n’est pas le cas d’un membre ordinaire d’une section de la Société théosophique.

Je vous recommande de n’employer ce mot qu’avec un soin extrême lorsqu’une faiblesse d’un membre suscite l’indignation ou la critique.

J’aimerais vous faire comprendre que seule une des deux fautes graves suivantes peut fermer à un chéla accepté les portes de la salle de la grande initiation. Ce sont la trahison d’un camarade ou la désobéissance consciente aux directives du Maître. Aucun être humain autre que la personne qui a donné l’ordre et déterminé le résultat n’a ou ne peut avoir la connaissance de cet échec.

À force de désobéir, d’agir de façon non fraternelle, d’avoir des comportements vicieux ou criminels, même un chéla inconscient peut se bloquer pour des siècles l’accès au chemin qui mène à l’initiation consciente. Ces âmes passent à travers tout un cycle d’incarnations sans avancer de façon appréciable. Le monde est peuplé aujourd’hui de millions d’êtres humains qui se trouvent dans cette situation. Ils semblent n’exercer aucun contrôle sur eux-mêmes ou leur situation. Leur conscience les fouette parfois et les pousse à faire un effort pour partir dans la bonne direction, mais ils ne parcourent qu’une faible distance, car leur volonté s’est affaiblie ou est encore sous-développée. Ils vont donc à la dérive, vie après vie. Bien sûr, ils font des progrès, en accord avec la loi naturelle de l’évolution, mais ils se montrent incapables de saisir fermement le serpent du soi et de lui arracher ses crochets venimeux d’égoïsme et de faiblesse. Cela les empêche de revendiquer l’héritage légitime de l’homme – le pouvoir et la sagesse.

Où, dans toute l’étendue de l’espace, peut-on trouver un seul être humain qui n’ait pas échoué encore et encore en essayant d’atteindre un idéal élevé, avant que le succès ne couronne finalement ses efforts ?

La maman oiseau pousse ses oisillons hors du nid. Ils doivent apprendre au sol à voler par eux-mêmes ou succomber à leurs ennemis naturels. Quels efforts apparemment futiles cette petite créature impuissante doit-elle fournir avant d’être capable de remonter, en volant, jusqu’à la hauteur d’où elle a été rejetée ! En réalité, aucun de ces efforts n’était vain. Dans vos efforts pour retrouver la hauteur spirituelle dont la loi karmique vous a chassé, vous pouvez, comme l’oisillon, retomber encore et encore au niveau où la loi de l’évolution vous a placé dans cette incarnation-ci et être forcé de vous incarner sur le plan physique.

Cependant, tant que la grande Âme compatissante de l’Infini sent une pulsation lui répondre lorsqu’elle frappe à votre cœur, vous pouvez relever la tête, si basse quelle ait été, et dire : «Je n’ai pas encore échoué». Mais craignez le moment où votre cœur ne sentira plus de frémissement de pitié pour les âmes qui sont dans l’épreuve autour de vous ; où, sans vous le reprocher, vous direz des mots qui serviront à détruire la paix, l’espoir de votre frère qui lutte ; où, froidement et dans l’indifférence, vous laisserez votre sœur plus faible à la merci des bêtes sauvages qui attendent de la dévorer. Ô mes enfants ! Voilà de quoi sont faits les grands échecs.

Vous ne pourrez jamais étreindre la main du Parfait tant que votre propre main sera souillée du sang de votre frère. Vous ne pourrez jamais traverser indemne les flammes de la Chambre intérieure tant que vous traînerez dans la poussière de votre route la paix et l’honneur de votre sœur. L’échec sera gravé en lettres de feu dans votre âme si vous n’avez pas compris la véritable nature de vos relations avec vos semblables – et profité de cette connaissance.

1 – N.D.É. Deux des fondateurs de la Société théosophique, Helena Petrovna Blavatsky et William Quan Judge.

HILARION - Temple 1 - Leçon 19
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