Selon la Bible, l’homme devra payer pour avoir brisé la loi tant qu’il restera « un seul iota ou un seul trait de lettre1 ». Si cet énoncé est vrai – et il l’est incontestablement –, l’inverse doit l’être également. Obéir à la loi apporte une récompense correspondante. Action et réaction sont égales. Le bris d’une loi morale, physique ou spirituelle établit une cause qui doit invariablement apporter son effet naturel sur le plan d’action correspondant.
Le mot sanskrit « karma » a été utilisé depuis très longtemps par les philosophes d’Extrême-Orient pour désigner la loi de cause à effet. En raison de son utilisation courante dans la littérature théosophique, ce mot fait maintenant partie de la langue française. Dans la nomenclature scientifique, on l’appelle la loi de cause à effet, ou loi de compensation, loi de conséquence. Sa loi « connexe » est celle de la réincarnation ou loi du retour cyclique dans un corps physique.
Les lois du karma et de la réincarnation sont intimement liées, les deux étant naturellement concomitantes. Il est évident qu’il ne saurait y avoir ni le temps ne les lieux nécessaires à la manifestation des effets naturels de nombreuses causes en un seul cycle de vie. Les philosophes orientaux enseignent que les effets d’une cause donnée doivent apparaître sur le même plan que cette cause. Le résultat final des causes établies sur le plan physique doit apparaître sur ce plan. Les conséquences des causes mentales doivent s’exercer sur le plan mental, et celles de l’Esprit sur le plan de l’énergie pure. Les forces et les êtres élémentaux qui produisent les effets peuvent en régler les détails sur des plans intermédiaires d’action, mais les effets finaux apparaîtront sur le même plan que la cause.
Il existe un karma universel, un karma planétaire, un karma national, un karma racial et un karma individuel. Ils résultent de l’action des pôles positif et négatif des énergies de vie. Ces lois déterminent le mouvement de masse et la vibration.
On dit qu’il ne saurait y avoir de commencement sans fin. Les enseignements orthodoxes du christianisme déclarent qu’il doit y avoir une fin au mal, mais ils omettent de préciser ce qu’est le mal en soi ou par quel processus il cessera. Si le bien et le mal existent en tant que réalités, et que l’un des deux prenne fin, les deux devront faire de même. La disparition de l’un suppose la disparition de l’autre. Si on considère le bien et le mal comme l’action des pôles positif et négatif des énergies de vie, tous deux étant soumis à l’influence directe des lois divines, il est possible de supposer que cette action puisse manifester un nouvel aspect de la vie dans lequel les deux disparaîtraient ou, plutôt, formeraient une nouvelle unité. Ils manifesteraient ainsi un troisième état ou état neutre, un état de SYNTHÈSE où les pures énergies de ce que nous appelons dans notre ignorance le « bien » et le « mal » seraient pleinement compréhensibles à l’ego développé.
Si l’homme qui subit fortement le désir d’une chose interdite désobéit aux lois physiques et exerce sa volonté pour obtenir cette chose, il sème la graine de quelque maladie dans son corps, et un effet naturel s’ensuivra. Le cycle ou la durée de cette maladie sera déterminé par sa virulence – l’énergie accumulée dans la graine. La maladie peut sembler un mal, un obstacle dans le processus de développement, mais à la fin le mal sera vaincu par le bien, car la personne sortira gagnante de cette souffrance, à moins que son attitude à l’égard de cette dernière ne produise encore plus de mauvais karma. Quelque chose sera ajouté à ses possessions : peut-être la connaissance, ou l’endurance, la patience, l’autoprotection ou encore quelque autre qualité ou attribut essentiel à une vie de perfectionnement. La loi karmique aura produit un effet parfait pour la cause ; l’action aura créé la maladie et la réaction l’aura grandement dominée.
Pour illustrer l’action de cette loi dans la vie végétale, nous allons prendre pour exemple la famille des légumineuses – les fèves, les pois, les lentilles, etc. Les plantes non traitées poussent mal et produisent peu de nourriture. Si ce n’était d’une certaine bactérie qui attaque leurs racines pendant la croissance et les inocule, les légumineuses mentionnées plus haut retourneraient peu de nutriments. Cette inoculation provoque une maladie qui amène le développement de petits groupes de nodules sur les racines. Ces nodules tirent de l’air, à travers la plante, d’énormes quantités d’azote. Comme l’azote est le plus grand fertilisant du sol que l’on connaisse, et qu’il est absolument nécessaire à la croissance de cette famille de plantes, le résultat final en est une grande activité dans toute la plante, ce qui produit une croissance et un développement marqués et procure des aliments d’une valeur inestimable pour la race humaine. C’est à tort qu’on appelle cette action un « mal ». Les effets des mauvaises pensées ou des mauvaises actions ne sont que transitoires, et toutes leurs réactions, au bout du compte, sont bonnes. L’affirmation selon laquelle une bactérie nocive créée à l’origine par l’homme, en raison de l’action et de la réaction de son énergie mentale mise en vibration par ses désirs mauvais, peut vous sembler étrange, mais on nous dit que c’est la vérité.
Les éléments de base de la Nature sont neutres. Ils ne sont ni bons ni mauvais, ni positifs ni négatifs, mais bien les deux en un. Les créations primaires dans la forme sont soit bonnes soit mauvaises, selon la nature des qualités acquises en conséquence des influences ayant guidé leur action. Par exemple, il y a des bactéries bienfaisantes pour la santé et des bactéries qui produisent la maladie. Les résultats de leur action dans les cellules du corps de l’homme, de l’animal ou de la plante dépendent de l’état de la cellule ou de l’organe où elles se sont développées, si cela est laissé à la nature, mais elles peuvent aussi être rendues inoffensives par la volonté d’une intelligence supérieure. À mesure que les images mentales produites par le désir sont réfléchies dans le sang du corps physique, ce sang subit des changements et forme un genre de solvant – ou « menstruum » – qui est le véhicule naturel de la croissance et du développement de la vie bactérienne.
Il s’agit d’un univers de loi et d’ordre. Si une seule des lois universelles pouvait être violée en toute impunité par l’homme, la manifestation de l’Esprit en l’homme et dans la Nature cesserait. Bien que les forces du mal mises en action par les efforts de l’homme pour briser ou supprimer ces lois puissent être grandement dominées pour sa croissance et son développement, les lois elles-mêmes sont éternelles et irrévocables. Lorsque l’homme reconnaîtra pleinement ce fait, le comprendra et vivra en parfaite harmonie avec les lois, il deviendra semblable à Dieu – tout-puissant.
Lorsqu’une grande calamité nationale ou mondiale s’abat sur l’humanité, comme celle de 1914 qui continue toujours de sévir, nous entendons ici et là des gens faire des commentaires sur sa cause et son origine. Ils attribuent ces dernières à un événement relativement anodin survenu peu avant le déclenchement de cette calamité. Cet événement anodin – anodin comparativement à ses terribles résultats – était dû à l’action d’un simple skandhas. Ce skandhas a apporté les résultats intensifiés d’une calamité que les races d’une autre époque se sont elles-mêmes attirées. C’était peut-être il y a 10 000 ans, et il se développe maintenant dans les races engagées dans cette guerre. La loi cyclique n’a été que la servante du karma en manifestant ces événements, et ils étaient tout aussi inévitables que le coucher du soleil.
Nous ne pouvons pas lever le bras, ramasser une aiguille sur le plancher ou faire tout autre mouvement avec le corps, sans déplacer une masse d’air et d’éther. Quelle que soit la direction du mouvement, nous aurons ainsi créé un vortex ou tourbillon de courant dans l’espace, et la poussière d’étoile, l’éther ou l’air ainsi déplacés exigeront satisfaction à la loi du karma. Chaque fois que l’énergie compressée de ce vortex accroîtra son taux vibratoire, dans sa trajectoire vers l’intérieur, nous sentirons l’impulsion de refaire le même acte. Finalement, par la répétition, cet acte deviendra une habitude établie, à moins que l’impulsion de la surmonter ne soit émise par un acte de volonté et une pensée plus forte. Si le mouvement exécuté est le résultat d’un acte conscient de la volonté ou de la pensée, nous aurons alors établi une cause physique, mentale et spirituelle dont le résultat final sera au-delà de notre capacité de prévision. Les forces d’action et de réaction – le karma – ont été engagées dans une activité. Selon le degré d’aide ou d’entrave apportée à l’évolution de la substance ou de la force impliquées dans cet activité, nous finirons par recevoir ce que nous méritons.
Il est très difficile à l’homme ordinaire d’accepter l’idée que le cosmos est une unité et que chaque mouvement ou action du mental ou de la matière a un effet sur chacun des éléments qui composent cette unité. La loi karmique est, en ce moment même, en train de produire dans notre vie certains fruits résultant de toutes les actions que nous avons accomplies. À l’intérieur des vortex physiques, mentaux et spirituels que nous avons créés tout au long de nos incarnations passées, s’est déversée et se déversera éternellement la « graine », les « causes premières », de tout ce que nous avons fait ou ferons dans l’avenir, jusqu’à ce que l’équilibre parfait soit atteint.
Si nous avons actuellement à l’esprit un idéal d’homme ou de femme que nous aimerions voir se manifester dans l’avenir, nous devons verser dans les vortex mentaux créés par cet idéal la graine ou les causes premières de chaque qualité et caractéristique que nous aimerions qu’il possède. Ainsi nous devons diminuer l’action des énergies qui, dans le passé, ont permis le développement des qualités et caractéristiques contraires à l’idéal visé, sans quoi nous ne pourrons jamais atteindre ces hauteurs.
L’une des obligations dévolues à un chéla avancé de la Grande Loge Blanche est de former, dans son mental, un idéal semblable (construit en général sur la base de son concept du Maître) et d’utiliser certains moments de ses heures de méditation pour implanter la graine, les causes premières, de ce qui sera éventuellement son Soi permanent.
Toute matière, en tant que masse, se déplace selon un mouvement circulaire, mais le cercle ne se ferme pas au retour de la masse à son point de départ. En fait, il se superpose et construit une spirale qui correspond aux enroulements d’un ressort. La loi qui gouverne ce type de mouvement est communément appelée « loi cyclique ». C’est la loi d’égalisation, la loi qui coordonne les causes et leurs effets, et qui règle les dettes, qu’il s’agisse des dettes contractées envers la Nature ou envers les humains.
Comme le principe du désir est le générateur ou la force créatrice qui établit la cause, il s’ensuit que le désir doit être satisfait. Dans le processus de satisfaction d’un désir, des formes de vie élémentales sont appelées à l’action, et elles peuvent être considérées comme antagonistes en ce qui concerne ce désir spécifique. Ces forces d’action et de réaction élaborent ensemble les effets de la cause établie par le désir. Cette lutte entre des forces contraires est essentielle à toute manifestation dans la matière.
L’idée de justice qu’entretient l’esprit ordinaire est une sorte d’abstraction qui semble relative dans son application. Qu’une justice absolue puisse régner dans un monde d’injustices apparentes peut paraître contradictoire. Cependant, avec un peu de compréhension de la loi universelle, cette contradiction disparaît.
Il est malheureux que le mot « karma » ait été tellement utilisé pour désigner uniquement l’aspect négatif de cette loi, ce qu’on appelle « mal », car il y a autant, sinon plus, de bon karma que de mauvais karma. Si nous croyons en l’omnipotence du bien – Dieu – et si elle est plus grande que le pouvoir du mal – Satan –, il devient évident que le bien doit finir par vaincre le mal. Le processus par lequel cette action s’accomplit est indiqué dans l’illustration suivante donnée par le Maître Hilarion :
« La loi des contraires – l’action et la réaction, le karma –, ne prévoit pas de mal ou d’injustice durable. L’être humain est si lié par ses illusions à l’égard du temps et de l’espace ainsi que par son ignorance en ce qui concerne la constitution fondamentale de la matière, qu’il est apte à percevoir l’injustice en toute chose qui contrarie son désir et sa volonté, en particulier s’il a établi une cause en vue d’obtenir certains effets spécifiques et qu’il s’aperçoit que ses efforts restent vains.
« S’il avait une compréhension parfaite de l’action de la loi cyclique, le mouvement circulaire de la masse, et s’il pouvait percevoir que le degré de l’arc de cercle de la cause qu’il a mise en mouvement par ses actions dépend entièrement du degré de pouvoir moteur (désir) et de volonté (direction) qu’il a exprimé dans cette action, il verrait que l’injustice est impossible. L’effet naturel serait pour lui une certitude mathématique. Il se peut qu’il lui faille plus d’efforts pour parvenir à ses fins. L’impulsion initiale, la cause, détermine aussi le caractère des forces élémentales qu’il attire à lui, en raison de la loi d’affinité, et qui travailleront pour lui et avec lui. Ainsi les effets naturels de la cause apparaissent comme une certitude, mais la dimension du cercle d’opération peut être telle, en raison du degré de force motrice produite par l’acte causal, que sa vie pourrait ne pas être assez longue pour lui permettre de percevoir ses effets ultimes dans cette incarnation. Cependant, dans un cas semblable, il récoltera sa récompense, l’effet, dans une autre vie. Si la cause d’une action initiale est d’importance médiocre ou encore si seulement de faibles efforts ont été consentis pour accomplir cette dernière, son cycle sera plus court, les effets porteront moins à conséquence, et l’homme sera plus certain d’obtenir satisfaction rapidement. »
1 N.D.É. Évangile de Matthieu 5 39.
HILARION - Temple 2 - Leçon 254


