Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE
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Un de ces mystérieux points de repère se trouve dans la structure particulière de certaines arches des temples. L’auteur du Land of the White Elephant considère comme curieuse « l’absence de clé de voûte dans les arches de l’édifice et les inscriptions indéchiffrables (538) ». Stephens avait remarqué, lui aussi, dans les ruines de Santa-Cruz del Quiché, un corridor voûté sans clé de voûte. En décrivant les ruines désolées de Palenque, et en faisant observer que les arches des galeries étaient toutes construites sur ce modèle, et les plafonds de cette forme, il suppose que « les constructeurs étaient évidemment ignorants des principes de l’arche et qu’ils arrivaient à obtenir le support, en faisant déborder graduellement les pierres à chaque assise, comme c’est le cas à Ocosingo, et dans les ruines Cyclopéennes de Grèce et d’Italie (539). Dans d’autres constructions, bien qu’elles appartiennent au même groupe, on constate la présence de la clé de voûte, ce qui prouve suffisamment que son omission, ailleurs, était préméditée.
N’y aurait-il pas lieu de chercher la solution du mystère dans le Manuel maçonnique. La clé de voûte a une signification ésotérique, qui devrait être, si elle ne l’est pas, bien appréciée des Maçons de haut grade. L’édifice souterrain le plus important mentionné à l’origine de la Franc-maçonnerie est celui construit par Enoch. Le patriarche est conduit sous les neuf voûtes par la Divinité qu’il aperçoit dans une vision. Après cela, avec le concours de son fils Mathusalem, il construit dans le pays de Chanaan, « dans les flancs de la montagne », neuf chambres sur les modèles qui lui ont été montrés dans la vision. Chacune d’elles est couverte d’un plafond en voûte et le centre de chacune d’elles formait une clé de voûte, avec des inscriptions en caractères magiques. De plus, chacune de ces dernières représentait un des neuf noms tracés en caractères emblématiques des attributs par lesquels la Divinité était, selon l’ancienne Franc-maçonnerie, connue des frères antédiluviens. Enoch construisit alors deux deltas d’or pur, et, traçant sur chacun d’eux des mystérieux caractères, il en plaça un dans l’arche la plus profonde, et confia l’autre à Mathusalem, en lui communiquant en même temps d’autres importants secrets aujourd’hui perdus pour la Franc-maçonnerie.
Ainsi, parmi les mystérieux secrets, désormais perdus pour leurs successeurs modernes, on trouve aussi le fait que les clés de voûte n’étaient employées que dans les arches de certaines parties des temples, consacrées à des usages spéciaux. Une autre ressemblance que présentent les restes architecturaux des monuments religieux de toutes les contrées se reconnaît dans l’identité de parties, de mesures et d’exposition. Tous ces édifices appartiennent au siècle d’Hermès Trismégiste, et quelque modernes ou comparativement anciens que les temples paraissent, leurs proportions mathématiques correspondent avec celles des édifices religieux de l’Egypte. Il y a une disposition analogue dans les cours, les réduits, les passages et les escaliers ; par conséquent, en dépit de quelques dissemblance dans le style d’architecture, on est en droit de conclure que des rites religieux analogues étaient célébrés dans tous ces édifices. Le Dr Stukeley dit au sujet de Stonehenge : « Cette construction n’a pas été érigée d’après les mesures romaines, et cela est démontré par le grand nombre de fractions que donne la mesure de chaque partie, d’après l’échelle de mesures européennes. Au contraire, les figures sont justes, si on les mesure suivant l’ancienne coudée, qui était commune aux enfants Hébreux de Sem, ainsi qu’aux Phéniciens et aux Egyptiens fils de Cham [?] et imitateurs des monuments de pierres brutes et servant à rendre des oracles (540) ».
La présence de lacs artificiels, et leur disposition particulière dans les terrains consacrés est aussi un fait d’une grande importance. Les lacs dans l’intérieur de l’enceinte de Karnak, et ceux enfermés dans les terrains de Nagkon Wat et autour des temples, dans les ruines mexicaines de Copan et de Santa-Cruz del Quiché, présentent les mêmes particularités. Outre qu’ils possèdent d’autres significations, toute leur surface était disposée suivant les calculs cycliques. Dans les constructions Druidiques, on retrouve les mêmes nombres mystérieux et sacrés. Le cercle est généralement formé soit de douze, de vingt et une ou de trente-six pierres. Dans ces cercles, la place du centre appartient à Assar ou Azon, ou le dieu dans le cercle, quel que soit d’ailleurs le nom par lequel on le désigne. Les treize dieux-serpents mexicains ont une parenté éloignée avec les treize pierres des ruines Druidiques. Le T Τ (Tau) et la croix astronomique d’Egypte ⊕ sont bien visibles dans plusieurs ouvertures des ruines de Palenque. Dans un des bas-reliefs du palais de Palenque, sur le côté occidental, il y a un Tau sculpté sur une inscription hiéroglyphique, au-dessous d’un personnage assis. Le personnage debout qui s’appuie sur le premier est en train de se couvrir la tête de sa main gauche avec le voile de l’initiation, tandis qu’il étend sa main droite, l’index et le médium levés vers le ciel. La posture est précisément celle d’un évêque chrétien donnant la bénédiction, ou celle dans laquelle Jésus est souvent représenté dans la Sainte Cène. On retrouve même le dieu hindou à tête d’éléphant, le dieu de la Sagesse (ou de la science magique), Ganesha, dans les figures en stuc des ruines mexicaines.
Quelle explication les archéologues, les philologues, en un mot le clan choisi des Académiciens, peuvent-ils nous donner ? Aucune assurément. Tout au plus ont-ils des hypothèses, détruites par celles qui leur succèdent, lesquelles sont, à leur tour, des pseudo-vérités comme leurs devancières. Les clés des miracles bibliques de l’antiquité et des phénomènes des temps modernes, les problèmes de psychologie, de physiologie, et les nombreux « chaînons manquants » qui ont si fort embarrassé les savants de notre époque, se trouvent tous dans les mains des confréries secrètes. Ce mystère sera révélé quelque jour. Mais jusque-là, le sombre scepticisme continuera à interposer ses menaces, son ombre néfaste entre les vérités divines et la vision spirituelle de l’humanité ; et ils sont nombreux ceux qui, infectés de la mortelle épidémie de notre siècle, le matérialisme désespéré, resteront dans le doute et la poignante agonie sur la question de savoir si l’homme revit après la mort, quoi que ce point ait été élucidé par des générations de sages. Les réponses sont là. On les trouve sur les parois de granit usées par le temps dans les temples souterrains, sur les sphinx, les pylônes et les obélisques. Elles y sont depuis des siècles sans nombre, et ni la rude action du temps ni celle plus rude encore des mains chrétiennes n’ont réussi à en oblitérer les témoignages. Couverts qu’ils sont de problèmes qui ont été résolus, qui sait ? par les ancêtres archaïques de ceux qui les ont construits, peut-être la solution accompagne-t-elle chaque question ; et voilà ce que les chrétiens n’ont pu s’approprier, car, à part les initiés, pas un n’a jamais su déchiffrer l’écriture mystique. La clé était en la garde de ceux qui savent comment entrer en communion avec l’invisible présence, et qui ont appris les grandes vérités des lèvres de la mère Nature elle-même. Et voilà pourquoi ces monuments demeurent comme des sentinelles muettes, oubliées sur le seuil de ce monde invisible, dont les portes ne s’ouvrent que pour quelques rares élus. Défiant la main du Temps, les vaines investigations de la science profane, les insultes des religions révélées, ils ne dévoileront leur énigme qu’aux mandataires de ceux auxquels ils ont confié les MYSTERES. Les lèvres glacées de Memnon, jadis si éloquentes, et celles des sphinx orgueilleux gardent jalousement leurs secrets. Qui saura les faire parler ? Lequel parmi nos pygmées matérialistes modernes, et nos Sadducéens incrédules, osera soulever le VOILE D’ISIS ?


