SAGESSE EGYPTIENNE – Partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE

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Quelques écrivains supposent que ces hardis navigateurs des fiers Arctiques et Antarctiques sont les ancêtres des races qui bâtirent les temples et les palais de Palenque et Uxmal de Copan et d’Arica (476). Brasseur de Bourbourg nous fournit beaucoup de renseignements sur les mœurs et coutumes, l’architecture et les arts, et particulièrement sur la magie et les magiciens des anciens Mexicains. Il nous dit que Votan, leur fabuleux héros, et le plus grand de leurs magiciens, revenant d’un long voyage, visita le Roi Salomon à l’époque de la construction du temple. Ce Votan parait être identique au redouté Quetzal-Cohuatl, qui figure dans toutes les légendes mexicaines ; et chose assez curieuse, ces légendes offrent une ressemblance frappante, dans leurs récits de voyages et d’exploits d’Hittim, avec ceux de la Bible Hébraïque, au sujet des Hivites, les descendants de Seth, fils de Chanaan. La tradition nous apprend que Votan « fournit à Salomon les détails les plus précieux sur les hommes, les animaux, et les plantes, l’or et les bois précieux de l’Occident », mais qu’il refusa tout net de lui donner la moindre information sur la route qu’il avait suivie, ni sur la manière de gagner le mystérieux continent. Salomon lui-même nous fait un récit de cette entrevue, dans son Histoire des Merveilles de l’Univers, le chef Votan y figurant sous l’allégorie du Serpent Navigateur. Stephens, comptant d’avance sur la découverte « d’une clé plus sûre que la pierre de Rosette », pour déchiffrer les hiéroglyphes américains (477), dit que les descendants des Caciques et les Aztèques sont supposés avoir survécu, et exister encore dans les solitudes inaccessibles des Cordillères, « déserts dans lesquels aucun homme blanc n’a encore pénétré… et qu’ils y vivent comme vécurent leurs pères, construisant les mêmes édifices », avec les mêmes ornements de sculpture et de moulage » ; « de grandes et vastes cours », des « tours élevées avec de hautes séries de marches », et gravant encore sur des tables de pierre les mêmes hiéroglyphes mystérieux ». Il ajoute : « Je me tourne vers cette vaste région inconnue, que pas une route ne traverse, et où l’imagination nous dépeint cette mystérieuse cité, aperçue du sommet des Cordillères, peuplée d’aborigènes insoumis, et que nul n’a visités ni n’a vus ».

Outre que cette mystérieuse cité a été vue d’une grande distance par de hardis voyageurs, son existence n’est pas absolument improbable, car qui peut dire ce que devint le peuple primitif qui fuyait devant les brigands rapaces de Cortes() et de Pizarre ? Le Dr Tschudi, dans son ouvrage sur le Pérou (478), nous parle d’une légende Indienne, qui rapporte qu’un convoi de 10.000 lamas, chargés d’or pour compléter la rançon de l’infortuné Inca, fut arrêté dans les Andes par la nouvelle de sa mort, et que l’énorme trésor fut si efficacement caché, que pas la moindre trace n’en a jamais été trouvée. Ainsi que Prescott et d’autres auteurs, il nous apprend que les Indiens ont conservé jusqu’à ce jour leurs traditions et leur caste sacerdotale et qu’ils obéissent fidèlement aux ordres de chefs choisis parmi eux, tout en professant de nom la religion catholique, et obéissant en apparence, aux autorités Péruviennes. Les cérémonies magiques pratiquées par leurs ancêtres sont encore en honneur parmi eux, et les phénomènes magiques se produisent. Ils persévèrent à un tel point dans leur fidélité au passé, qu’il paraît impossible qu’ils ne soient pas soutenus par quelque autorité occulte qui encourage et fortifie leur foi, et la maintient toujours vive. N’est-il pas possible que cette source de foi immortelle réside dans cette ville mystérieuse avec laquelle ils sont en communication secrète ? Ou bien devons-nous encore croire que tout ce que nous venons de signaler ne sont que de « curieuses coïncidences » ?

L’histoire de cette mystérieuse cité fut racontée à Stephens par un Père espagnol en 1838. Le prêtre lui jura qu’il l’avait vue de ses yeux et il donna à Stephens les détails suivants que le voyageur croyait exacts. Le curé du petit village non loin des ruines de Santa-Cruz del Quiché avait entendu parler de la ville inconnue, au village de Chajul. « Il était jeune alors, et il grimpa avec beaucoup de peine jusqu’à la cime dénudée de la sierra à une hauteur de dix à douze mille pieds. Il vit une immense plaine, s’étendant jusqu’au Yucatan et au golfe du Mexique, et il aperçut à une grande distance une grande ville se développant sur un vaste emplacement, dont les blanches tours brillaient aux rayons du soleil ». La tradition rapporte « qu’aucun blanc n’est jamais parvenu jusqu’à cette ville ; que les habitants parlent la langue Maya, qu’ils savent que des étrangers ont conquis tout le territoire, et qu’ils massacrent tout homme blanc qui essaye de pénétrer sur leurs terres. Ils n’ont pas de monnaie… pas de chevaux, de bœufs, de mules ou d’autres animaux domestiques, sauf de la volaille, dont ils gardent les coqs dans des souterrains, pour empêcher que l’on entende leurs chants (479) ».

À peu près la même chose nous a été racontée à nous personnellement, il y a une vingtaine d’années, par un vieux prêtre indigène, que nous rencontrâmes au Pérou, et avec lequel nous eûmes des relations d’affaires. Il avait passé sa vie essayant vainement de cacher sa haine pour les conquérants, les « brigands », comme il les appelait ; et il nous avoua qu’il restait en bons termes avec eux et avec la religion catholique dans l’intérêt de son peuple, mais il était de cœur un fidèle adorateur du soleil, et il n’avait jamais cessé de l’être. Il avait voyagé en sa qualité de missionnaire indigène converti, il avait été à Santa-Cruz, et il nous assura solennellement qu’il avait été voir son peuple, par « un passage souterrain » qui conduisait à cette cité mystérieuse. Nous ajoutons foi à son récit ; car un homme qui est sur le point de mourir, passe rarement son temps à inventer des histoires oiseuses ; et cette histoire nous la trouvons confirmée dans les Voyages de Stephens. En outre, nous connaissons deux autres villes entièrement ignorées des voyageurs Européens ; non pas que leurs habitants aient le désir de se cacher, car au contraire, des hommes des pays Bouddhiques viennent parfois les visiter ; mais leurs villes ne sont pas indiquées sur les cartes européennes ou asiatiques ; et, soit par crainte des trop zélés et trop entreprenants missionnaires chrétiens, soit pour d’autres raisons plus mystérieuses qui leur sont propres, les rares indigènes des autres pays qui connaissent ces deux villes n’en font jamais mention. La nature a ménagé d’étranges retraites et des recoins mystérieux pour ses favoris ; et malheureusement ce n’est que loin des contrées, soi-disant civilisées, que l’homme est libre d’adorer la Divinité comme le faisaient ses pères.

Il n’y a pas jusqu’au savant et sobre Max Muller qui ne soit, jusqu’à un certain point, incapable à se débarrasser des coïncidences. Elles viennent vers lui sous la forme des découvertes les plus inattendues. Ces Mexicains, par exemple, dont l’origine obscure n’a suivant toutes les lois de probabilité, aucun rapport avec les Aryens de l’Inde, représentent néanmoins, tout comme les Hindous, une éclipse de lune, comme « la lune dévorée par un dragon (480) ». Et quoique le professeur Muller admette que Humboldt soupçonnait l’existence de relations historiques entre ces deux peuples, et qu’il les considère lui-même comme possibles, il ajoute néanmoins que la concordance de ce fait « n’est pas nécessairement le résultat de relations historiques quelconques ». Ainsi que nous l’avons déclaré plus haut, l’origine des aborigènes de l’Amérique est une question fort embarrassante pour ceux qui sont intéressés à suivre les traces de la filiation et des migrations des peuples. En dépit des travaux de Brasseur de Bourbourg et de son excellente traduction du célèbre Popol-Vuh, que l’on attribue à Ixtlilxochitl, après en avoir bien pesé le contenu, l’antiquaire reste comme avant plongé dans l’obscurité. Nous avons lu le Popol-Vuh dans sa traduction originale (481), et l’analyse qu’en a faite Max Muller, et nous trouvons qu’elles jettent une si vive lumière, qu’il n’est pas étonnant que les savants sceptiques et terre-à-terre en aient été aveuglés. Mais s’il faut juger un auteur par ses écrits, le professeur Max Muller n’est pas un incrédule déloyal ; et de plus, peu de choses importantes lui échappent. Comment se fait-il donc qu’un homme d’une érudition aussi vaste et aussi rare, accoutumé comme il l’est à embrasser d’un coup d’œil d’aigle les traditions, les coutumes religieuses et les superstitions d’un peuple, en y découvrant la moindre similitude, et en en saisissant les plus petits détails, n’ait point compris l’importance, ni même soupçonné l’existence de ce que l’humble auteur du présent volume, qui n’a, beaucoup s’en faut, ni son éducation scientifique ni son érudition, a saisi à première vue ? Quelque fallacieuse et dénuée de garantie que puisse paraître à bien des gens cette remarque, il nous semble que la science perd plus qu’elle ne gagne à négliger la littérature ésotérique ancienne et même médiévale, ou plutôt ce qu’il en reste. Pour quelqu’un qui se consacre à cette étude, bien des coïncidences se transforment en résultats naturels de causes antérieures aisées à démontrer. Nous pensons pouvoir comprendre comment il se fait que le professeur Muller avoue « que de temps à autre… on s’imagine voir clair dans certaines époques et à certains indices, tandis qu’à la page suivante tout redevient chaos (482) ». N’est-ce pas tout simplement que ce chaos soit rendu aussi intense par le fait que la plupart des savants, portant toute leur attention sur l’histoire, passent par-dessus tout ce qu’ils traitent de « vague, contradictoire, miraculeux, absurde ». Malgré le sentiment qu’il y a « une base de nobles conceptions qui a été dénaturée et masquée par une végétation de fantastiques sottises, le professeur Muller ne peut s’empêcher de comparer ces sottises aux contes des Mille et une Nuits.

Loin de nous la ridicule prétention de critiquer un savant aussi digne d’admiration pour son savoir que Max Muller. Mais nous ne pouvons nous empêcher de dire que, même parmi les fantastiques sottises des Mille et une Nuits, la moindre chose serait digne d’attention, si elle pouvait aider à faire sortir quelque vérité historique. L’Odyssée d’Homere dépasse en non-sens fantastiques tous les contes des Mille et une Nuits, et malgré cela, il est démontré que nombre de ses mythes sont autre chose que des créations de l’imagination d’un vieux poète, Les Lestrygons qui dévorent les compagnons d’Ulysse sont considérés comme la race cannibale (483) qui dans les premiers temps habitait, dit-on, les grottes de Norvège. La Géologie, par ses découvertes, confirme quelques-unes des assertions d’Homere, que pendant des siècles l’on a supposées n’être que des hallucinations poétiques. Le jour perpétuel dont jouissait cette race de Lestrygons indique qu’ils habitaient le Cap Nord, où, durant tout l’été, il y a un jour perpétuel. Les fjords de Norvège sont parfaitement décrits par Homere dans son Odyssée X, 110 ; et la Stature gigantesque des Lestrygons est bien démontrée par les ossements humains d’une dimension extraordinaires trouvés dans les cavernes situées près de cette région, et que les géologues supposent avoir appartenu à une race éteinte longtemps avant l’immigration Aryenne. Charybde, ainsi que nous l’avons vu, a été reconnu dans le Maëlstrom ; et les Roches errantes (484) dans les énormes glaçons des mers Arctiques.

Il est étrange en vérité que les essais consécutifs à la création de l’homme, décrits dans la Cosmogonie de Quiché n’aient pas suggéré une comparaison avec certains Apocryphes, les livres sacrés des Juifs, et les théories cabalistiques de la création. Même le Livre de Jasher condamné comme un grossier faux du XIIème siècle, est capable de fournir plus d’un indice pour découvrir une corrélation entre la population de l’Ur des Kasdéens, où le Magisme florissait avant l’époque d’Abraham(), et celles de l’Amérique du Centre et du Nord. Les êtres divins « rabaissés au niveau de la nature humaine » n’accomplissaient pas des choses ou des tours plus invraisemblables que les actes miraculeux de Moise et des magiciens de Pharaon, tandis que beaucoup sont exactement les mêmes. Et lorsque, en plus de ce dernier fait, nous trouvons une ressemblance aussi grande entre certains termes cabalistiques communs aux deux hémisphères, il doit y avoir quelque chose de plus qu’un simple accident pour expliquer cette circonstance. Beaucoup de ces faits ont évidemment une origine commune. L’histoire des deux frères du Centre Amérique qui, partant en voyage pour Xibalba, « plantent chacun un bâton au centre de l’habitation de leur grand’mère, pour qu’elle puisse savoir en le voyant fleurir ou se flétrir s’ils sont vivants ou morts (485) », trouve son analogue dans les croyances de bien d’autres contrées. Dans les Contes et Traditions populaires Russes par Saharoff (Russie), on retrouve un récit semblable, et il est facile de suivre les traces de cette croyance dans diverses autres légendes. Et cependant ces contes de fées avaient cours en Russie bien des siècles avant que l’Amérique ne fût découverte.

Nous ne sommes nullement surpris de reconnaître dans les dieux de Stonehenge les divinités de Delphes et de Babylone. Bel et le Dragon, Apollon et Python, Osiris et Typhon sont tous un seul être sous des dénominations différentes, et ils ont voyagé dans toutes les directions. Le Both-Al d’Irlande indique clairement son origine, le Betylos des Grecs et le Beth-el de Chanaan. « L’histoire, dit M. de la Villemarque, qui n’a pas pris de notes à ces époques lointaines, peut plaider l’ignorance, mais la science des langues affirme. La Philologie, avec une probabilité sans cesse croissante, renoue la chaîne à peine rompue entre l’Orient et l’Occident (486) ».

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