SAGESSE EGYPTIENNE – Partie 6

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE

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L’art de faire de la toile et de belles étoffes est démontré comme faisant partie de leurs connaissances, puisque la Bible en parle. Joseph() reçut en don de Pharaon un vêtement de fine toile, une chaîne d’or et plusieurs autres choses. Le lin de l’Egypte était renommé dans le monde entier. Les momies étaient toutes enveloppées dans des bandes de lin, qui est toujours admirablement conservé. Pline (452b) parle d’un certain vêtement envoyé 600 ans avant J-C. par le roi Amasis à Lindus ; chaque fil était formé de 365 brins tordus ensemble. Herodote nous donne (453), dans sa description d’Isis et des mystères célébrés en son honneur, une idée de la beauté et de « l’admirable souplesse de l’étoffe de lin portée par les prêtres ». Ces derniers portaient des chaussures faites de papyrus, et des vêtements de fine toile parce que cette déesse enseigna la première son usage ; et ainsi, outre leur domination d’Isiaques, ou prêtres d’Isis, ils étaient aussi connus sous celle de Linigères ou « porteurs de lin ». Ce lin était filé et teint de ces brillantes et riches couleurs, dont le secret est aujourd’hui un art perdu. Nous trouvons souvent sur les momies les plus belles broderies et dentelles ornant leurs chemises ; plusieurs d’entre elles peuvent être vues au musée de Boulak (au Caire), et elles sont incomparables comme beauté ; les dessins en sont exquis, et le travail fort beau. Les tapisseries si travaillées et si vantées des Gobelins ne sont qu’une production grossière, comparées avec certaines broderies des anciens Egyptiens. Nous n’avons qu’à nous reporter à l’Exode, pour voir quelle était l’habileté de main-d’œuvre des élèves Israélites des Egyptiens, dans l’exécution du tabernacle et de l’arche sainte. Les habits sacerdotaux, avec leurs ornements de « grenades et de clochettes d’or », et le thummim ou pectoral en orfèvrerie du grand-prêtre sont décrits par Josephe comme étant d’une incomparable beauté et d’un travail merveilleux (454), et cependant il n’est pas douteux que les Juifs avaient emprunté aux Egyptiens les rites et les cérémonies, et même le costume spécial des Lévites. Clement d’Alexandrie le reconnaît à contre-cœur, et il en est de même d’Origene et des autres Pères de l’Eglise, dont quelques-uns, comme de juste, attribuent cette coïncidence à une farce de Satan, en anticipation sur les événements. L’astronome Proctor dit dans un de ses livres : « Le célèbre pectoral porté par le grand-prêtre Juif venait directement des Egyptiens ». Le mot thummim lui-même est évidemment d’origine Egyptienne, emprunté par Moise comme le reste ; car, plus bas, sur la même page, M. Proctor dit que « dans le tableau souvent reproduit du Jugement, l’on voit le mort égyptien, conduit par le dieu Horus [?], tandis qu’Anubis place sur un des plateaux un vase que l’on suppose contenir ses bonnes actions, et que dans l’autre plateau est l’emblème de la vérité, une représentation de Thmèi, la déesse de la Vérité, qui figure aussi dans le pectoral judiciaire ». Wilkinson dans son livre : Manners and Customs of the ancient Egyptians, montre que le thummim Hébreu est la forme plurielle du mot Thmèi (455b) ».

Les Egyptiens paraissent avoir connu tous les arts décoratifs. Leur joaillerie et orfèvrerie d’or, d’argent et de pierres précieuses étaient admirablement façonnées ; il en était de même de la taille, du polissage et de la monture exécutés par leurs lapidaires, dans le plus beau style. L’anneau d’une momie Egyptienne, si nos souvenirs sont fidèles, a été jugé la pièce de bijouterie la plus artistique de l’Exposition de Londres en 1851. Leur imitation en verre des pierres précieuses est bien au-dessus de tout ce qui se fait aujourd’hui ; l’émeraude, surtout, était imitée à la perfection.

« On a découvert à Pompéi, dit Wendell Phillips, une chambre pleine de verre ; il y avait un sol en verre, des vitres, du verre taillé et du verre coloré de toutes variétés. On montra à des prêtres catholiques qui passèrent en Chine il y a 200 ans un verre transparent, et sans couleur, rempli d’une liqueur faite par les Chinois et qui paraissait incolore comme l’eau ? Ce liquide était versé dans le verre, et lorsqu’on regardait à travers, il semblait rempli de poissons. Ils vidèrent le verre et en répétant l’expérience il se remplit de nouveau de poissons ». On montre à Rome un morceau de verre transparent, « qu’on éclaire de façon à faire voir qu’il ne contient rien de caché ; mais au centre du verre il y a une goutte de verre de couleur, peut-être de la grosseur d’un pois, tacheté comme un canard… avec une telle perfection qu’on ne pourrait mieux le rendre en miniature. Il est évident que cette goutte de verre liquide a dû y être versée, car il n’y a aucune trace de jointure. Elle doit avoir été produite par une chaleur plus intense que celle employée dans la recuite, car ce procédé montre toujours des solutions de continuité (456) ». Parlant de leur art merveilleux d’imitation des pierres précieuses, l’auteur mentionne le célèbre vase de la cathédrale de Gênes, qui pendant de longs siècles fut considéré comme fait « d’une émeraude massive ». La légende catholique romaine prétend qu’il faisait partie du trésor dont la reine de Saba fit présent à Salomon, et que c’était dans cette coupe que le Sauveur avait bu pendant la Sainte Cène (457). Plus tard, on reconnut que ce n’était pas une émeraude mais bien une imitation ; et lorsque Napoleon l’apporta à Paris, et la donna à l’Institut, les savants furent obligés de reconnaître que ce n’était pas une pierre, mais ils ne purent dire ce que c’était.

Parlant ensuite de l’habileté des anciens à travailler les métaux, le même conférencier raconte que « lorsque les Anglais pillèrent le Palais d’Eté de l’Empereur de Chine, les artistes Européens furent surpris de voir les vases de métal de toute sorte si curieusement travaillés et finis, qu’ils surpassaient de beaucoup l’habileté, tant vantée des ouvriers européens ». Des tribus de l’intérieur de l’Afrique ont offert aux voyageurs de meilleurs rasoirs que les leurs. « George Thompson m’a dit, ajoute-t-il, qu’il avait vu à Calcutta un homme lancer en l’air une poignée de soie floche, et un hindou la couper en morceaux avec un sabre d’acier indigène ». Il termine par cette judicieuse remarque que « l’acier est le plus grand triomphe de la métallurgie, et que la métallurgie est la gloire de la chimie ». Il en a été ainsi des anciens Egyptiens et des races sémitiques. Ils extrayaient l’or et le séparaient de ses alliages avec une parfaite habileté. On trouvait le cuivre, le plomb et le fer en abondance près de la Mer Rouge.

Dans une conférence faite en 1873, sur les Troglodytes du Devonshire, M. W. Pengelly déclare, sur l’autorité de quelques Egyptologues, que le premier fer employé en Egypte était du fer météorique, puisque la première mention de ce métal se trouve dans un document Egyptien, dans lequel il est dénommé « la pierre du ciel (458) ». Cela impliquerait l’idée que le seul fer en usage dans l’antiquité était météorique. C’était probablement le cas au début de la période comprise dans la sphère de nos explorations géologiques actuelles, mais jusqu’à ce que nous puissions calculer, approximativement l’âge des reliques qu’on a mises à jour, qui dira si nous ne nous trompons pas peut-être de quelques centaines de milliers d’années ? L’erreur d’affirmer d’une manière positive ce que les anciens Chaldéens et Egyptiens ignoraient au sujet des mines et de la métallurgie, est confirmée, du moins en partie, par les découvertes du colonel Howard Wyse (459b). En outre, beaucoup de ces pierres précieuses que l’on ne trouve qu’à une grande profondeur dans les mines sont mentionnées dans Homere et dans les Ecritures Hébraïques. Les savants ont-ils vérifié le moment précis où les premiers puits de mine furent creusés par l’homme ? D’après le Dr A.-C. Hamlin, les arts de l’orfèvre et du lapidaire en Inde ont été pratiqués dès « l’antiquité la plus reculée ». Que les Egyptiens aient connu dès les âges les plus lointains la trempe de l’acier, ou qu’ils aient possédé quelque chose de mieux et de plus parfait que nos outils de ciselure, est une alternative à laquelle les archéologues ne peuvent se soustraire. Sans cela comment auraient-ils pu produire des ciselures aussi artistiques et travailler les sculptures comme ils le faisaient ? Que les critiques choisissent de deux choses l’une ; ou bien des outils d’acier d’une trempe parfaite, ou alors un autre moyen de tailler la syénite, le granit et le basalte ; dans ce dernier cas, ce procédé serait à ajouter encore au long catalogue des arts perdus.

Le professeur Albrecht() Müller dit : « Nous pouvons attribuer l’introduction de la fabrication du bronze en Europe à une grande race, nommée Aryas ou Aryens, venue de l’Asie, il y a quelque 5.000 ans… La civilisation de l’Orient a précédé de bien des siècles celle de l’Occident… Nombreuses sont les preuves que la culture avait atteint dès le début un degré très avancé. Le bronze y était encore en usage, mais le fer l’était aussi. La poterie n’était pas seulement façonnée au tour mais encore cuite d’un beau rouge. On y rencontre pour la première fois des manufactures de verre, d’or et d’argent. On rencontre encore dans des endroits isolés des montagnes de scories et des vestiges de fours à fer. Certes ces scories ont été quelquefois attribuées à l’action volcanique, mais on les rencontre dans des endroits où jamais il n’a pu exister de volcans (460) ».

Mais c’est dans le procédé de préparation des momies que l’habileté de ce peuple étonnant se montre au plus haut degré. Nul, excepté ceux qui en ont fait une étude spéciale, ne peut apprécier la somme de connaissances, d’adresse et de patience qu’exigeait l’exécution de ce travail indestructible qui durait plusieurs mois. La chimie et la chirurgie étaient toutes deux requises. Si on les laisse dans le climat sec de l’Egypte, les momies ne semblent pas s’altérer le moins du monde ; et même lorsqu’on les change de place, après un repos de plusieurs milliers d’années, elles ne présentent aucun signe de modification dans leur état. « Le corps, dit Herodote, était rempli de myrrhe, de casse et d’autres gommes, puis ensuite saturé de natrum… (461b) ». On procédait ensuite au merveilleux emmaillotement du corps embaumé, exécuté avec tant d’art, que les bandagistes professionnels modernes restent en admiration devant son excellence. Le Dr Granville dit : »… Il n’y a pas une seule forme de bandage connue de la chirurgie moderne dont on ne trouve des exemples [bien mieux exécutés] dans les bandelettes enveloppant les momies égyptiennes. Les bandes de toile n’ont pas une seule couture, bien qu’elles aient une longueur de mille mètres ». Rossellini, cité dans Ancient Egypt de Kenrick, atteste de même la merveilleuse variété et l’adresse avec laquelle les bandelettes étaient placées et entrelacées. Il n’y a pas de fracture dans le corps humain qui n’aurait été réduite avec succès par le prêtre-médecin de ces temps reculés.

Qui ne se souvient de la sensation produite il y a environ vingt-cinq ans par la découverte de l’anesthésie ? Le protoxyde d’azote, l’éther sulfurique ou chlorique, le chloroforme, « le gaz hilarant », sans compter diverses autres combinaisons de ces substances, furent accueillis comme autant de bénédictions du ciel pour la partie souffrante de l’humanité. Il fut inventé en 1844 par le pauvre Dr Horace Wells de Hartford, mais les Drs Morton et Jackson() en eurent l’honneur et le profit en 1846, ainsi que cela a presque toujours lieu. Les anesthésiques furent proclamés « la plus grande découverte qui ait jamais été faite ». Et bien que le fameux Letheon de Morton et Jackson() (un composé d’éther sulfurique), le chloroforme du Dr James Y. Simpson et le gaz nitreux, introduit par Colton en 1843 et par Dunham et Smith, aient éprouvé des insuccès accompagnés de quelques cas de mort, cela n’empêcha pas de considérer ces Messieurs comme des bienfaiteurs de l’humanité. Des malades, que l’on avait endormis, ne se réveillaient parfois plus ; mais qu’importe, si d’autres s’en trouvaient soulagés ? Les médecins nous affirment qu’aujourd’hui ces accidents ne sont que rarement à craindre. Peut-être cela tient-il à ce que les anesthésiques sont administrés avec tant de parcimonie, que la moitié du temps ils manquent leur effet, laissant le patient paralysé dans ses mouvements pendant quelques secondes, mais sentant la douleur aussi profondément qu’auparavant. Cependant, dans l’ensemble, le chloroforme et le gaz hilarant sont des découvertes, bienfaisantes. Mais, à proprement parler, ces anesthésiques sont-ils les premiers qu’on ait découverts ? Dioscoride parle de la pierre de Memphis (lapis Memphiticus) et la décrit comme un petit caillou rond, poli et très brillant. Lorsqu’on la réduisait en poudre et qu’on l’appliquait comme un onguent sur la partie du corps sur laquelle le chirurgien devait opérer, soit avec le scalpel soit avec le feu, il préservait cette partie, mais rien que cette partie, de toute douleur résultant de l’opération. Autrement, cette pierre était parfaitement inoffensive pour la constitution du malade, qui conservait toute sa conscience pendant toute la durée de l’opération ; elle n’était nullement dangereuse dans ses effets, et agissait néanmoins aussi longtemps qu’elle restait appliquée sur la partie malade. Prise dans de l’eau ou du vin, elle enlevait tout sentiment de douleur (462). Pline en donne également une description complète (463).

De temps immémorial les Brahmanes ont possédé des secrets aussi précieux. La veuve qui se soumettait volontairement au sacrifice de la crémation conjointe appelé Sahamarana ne craint pas d’avoir à endurer la plus légère souffrance, car les flammes la consumeront sans qu’elle ait la moindre agonie. Les plantes sacrées qui couronnent sa tête au moment où on la conduit en cérémonie au bûcher funèbre, la racine sainte, cueillie à minuit à l’endroit où le Gange et le Joumna mêlent leurs eaux ; et l’onction du corps de la victime volontaire avec du Ghi (464) et des saintes huiles, après s’être baignée avec tous ses vêtements et ses parures, sont autant d’anesthésiques magiques. Supportée par ceux que son corps va quitter, elle fait trois fois le tour de son ardente couche funèbre, et après leur avoir dit adieu, elle est jetée sur le cadavre de son époux, et elle quitte le monde sans un instant de souffrance. « Le semi-fluide », dit un missionnaire, témoin oculaire de plusieurs de ces cérémonies, « le Ghi est répandu sur le bûcher, il s’enflamme instantanément, et la veuve droguée meurt de suffocation, avant que le feu ait atteint son corps (465) ».

Ce n’est pas ainsi que les choses se passent si la cérémonie sacrée est accomplie strictement suivant les rites prescrits. Les veuves ne sont jamais droguées dans le sens général de ce mot. Seulement, des mesures de précaution sont prises contre un martyre physique inutile, l’atroce agonie de la mort par le feu. L’esprit de la victime est aussi libre, aussi dégagé que jamais, et même davantage. Croyant fermement aux promesses d’une vie future, son âme est tout entière absorbée dans la contemplation du bonheur qui approche, de la béatitude de « la liberté », qu’elle est près d’atteindre. Elle meurt généralement le sourire de l’extase céleste sur les lèvres, et si quelqu’un doit en souffrir à l’heure de la rétribution, ce n’est pas la sincère victime de sa foi, mais les astucieux brahmanes qui savent fort bien qu’un rite aussi barbare n’a jamais été prescrit (466b). Quant à la victime elle-même, une fois consumée, elle devient une sati, pureté transcendante, et elle est canonisée après sa mort.

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