Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIV – SAGESSE EGYPTIENNE
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Wilkinson, confirmé plus tard par d’autres auteurs, dit que les Egyptiens divisaient le temps, et connaissaient la véritable longueur de l’année, et la précession des équinoxes (445). En tenant compte du lever et du coucher des étoiles, ils avaient compris les influences particulières exercées par les positions et les conjonctions de tous les corps célestes, et c’est pourquoi leurs prêtres, tout en prédisant aussi exactement que nos astronomes modernes les changements météorologiques, pouvaient en outre faire de l’astrologie avec les mouvements des astres. Bien que le sobre et éloquent Ciceron ait raison jusqu’à un certain point lorsqu’il s’indigne contre les exagérations des prêtres de Babylone, qui « affirmaient avoir conservé sur leurs monuments des observations remontant jusqu’à une période de 470.000 années (446), malgré cela, l’époque à laquelle l’astronomie était arrivée à la perfection chez les anciens remonte bien au-delà des calculs modernes.
Un rédacteur d’un de nos journaux scientifiques fait remarquer que « chaque science passe par trois phases distinctes, dans sa marche ascendante : 1° La période d’observation, pendant laquelle les faits sont recueillis et enregistrés par une foule d’esprit dans un grand nombre de lieux. 2° La période de généralisation, dans laquelle ces faits, soigneusement vérifiés, sont arrangés méthodiquement, systématiquement généralisés, et logiquement classés de manière à déduire et à élucider les lois qui les régissent et l’ordre dans lequel ils se produisent. 3° Enfin, la période de prophétie, durant laquelle ces lois sont appliquées de façon à prédire les événements, avec une infaillible exactitude ». Si plusieurs milliers d’années avant Jésus-Christ les astronomes de Chine et de Chaldée prédisaient les éclipses, que les derniers le fissent à l’aide du cycle de Saros ou par d’autres moyens, la chose importe peu, le fait est là. Ils étaient parvenus au plus élevé et au dernier degré de la science astronomique – ils prophétisaient. Si, 1722 ans avant l’ère Chrétienne, ils ont pu tracer le Zodiaque avec les positions exactes des planètes au moment de l’équinoxe d’automne, et cela d’une manière si exacte, que le professeur d’Astronomie Mitchell n’a pas eu de peine à le démontrer, il est certain qu’ils connaissaient parfaitement les lois qui règlent « les faits soigneusement vérifiés », et qu’ils les appliquaient avec autant de certitude que nos astronomes modernes. De plus, on prétend que l’astronomie est, aujourd’hui, « la seule science qui ait entièrement atteint la dernière phase… les autres sciences en sont encore aux diverses phases de leur développement, l’électricité dans quelques-unes de ses branches en est arrivée à la dernière période, mais dans beaucoup d’autres elle en est encore à l’enfance (447). Nous savons cela par les aveux exaspérants des savants eux-mêmes, et nous n’avons pas de doute au sujet de cette triste réalité, dans le XIXème siècle, puisque nous lui appartenons. Il n’en est pas de même des hommes qui vivaient du temps de la gloire de Chaldée, d’Assyrie et de Babylone. Nous ne savons rien du degré qu’ils avaient atteint dans les autres sciences, mais dans l’astronomie ils étaient nos égaux, car ils étaient aussi parvenus à la troisième et dernière période. Dans sa conférence sur The Lost Arts, Wendell Phillips décrit la situation fort artistiquement. « Nous voulons bien croire, dit-il, que, soit que la Science meure avec nous ou nous survive, elle a certainement commencé avec nous. Nous avons une bien faible estime et nous éprouvons une tendre pitié pour l’ignorance, l’obscurité et l’étroitesse d’esprit des âges passés » [p. 5]. Afin de rendre plus claire notre propre idée, à l’aide de la phrase finale du conférencier favori, nous avouons que nous avons entrepris ce chapitre qui, dans un sens interrompt notre récit pour demander à nos savants s’ils sont persuadés « d’être dans le vrai » en se vantant de ce qu’ils savent ?
Ainsi nous lisons au sujet d’un peuple qui, suivant quelques savants auteurs venait de sortir de l’âge de bronze pour entrer dans l’âge de fer (448) :
« Si la Chaldée, l’Assyrie et Babylone nous présentent des antiquités vénérables et étonnantes remontant bien loin dans la nuit des temps, la Perse n’est pas sans ses merveilles d’une date plus récente. Les salles à colonnades de Persépolis sont remplies de prodiges d’art, ciselures, sculptures, émaux, bibliothèques d’albâtre, obélisques, sphinx, taureaux gigantesques. Ecbatane, [en Médie], la fraîche retraite d’été des rois Perses, était défendue par sept murailles de circonvallation, construites avec des blocs taillés et polis, de plus en plus hauts vers l’intérieur et de couleurs variées en concordance astrologique avec les sept planètes. Le palais était couvert de tuiles d’argent, les solives étaient plaquées d’or. L’éclairage, dans ses salles à minuit, fourni par de nombreuses lampes à l’huile de naphte, rivalisait avec le soleil. Un paradis, le luxe des monarques d’Orient, était planté au milieu de la ville. L’empire de Perse… était vraiment le jardin du monde… Il reste encore à Babylone les murailles qui avaient autrefois un développement de plus de soixante milles, et qui après les ravages de trois siècles, et de trois conquérants ont encore plus de quatre-vingts pieds de haut ; il y a encore les ruines du temple de Bel dont le sommet se perdait dans les nuages. Là était établi l’observatoire dans lequel les astronomes Chaldéens s’entretenaient la nuit avec les astres ; il s’y trouvait encore des vestiges de deux palais avec leurs jardins suspendus, où les arbres fleurissaient sur des terrasses élevées, et les débris d’un système de machines hydrauliques qui leur amenait l’eau du fleuve. Dans le lac artificiel, avec ses vastes réseaux d’aqueducs et de vannes, les neiges fondues des montagnes d’Arménie trouvaient un débouché, et étaient arrêtées dans leur cours à travers la ville, par les quais de l’Euphrate. Le plus merveilleux de tout, peut-être, c’était le tunnel creusé sous le lit du fleuve (449) ».
Dans son livre Die ältesten Spuren des Menschen in Europa, Albrecht() Müller propose pour le siècle où nous vivons un nom caractéristique, et suggère « l’âge du papier », peut-être aussi bon que tous ceux que l’on pourrait offrir. Là-dessus nous ne sommes pas d’accord avec le savant professeur. Notre ferme conviction est que les générations à venir surnommeront notre époque tout au plus « l’âge du laiton », et, au pis-aller l’âge de l’oroïde.
L’opinion du commentateur et critique d’aujourd’hui, au sujet de la science des anciens est limitée à l’exotérisme des temples, et ne va pas au-delà. Il ne veut ou ne peut pénétrer dans le mystérieux sanctuaire de l’antiquité, où l’hiérophante apprenait au néophyte à considérer le culte public sous son véritable jour. Aucun sage de l’antiquité n’eût enseigné que l’homme est le roi de la création, et que la voûte étoilée et notre mère la terre avaient été créées pour lui. Celui qui en douterait n’a qu’à consulter les Oracles Chaldéens de Zoroastre pour y trouver la confirmation dans les maximes suivantes :
Ne porte point ton esprit vers les vastes étendues de terre,
Car l’arbre de la vérité ne pousse point sur son sol.
Ne mesure point la surface du soleil, en rassemblant des règles,
Car il est soutenu par l’éternelle volonté du Père mais non pas pour ta convenance. Laisse s’accomplir la course impétueuse de la lune,
Car elle se meut toujours par la force de la nécessité.
La progression des astres n’a pas été faite pour toi seul (450b).
C’est un enseignement plutôt étrange de la part de ceux que l’on s’est généralement plu à considérer comme les adorateurs du soleil et de la lune, et de la légion d’étoiles, comme autant de dieux. La sublime profondeur des préceptes des Mages étant bien au-delà de la portée de la pensée matérialiste moderne, on a accusé les philosophes Chaldéens, ainsi que les masses ignorantes, de Sabianisme et de culte du Soleil.
Il y avait une grande différence entre le véritable culte enseigné à ceux qui s’en montraient dignes, et les religions d’Etat. On a accusé les mages de toutes sortes de superstitions, mais voici ce que dit le même oracle :
Le large vol aérien des oiseaux n’est pas un signe exact,
Pas plus que la dissection des entrailles des victimes ; ce sont de simples jouets,
Qui servent de base à des fraudes mercenaires ; éloignez-vous-en,
Si vous voulez avoir accès au paradis sacré de la piété,
Où se rassemblent la vertu, la sagesse et l’équité (451).
Assurément, ce ne sont pas ceux qui mettent le peuple en garde contre des « fraudes mercenaires » qui peuvent en être accusés eux-mêmes ; et s’ils accomplissent des actes qui paraissent miraculeux, qui donc osera loyalement contester qu’ils n’ont été accomplis que parce qu’ils possédaient une connaissance de la philosophie naturelle et de la science psychologique, à un degré inconnu chez nous ?
Que peut-on nommer dont ils étaient ignorants ? C’est un fait bien démontré que le véritable méridien était correctement tracé avant que la première pyramide fût construite. Ils avaient des horloges et des cadrans solaires pour mesurer le temps ; leur coudée était l’unité établie de mesure linéaire, équivalant à 1,707 pieds anglais ; suivant Herodote ils connaissaient aussi l’unité de poids ; quant à la monnaie, ils avaient des anneaux d’or et d’argent évalués suivant leur poids ; ils employaient pour leurs calculs le système décimal et le système duodécimal depuis les temps primitifs, et ils étaient au courant de l’algèbre. Comment auraient-ils pu autrement mettre en œuvre des forces mécaniques aussi colossales, s’ils n’avaient pas entièrement compris la philosophie de ce que nous appelons les forces mécaniques ?
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