Lorsque les masses de l’humanité s’éveilleront finalement à la vérité de l’inexorable loi du karma – la loi de cause à effet – et que cette loi sera utilisée comme principe de base pour toutes les formes de gouvernement, il ne sera alors plus possible d’observer les actes de guerre d’une nation contre une autre, ni aucune révolution à l’intérieur de leurs propres frontières. La certitude de subir des représailles sera si ancrée dans l’esprit des masses de l’humanité qu’elles ne sauraient soutenir des actions semblables. Si les Français qui ont été à l’origine de la Révolution française et qui ont exécuté ses programmes sanguinaires avaient pu savoir que, pour chaque tête qui tombait dans le panier de la guillotine, la vie d’un autre Français, homme ou femme, serait sacrifiée lorsque le point correspondant du cycle concerné se présenterait à nouveau, comme ce fut le cas lors de la récente guerre contre l’Allemagne1, ils auraient hésité à hâter cette révolution.
De même, si les Belges de race et de nationalité avaient pu savoir que l’extrême cruauté et les meurtres, commis aux dépends des Africains par les soldats du roi Léopold et à l’instigation de ce dernier, seraient essentiellement responsables de la destinée qui les accable durant le présent cycle, ils auraient mieux évalué ce qui les attendait. Nous ne pouvons pas prouver que tout ceci est vrai, mais si la loi du karma est inexorable, il ne doit pas être difficile d’observer la sagesse de cette croyance, comme dans le paiement des dettes karmiques contractées par la nation anglaise lors du meurtre d’innombrables civils, aux Indes orientales, par les soldats d’une autre époque. Il se peut aussi que la vie de nombreux Américains ait été sacrifiée en paiement pour la vie des Amérindiens tués par leurs propres soldats lors d’époques précédentes. La terminaison du cycle – cycle durant lequel ces dettes karmiques ont été contractées – qui est survenue durant la récente grande guerre1 pourrait avoir créé des conditions propices dont les Seigneurs du Karma ont tiré avantage pour accomplir la loi.
Il est très difficile de réconcilier la croyance des chrétiens en la rémission des péchés par le Christ et l’action de la loi karmique. Mais cette difficulté sera surmontée lorsque l’être humain comprendra ce que le fondateur du christianisme voulait dire par les mots « rémission des péchés ». Le Christ en l’homme peut accorder la rédemption du péché contre le Soi Spirituel, alors même que la loi inflige une punition à la personnalité responsable du péché.
Il semble évident qu’aussi longtemps qu’un homme croit que la rédemption puisse être obtenue après avoir enfreint la loi, il ne fera pas grand effort pour éviter de contrevenir à cette dernière. Il est si naturel pour le soi inférieur de se rebeller contre l’autorité du Soi Supérieur.
Il est étrange que tout historien possédant une vaste expérience ne puisse voir les mécanismes de la loi du karma dans les nombreux exemples en réserve dans l’histoire de n’importe quelle nation parmi les plus anciennes, où de nombreux cas mettent tellement en évidence les mauvais effets de causes établies par leurs populations lors de périodes antérieures. Aussi loin qu’il soit possible de reculer dans l’histoire sacrée ou profane de chaque nation, on peut voir que, tout comme le jour suit la nuit, chaque cause mauvaise établie par l’homme a été suivie de quelque acte d’expiation forcée. L’interférence de la loi cyclique peut retarder l’expiation de cet acte pendant un certain temps, mais elle est inévitable à la fin. Les extrêmes de la vie, lorsqu’ils sont réunis, produisent invariablement une friction – chaleur, énergie. Cette énergie est en elle-même impersonnelle. Lorsque l’humanité sera suffisamment sage pour toujours transformer l’énergie libérée par les frictions – qui résultent généralement d’oppositions – en canaux constructifs plutôt que destructifs, plutôt que de la laisser se gaspiller comme c’est actuellement si fréquemment le cas, la race humaine aura fait un grand pas en avant. Par exemple, lorsque les qualités d’amour et de haine fusionnent dans le mental humain, comme elles le font souvent en dépit de leur opposition, cela produit à l’intérieur de la mentalité une friction capable de générer un pouvoir susceptible de rendre service aux objets d’amour ou de haine – pouvoir insoupçonné jusqu’ici par celui qui le produit –, et il est très possible qu’une longue dette karmique puisse ainsi être payée.
Avec les résultats karmiques des grands bouleversements du passé – bouleversements dans la vie gouvernementale, sociale et religieuse qui sont rendus si évidents de nos jours et que la grande guerre1 a permis de compenser –, il est difficile de voir comment un penseur pourrait nier l’existence de la loi karmique. Il n’y a pas à chercher très loin les causes derrière les événements terribles qui se sont produits depuis l’année 1914.
1 N.D.É. La Première Guerre mondiale.
HILARION - Temple 2 - Leçon 221


