Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS
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Tout le présent ouvrage n’est qu’une protestation contre une aussi folle manière de juger les anciens. Pour être tout à fait compétent pour critiquer leurs idées, et s’assurer si elles étaient distinctes et « appropriées aux faits », il faudrait les avoir étudiées à fond. Il est oiseux de répéter ce que nous avons dit souvent, et ce que tout érudit devrait savoir ; c’est que la quintessence de leurs connaissances était dans les mains des prêtres, qui jamais ne les ont consignées par écrit, et dans celles des « initiés » qui, comme Platon, n’osèrent pas les écrire. C’est pourquoi, les rares spéculations sur les univers, matériel et spirituel, qu’ils confièrent à l’écriture, ne peuvent mettre la postérité à même de les juger correctement, même si les vandales chrétiens des premiers siècles, les croisés venus après eux, et les fanatiques du moyen âge n’avaient pas détruit la majeure partie de ce qui restait de la Bibliothèque d’Alexandrie, et de ses écoles postérieures. Le professeur Draper nous apprend que le Cardinal Ximenes, à lui seul, « fit livrer aux flammes, sur les places publiques de Grenade, 80.000 manuscrits Arabes, dont un grand nombre étaient des traductions d’auteurs classiques (383) ». Dans les bibliothèques du Vatican, des passages entiers de traités précieux des anciens ont été trouvés, grattés et effacés, uniquement dans le but de les remplacer par quelques absurdes psalmodies !
Qui donc, parmi ceux qui tournent le dos à la « doctrine secrète », parce qu’elle est « antiphilosophique », et comme telle, indigne d’une pensée scientifique, a le droit d’affirmer qu’il a étudié les anciens ; qu’il sait tout ce que ceux-là savent, et que bien plus instruit encore maintenant, il sait que leur science était peu de chose, ou rien. Cette « doctrine secrète » renferme l’alpha et l’oméga de la science universelle ; c’est là que se trouvent la pierre d’angle et la clé de voûte de toutes les connaissances anciennes et modernes ; et c’est seulement dans cette doctrine « antiphilosophique » que reste enfoui l’absolu dans la philosophie des obscurs problèmes de la vie et de la mort.
« Les grandes énergies de la Nature ne nous sont connues que par leurs effets », dit Paley. Paraphrasant cette phrase, nous dirons que les grandes découvertes des temps anciens ne sont connues de la postérité que par leurs effets. Si l’on prend un livre traitant d’alchimie, et si l’on y voit les spéculations des frères Rose-Croix sur la lumière et l’or, on sera certainement surpris, par la simple raison que l’on n’y comprendra rien du tout. On y pourra lire que « l’or hermétique est le produit des rayons solaires ou de la lumière répandue invisiblement et magiquement dans le corps du monde. La lumière est l’or sublimé, tiré magiquement par une invisible attraction stellaire des profondeurs de la matière. L’or est ainsi le dépôt de la lumière qui engendre d’elle-même. La lumière, dans le monde céleste, est l’or subtil, vaporeux, et magiquement exalté, ou l’esprit de la flamme. L’or entraîne les natures inférieures dans les métaux, et en les intensifiant et les multipliant, il les convertit en lui-même (384) ».
Néanmoins, les faits sont les faits ; et, comme le dit Billot du spiritisme, nous remarquerons, au sujet de l’occultisme en général et de l’alchimie en particulier, que ce n’est pas une affaire d’opinion, mais de faits ; et que si des savants considèrent une lampe inextinguible comme une impossibilité, il n’en est pas moins vrai que des personnes, de nos jours, aussi bien que dans les siècles d’ignorance et de superstition, en ont trouvé brûlant encore d’une flamme brillante, dans d’anciens caveaux fermés depuis des siècles ; et que d’autres personnes possèdent le secret d’entretenir de pareilles flammes pendant plusieurs siècles. Les savants disent que le spiritisme ancien et moderne, le magnétisme et la magie sont du charlatanisme et de l’illusion ; mais il y a sur la surface du globe 800 millions d’hommes et de femmes, parfaitement sains d’esprit, qui croient à toutes ces choses. Qui croirons-nous ?
« Democrite, dit Lucien (385b), ne croyait pas aux [miracles…] il s’appliqua à découvrir le procédé par lequel les théurges en opéraient ; en un mot, sa philosophie le conduisit à la conclusion que la magie était entièrement confinée à l’application et à l’imitation des lois et des œuvres de la nature ».
Or, l’opinion du rieur « philosophe » est pour nous de la plus haute importance, puisque les Mages laissés à Abdère par Xerxes furent ses maîtres, et qu’il avait en outre longtemps étudié la magie, avec les prêtres Egyptiens (386). Pendant près de quatre-vingt-dix ans, sur les cent neuf qu’il vécut, ce grand philosophe avait fait des expériences, qu’il avait notées dans un livre traitant, suivant Petrone (387b), de faits de la nature qu’il avait, lui-même, observés et vérifiés. Et nous le voyons, non seulement refusant de croire aux miracles qu’il rejette absolument, mais encore affirmant que tous ceux qui étaient attestés par des témoins oculaires avaient, et pouvaient avoir réellement eu lieu ; car tous, même les plus incroyables, avaient été exécutés conformément aux « lois secrètes de la nature (388b) ».
« Le jour où une des propositions d’Euclide sera contestée est encore à venir », dit le professeur Draper (389b) exaltant les disciples d’Aristote aux dépens de ceux de Pythagore et de Platon. Refuserons-nous, dans ce cas, de croire aux nombreuses autorités bien informées (Lampriere entre autres) qui affirment que les quinze livres d’Eléments ne doivent pas tous être attribués à Euclide ; et que beaucoup des plus précieuses démonstrations et vérités qu’ils contiennent doivent leur existence à Pythagore, à Thales et à Eudoxe ? Qu’Euclide, malgré son génie, fut le premier à mettre de l’ordre dans ces matières, et qu’il ne fit qu’y intercaler quelques-unes de ses théories, afin de rendre l’ensemble complet, et en faire un système suivi de géométrie ? Et si ces autorités sont dans le vrai, c’est donc à ce soleil central de la science métaphysique, Pythagore et son école, que les modernes sont directement redevables d’hommes, tels qu’Eratosthene, le géomètre et cosmographe, et dont la réputation est universelle, Archimede, et même Claude Ptolemee, malgré ses erreurs obstinées. Sans la science exacte de ces hommes et sans les fragments des ouvrages qu’ils nous ont laissés, et sur lesquels Galilee a basé ses spéculations, les grands prêtres du XIXème siècle pourraient peut-être encore se trouver, sous la tutelle de l’Eglise, philosophant en 1876 sur la cosmogonie d’Augustin et de Bede, avec la rotation de la voûte céleste autour de la terre, et celle-ci encore souverainement plate.
Le XIXème siècle semble positivement condamné aux confessions humiliantes. Feltre (en Italie) érige une statue « à Panfilo Castaldi, l’illustre inventeur des caractères mobiles d’imprimerie », et ajoute, dans l’inscription, le généreux aveu que l’Italie lui rend « ce tribut d’hommages trop longtemps différé ». Mais la statue n’est pas plutôt installée que le colonel Yule conseille aux habitants de Feltre de « la briller dans de la chaux vive ». Il leur démontre que plus d’un voyageur, outre Marco Polo, a rapporté de la Chine des types mobiles en bois, et des spécimens de livres chinois, dont le texte entier avait été imprimé au moyen de caractères mobiles (390). Nous avons vu dans plusieurs lamaseries du Tibet, où il y a des imprimeries, de ces types conservés comme curiosités. On sait qu’ils remontent à la plus haute antiquité, puisque les types furent perfectionnés, et les anciens abandonnés, à une époque contemporaine des premiers souvenirs du lamaïsme Bouddhique. Par conséquent, ils doivent avoir existé en Chine avant l’ère chrétienne.
Que chacun médite et pèse les sages paroles du professeur Roscoe, dans sa conférence sur l’Analyse du Spectre. « Les vérités à l’état d’enfance doivent être rendues utiles. Ni vous ni moi, peut-être, ne verrons comment ni quand cela aura lieu, mais nul de ceux qui savent ce que c’est que la science ne doutera un seul instant que l’heure peut sonner à tout moment où les secrets les plus cachés de la nature seront utilisés, pour le bien de l’humanité. Qui aurait prédit que la découverte que les pattes d’une grenouille morte se contractant lorsqu’on touche avec deux métaux différents conduirait en quelques années à la découverte du télégraphe électrique ? »
Le professeur Roscoe, visitant Kirchhoff et Bunsen, lorsqu’ils faisaient leurs grandes découvertes sur la nature des lignes de Fraunhoffer, dit qu’il eut l’intuition qu’il devait y avoir du fer dans le soleil ; ce qui ajoute une preuve nouvelle au million de preuves antérieures, que ce n’est pas par induction, mais bien plus souvent comme un éclair subit, que s’opèrent les grandes découvertes. Il y a encore bien d’autres éclairs de la sorte en réserve pour nous. On trouvera, peut-être, qu’une des dernières étincelles de la science moderne, le beau spectre vert de l’argent, n’offre rien de nouveau, et qu’il était bien connu des anciens physiciens et chimistes, malgré la rareté et « la grande infériorité de leurs instruments d’optique ». L’argent et le vert étaient déjà associés à l’époque d’Hermès. La lune ou Astarté (l’argent Hermétique) est un des deux principaux symboles des Rose croix. C’est un axiome Hermétique, que « la cause de la splendeur et de la variété des couleurs est profondément ensevelie dans les affinités de la nature ; et qu’il existe une alliance singulière et mystérieuse entre la couleur et le son ». Les cabalistes placent leur « nature moyenne » en relation directe avec la lune ; et le rayon vert occupe le point central des autres, étant situé au milieu du spectre. Les prêtres Egyptiens chantaient les sept voyelles comme un hymne adressé à Serapis (391b), et au son de la septième voyelle, de même qu’au septième rayon du soleil levant, la Statue de Memnon répondait (392b). De récentes découvertes ont démontré les merveilleuses propriétés de la lumière bleu-violet, le septième rayon du spectre, le plus puissant de tous, chimiquement parlant, et qui correspond à la note la plus élevée de la gamme musicale. La théorie des Rose croix que tout l’univers est un instrument de musique est la doctrine Pythagoricienne de la musique des sphères. Les sons et les couleurs sont tous des nombres spirituels de même que les sept rayons du prisme procèdent d’un seul endroit du ciel, de même les sept forces de la nature, chacune d’elles un nombre, sont les sept radiations de l’Unité, le SOLEIL spirituel central.
« Heureux celui qui comprend les nombres spirituels et perçoit leur puissante influence ! » s’écrie Platon. Et heureux, pouvons-nous ajouter, celui qui, parcourant le labyrinthe de la corrélation des forces, ne néglige pas de les faire remonter à ce Soleil invisible !
Les futurs expérimentateurs récolteront l’honneur d’avoir démontré que les tons de la musique ont un merveilleux effet sur le développement de la végétation. C’est par l’énonciation de cette erreur peu scientifique que nous clorons ce chapitre, et nous continuerons à rappeler au lecteur indulgent certaines choses que les anciens savaient et que les modernes croient savoir.


