REALITES ET ILLUSIONS – Partie 12

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS

Partie 1 Partie 2 Partie 3 Partie 4 Partie 5 Partie 6 Partie 7
Partie 8 Partie 9 Partie 10 Partie 11 Partie 12 Partie 13 Partie 14

Récemment, E. de Beaumont a réaffirmé l’ancienne doctrine d’Hermès, qu’il existe une circulation terrestre comparable à celle du sang chez l’homme (366b). Or puisque c’est une doctrine aussi vieille que le monde ; que la nature renouvelle continuellement ses énergies épuisées par l’absorption à la source des énergies vitales, pourquoi l’enfant différerait-il sur ce point de sa mère ? Pourquoi l’homme ne pourrait-il pas, en découvrant la source et la nature de cette énergie récupératrice, extraire de la terre elle-même le suc ou la quintessence, avec lesquels il reconstitue ses forces ? C’était peut-être là le grand secret des alchimistes. Arrêtez la circulation des fluides terrestres, et nous avons la stagnation, la putréfaction, la mort ; que l’on arrête la circulation des fluides chez l’homme, et la stagnation, l’absorption, la calcification sénile et la mort en seront la conséquence. Si les alchimistes avaient tout simplement découvert quelque composé chimique pour conserver toujours libres les canaux de notre circulation, tout le reste ne s’ensuivrait-il pas facilement ? Et pourquoi, demanderons-nous, si les eaux de la surface de certaines sources minérales ont une telle vertu pour la guérison des maladies et le rétablissement de la vigueur physique, est-il illogique de dire, que si nous pouvons obtenir les premiers produits de l’alambic de la nature dans les entrailles de la terre nous pourrons peut-être trouver que la fontaine de Jouvence n’était peut-être pas un mythe ? Jennings assure que l’élixir était tiré par quelques adeptes du laboratoire chimique secret de la nature ; et Robert Boyle, le chimiste, parle d’un vin médicinal ou cordial, que le Dr Lefevre essaya sur une vieille femme avec un résultat merveilleux.

L’alchimie est aussi ancienne que la tradition elle-même. « La première mention authentique que l’on ait à ce sujet, dit William Godwin, est un édit de Diocletien d’environ trois cents ans après le Christ, ordonnant de faire en Egypte de diligentes recherches pour retrouver tous les livres anciens, traitant de l’art de faire de l’or et de l’argent afin de les jeter tous au feu. Cet édit laisse nécessairement supposer que cette étude était d’une certaine antiquité et l’histoire fabuleuse donne Salomon, Pythagore et Hermès, comme ses adeptes les plus distingués (367) ».

Et cette question de la transmutation, cet alkahest ou dissolvant universel qui vient après l’élixir de vie dans l’ordre des agents de l’alchimie ? L’idée est-elle tellement absurde, qu’elle doive être considérée comme indigne de l’examen de ce siècle de découvertes chimiques ? Comment expliquerons-nous ces anecdotes historiques d’hommes qui ont véritablement fait de l’or, et qui l’ont abandonné, et des attestations de ceux qui déclarent les avoir vu faire ? Libavius, Geber, Arnold, Thomas d Aquin, Bernard Comes, Joannes, Penotus, Quercetan Geber, le père arabe de l’alchimie en Europe, Eugène Philalèthe (Thomas Vaughan), Baptista Porta, Rubeus, Dornesius, Vogelius, Irénée Philalethe Cosmopolita, et quantité d’alchimistes du moyen âge et de philosophes hermétistes affirment le fait. Devons-nous prendre pour des visionnaires ou des lunatiques tous ces savants, traités ailleurs de grands génies ? Francois Pic, dans son livre de Auro [Sec 3 c 2] cite dix-huit cas de fabrication de l’or par des procédés artificiels dont il a été témoin ; et Thomas Vaughan (368b) étant allé chez un orfèvre, pour lui vendre 1.200 marcs d’or, l’homme fit la remarque, d’un air soupçonneux, que l’or était trop pur pour avoir jamais été extrait d’une mine, ce qui fit fuir le vendeur en laissant l’argent. Dans un chapitre précédent nous avons cité les témoignages d’un grand nombre d’auteurs sur ce sujet.

Marco Polo nous apprend que dans quelques montagnes du Tibet, qu’il nomme Chingintalas, il existe des filons de la substance dont est faite la Salamandre : « Car à la vérité dit-il, la salamandre n’est pas un animal, comme on le prétend dans nos contrées, mais une substance que l’on trouve dans la terre ». Et il ajoute qu’un Turc nommé Zurficar lui dit qu’il avait été occupé pendant trois ans dans cette région à procurer des salamandres au grand Khan. « Il lui dit que le moyen employé pour se les procurer consistait à creuser cette montagne jusqu’à ce qu’ils eussent découvert une certaine veine. La substance de cette veine était alors enlevée et écrasée, et après ce traitement elle se divise pour ainsi dire en filaments, de laine, et que l’on fait sécher. Ces fibres une fois sèches, sont broyées dans un grand mortier de bronze et lavées de façon à ce qu’il ne reste plus que les fibres, de laine. On les tisse ensuite… D’abord, ces étoffes ne sont pas très blanches, mais en les passant au feu un certain temps, elles deviennent aussi blanches que la neige (369) ».

Par conséquent, ainsi que l’attestent plusieurs autorités, cette substance minérale est le fameux Abestos (370) ou amiante, que le Rév. A. Williamson dit se trouver au Shantung. Mais ce n’est pas seulement un fil incombustible que l’on en peut tirer. On en extrait aussi une huile qui possède plusieurs propriétés extraordinaires et seuls quelques Lamas et adeptes hindous possèdent le secret de ses vertus. Lorsqu’on en frictionne le corps, elle ne laisse aucune tache ni marque ; et néanmoins la partie enduite peut être lavée au savon, et avec de l’eau chaude ou froide, sans que l’effet de l’onction soit le moins du monde affecté. La personne ainsi frictionnée peut sans crainte s’avancer dans le feu le plus ardent ; et, à moins d’être suffoquée, elle n’en éprouvera aucun mal. Une autre propriété de l’huile, lorsqu’elle est combinée avec une autre substance, que nous ne sommes pas libres de désigner, et exposée aux rayons de la lune, dans certaines nuits indiquées par les astrologues indigènes donne naissance à d’étranges créatures. Nous pourrions, dans un sens, les appeler des infusoires, n’était que celles-ci croissent et se développent. En parlant du Cachemire, Marco Polo remarque que les habitants « sont très versés dans les diableries des enchantements, puisqu’ils en arrivent à faire parler leurs idoles (371) ».

Les plus grands mages mystiques de ces régions se trouvent encore en effet au Cachemire. Les diverses sectes religieuses de ce pays ont toujours eu la réputation d’avoir des pouvoirs surnaturels et d’être la retraite d’adeptes et de sages. Ainsi que le fait observer le colonel Yule, « Vambery nous apprend que, même de nos jours, les derviches Cachemiris excellent, parmi leurs frères Mahométans, pour la science, les arts secrets, l’habileté dans les exorcismes, etc… (372b) ».

Mais tous nos chimistes modernes ne sont pas aussi dogmatiques dans leur négation de la possibilité d’une telle transmutation. Le Dr Peisse, Despretz, et même le négateur de tout, le Dr Figuier de Paris sont loin de rejeter cette idée. Le Dr Wilder dit : « La possibilité de réduire les éléments à leur forme primitive, tels qu’on les suppose avoir existé dans la masse ignée, de laquelle on croit que la croûte terrestre a été formée, n’est pas considérée par les physiciens comme une idée aussi absurde que l’on a voulu le donner à entendre. Il y a comme une sorte de parenté entre les métaux, et souvent tellement proche, qu’elle semble indiquer une origine identique. Les personnes que l’on nomme alchimistes pourraient, par conséquent, avoir consacré toute leur énergie à des recherches dans ces matières, comme Lavoisier, Davy, Faraday et autres, de nos jours, ont expliqué les mystères de la chimie (373) ». Un savant Théosophe, un médecin praticien, qui a étudié pendant plus de trente ans les sciences occultes de l’alchimie, a réussi à réduire les éléments à leur forme primitive, et à faire ce que l’on nomme « de la terre pré-adamique ». Elle apparaît sous la forme d’un précipité terreux dans l’eau pure, qui, si on la trouble, présente les couleurs les plus vives et les plus opalescentes.

« Le secret », disent les alchimistes, comme s’ils goûtaient l’ignorance des non-initiés, « est un amalgame de sel, de soufre, et de mercure, combiné trois fois dans l’Azoth, par une triple sublimation et une triple fixation ».

« Quelle ridicule absurdité ! » s’écriera le savant chimiste moderne. Eh bien, les disciples du grand Hermès comprennent ce qui précède, aussi bien qu’un gradué de l’Université d’Harvard comprend la signification de ce que lui enseigne son professeur de chimie, lorsque celui-ci lui dit : Avec un groupe hydroxyl nous ne pouvons produire que des composés monoatomiques ; en employant deux groupes, nous pourrons former autour du même squelette un certain nombre de composés diatoniques… Attachez à ce noyau trois groupes hydroxyl, et il en résultera des composés triatomiques, parmi lesquels se trouve une substance très familière.

Glycérine

Tétragramme« Attache-toi », dit l’alchimiste, « aux quatre lettres du tétragramme disposé de la manière suivante : les lettres du nom ineffable s’y trouvent, bien que tu ne puisses tout d’abord les discerner. L’axiome incommunicable s’y trouve cabalistiquement renfermé, et c’est ce que les maîtres nomment l’arcane magique ». L’arcane, la quatrième émanation de l’Akâsha, le principe de VIE, qui est représenté dans sa troisième transmutation, par le soleil ardent, l’œil du monde, ou d’Osiris, comme le nomment les Egyptiens. Un œil veillant tendrement sur sa plus jeune fille, épouse et sœur, Isis, la terre notre mère. Voici ce que dit d’elle Hermès, le maître trois fois grand : « Son père est le soleil, sa mère est la lune (374b) ». Il l’attire et la caresse, puis il la repousse par une force projectile. C’est à l’élève Hermétique de guetter ses mouvements, de saisir ses courants subtils, de les guider et de les diriger avec l’aide de l’athanor, le levier d’Archimede de l’alchimiste. Qu’est-ce que ce mystérieux Athanor ? Le physicien peut-il nous le dire, lui qui le voit et l’examine journellement ? Oui, il le voit, mais comprend-il les caractères secrètement chiffrés, tracés par le doigt divin sur chaque coquillage dans le fond des mers ; sur chaque feuille qui tremble au souffle de la brise ; dans la brillante étoile, dont les lignes radieuses ne sont à ses yeux qu’autant de raies plus ou moins lumineuses d’hydrogène ?

« Dieu géométrise », dit Platon (375b). « Les lois de la nature sont les pensées de Dieu », s’écriait Oerstedt 2.000 ans plus tard. « Ses pensées sont immuables », répétait l’élève solitaire de la Science Hermétique, « et c’est pour cela que c’est dans la parfaite harmonie et l’équilibre de toutes choses que nous devons chercher la vérité ». Et ainsi procédant de l’unité indivisible, il trouva deux forces contraires, émanant d’elle, chacune agissant par l’autre, et produisant l’équilibre, et les trois n’en faisant qu’une, la Monade Eternelle de Pythagore. Le point primordial est un cercle. Le cercle réalisant sa propre quadrature, en partant des quatre points cardinaux, devient le quaternaire, un carré parfait, ayant à chacun de ses quatre angles une lettre du nom mirifique, le tétragramme sacré. Ce sont les quatre Bouddhas primitifs qui vinrent et sont passés ; le tétractys de Pythagore, absorbé et résolu par l’unique éternel NON-ETRE.

Lire la suite … partie 13
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer