REALITES ET ILLUSIONS – Partie 9

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS

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Dans le numéro du 14 juillet 1877 du London Spiritualist, nous trouvons un long article dans lequel l’auteur cherche à prouver que « les merveilleux prodiges du temps présent, qui appartiennent au prétendu spiritisme moderne, sont identiques, comme caractère, aux expériences des patriarches et des apôtres de l’antiquité ».

Nous nous voyons forcés de contredire de but en blanc une pareille assertion. Ils ne sont identiques qu’en ce qu’ils sont le produit des mêmes forces des puissances occultes de la nature. Mais quoique ces pouvoirs et ces forces puissent être et soient certainement toutes dirigées par des intelligences invisibles, ces dernières diffèrent encore plus entre elles, comme essence, caractère, et tendances, que le genre humain lui-même, composé, tel qu’il est aujourd’hui, d’hommes blancs, noirs, bruns, rouges et jaunes, et comptant des saints et des criminels, des génies et des idiots. L’auteur peut, par exemple, recourir aux services d’un orang-outang apprivoisé ou d’un insulaire des Mers du Sud ; mais le seul fait d’avoir un serviteur ne rend ni celui-ci, ni soi-même identique à Aristote et à Alexandre(). L’auteur compare Ezechiel « enlevé » dans les airs et porté « au portail oriental de la maison du Seigneur » avec les lévitations de certains médiums, et les trois jeunes Hébreux « dans la fournaise ardente » avec les médiums à l’épreuve du feu ; « la lumière esprit » de John King est assimilée à « la lampe allumée » d’Abraham() ; et enfin, après de nombreuses comparaisons analogues, le cas des frères Davenport relâchés de la prison d’Oswego est comparé à celui de saint Pierre(), délivré de sa prison par « l’Ange du Seigneur » !

Or, à l’exception de l’histoire de Saul() et de Samuel(), on ne rencontre dans la Bible aucun exemple « d’évocation des morts ». Quant à ce qui est de la légitimité de cette opération, elle est contredite par chaque prophète et Saul() lui-même l’avait interdite avant d’y recourir. Moise punit de mort ceux qui évoquent les esprits des morts, les « nécromants ». Nulle part dans l’Ancien Testament, ni dans Homere, ni dans Virgile, la communion avec les morts n’est qualifiée autrement que de nécromancie. Philon le Juif fait dire à Saul() que s’il bannit du territoire tout devin et nécromant, son nom lui survivra. Le Sama Veda est déclaré impur par le législateur hindou Manou, seulement parce qu’il y enseigne l’évocation des morts, des bhoutas !

Une des grandes raisons pour cela était la doctrine des anciens, qu’aucune âme « du séjour des élus » ne revenait sur la terre, sauf dans les rares occasions dans lesquelles son apparition pouvait être requise pour accomplir quelque grande œuvre qu’elle avait en vue, et procurer ainsi quelque grand avantage à l’humanité. Dans ce dernier cas, l’âme n’avait pas besoin d’être évoquée. Elle transmettait son merveilleux message, soit au moyen d’un simulacre fugitif d’elle-même, soit par l’intermédiaire de messagers, qui pouvaient apparaître sous une forme matérielle et personnifier fidèlement le trépassé. Les âmes qu’on évoquait si facilement étaient considérées comme d’un commerce inutile et dangereux. Il y avait des âmes, ou plutôt des larves, venant de la région infernale des limbes, le Sheol, la région connue des cabalistes juifs comme la huitième sphère, mais bien différente de l’enfer ou Hadès orthodoxe de l’ancienne mythologie. Horace() décrit cette évocation et le cérémonial qui l’accompagnait, et Maimonide nous fournit des détails sur le rite juif. Chaque cérémonie nécromantique était accomplie dans des lieux élevés, sur des collines, et l’on employait le sang, dans le but d’apaiser les goules humaines (354).

« Je ne puis empêcher les sorcières de ramasser leurs ossements, dit le poète. Voyez le sang qu’elles versent dans la fosse, pour attirer les âmes qui rendront leurs oracles ! » Cruore in fossam confusus ut inde mane elicerent, animas responsa daturas (355b).

« Les âmes, dit Porphyre, préfèrent à tout le reste du sang fraîchement répandu, qui semble, pour un temps assez court, leur rendre quelques-unes des facultés de la vie (356) ».

Quant aux matérialisations, il y en a de nombreuses et très variées rapportées dans les livres sacrés. Mais étaient-elles opérées dans les mêmes conditions qu’aux séances modernes ? L’obscurité, à ce qu’il paraît, n’était pas indispensable dans le temps des patriarches et des pouvoirs magiques. Les trois Anges qui apparurent à Abraham() burent à la pleine lumière du soleil, car « il était assis à la porte de la tente pendant la chaleur du jour« , dit le livre de la Genèse (XVIII. 1). Les esprits d’Elie et de Moise apparurent également en plein jour, car il n’est pas probable que le Christ et les apôtres fussent montés sur une haute montagne pendant la nuit. Jésus est représenté comme étant apparu à Marie-Madeleine dans le jardin à la pointe du jour ; et aux apôtres à trois reprises différentes, et généralement dans la journée ; une fois « dans la matinée » (Jean, XXI, 4). Même lorsque l’ânesse de Balaam vit l’ange « matérialisé », c’était à la pleine clarté de la lune.

Nous sommes tout disposés à convenir avec l’auteur en question, que nous trouvons dans la vie du Christ, et nous pourrions ajouter dans l’Ancien Testament, aussi, « un récit ininterrompu de manifestations spirites », mais rien de médiumnique, ni d’un caractère physique, si nous en exceptons la visite de Saul() à Sedecla, la femme sorcière d’En-Dor. Ce point est d’une importance capitale.

Certes la promesse du Maître avait été clairement exprimée :

« En vérité, vous accomplirez des œuvres plus grandes que celles-là », des œuvres de médiation. D’après Joel [II. 28], le moment viendrait où il y aurait un épanchement abondant de l’esprit divin. « Vos fils et vos filles, dit-il, prophétiseront, vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens des visions ». Le temps est venu, et toutes ces choses s’accomplissent de nos jours ; le spiritisme a ses voyants et ses martyrs, ses prophètes et ses guérisseurs. Comme Moise et David() et Joram, il y a des médiums qui obtiennent des communications écrites directement par de vrais esprits planétaires humains ; et le mieux est que ces communications ne procurent aux médiums aucun profit pécuniaire. Le plus grand ami de la cause en France, Leymarie, languit, au moment où nous écrivons, dans une cellule de prison, et, comme il le dit dans un touchant langage, il n’est « plus un homme mais un numéro » sur le registre d’écrou.

Il y a peu, bien peu d’orateurs à la tribune spirite, qui parlent par inspiration ; et s’ils ont le moins du monde la connaissance de ce qu’on y dit, ils sont dans les conditions indiquées par Daniel : « Je perdis toute vigueur, j’entendis le son de ses paroles, je tombai frappé d’étourdissement la face contre terre » (Daniel, X. 8). Il y a des médiums, ceux dont nous avons parlé, pour qui la prophétie de Samuel() pourrait avoir été écrite. « L’esprit du Seigneur te saisira, tu prophétiseras avec eux et tu seras changé en un autre homme (357b) ». Mais, dans la longue liste des merveilles de la Bible, où voyons-nous des récits de guitares volantes, de tambourins résonnant dans les airs et de sonnettes carillonnant dans des chambres plongées dans une profonde obscurité, comme preuves de l’immortalité ?

Lorsque le Christ fut accusé de chasser les démons par la puissance de Belzébuth, il le nia, et répliqua amèrement en disant :

« Par quelle puissance vos fils et vos disciples les chassent-ils (358) ? » Les spirites affirment, eux aussi, que Jésus était un médium ; qu’il était guidé par un ou plusieurs esprits ; mais lorsque cette imputation lui fut adressée directement, il dit qu’il n’en était rien. « N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ? » [Daimonion, un Obeah, ou esprit familier, dans le texte Hébreu]. Jésus répondit : « Je n’ai pas de démon (359) ».

L’écrivain dont nous empruntons quelques citations, établit aussi un parallèle entre les essors aériens de Philippe et d’Ezechiel, et ceux de Mrs Guppy, et autres médiums modernes. Il ignore ou a oublié le fait, que la lévitation, tout en n’étant dans les deux cas qu’un effet, est produite par des causes totalement différentes. Nous avons déjà indiqué la nature de cette différence. La lévitation peut être produite d’une façon consciente ou inconsciente pour le sujet. Le jongleur détermine à l’avance qu’il sera élevé dans les airs, le temps que cela durera, et à quelle hauteur ; et il règle l’action des forces occultes en conséquence. Le fakir obtient le même résultat par la puissance de ses aspirations et de sa volonté, et, sauf lorsqu’il se trouve à l’état d’extase, il conserve la direction de ses mouvements. Le prêtre de Siam agit de même, lorsque, dans les pagodes sacrées, il monte à cinquante pieds de hauteur, un cierge à la main, et vole d’une idole à l’autre, allumant les flambeaux des niches, se supportant lui-même et s’arrêtant avec autant d’aisance que s’il marchait sur la terre ferme. Il y a des personnes qui l’ont vu et qui l’ont attesté. Les officiers d’une escadre russe, qui tout récemment a fait un voyage de circumnavigation, et qui stationna longtemps dans les eaux du Japon, rapportent, en plus d’un grand nombre d’autres faits merveilleux, celui de jongleurs, qu’ils ont vus marcher en l’air, du sommet d’un arbre à un autre, sans le moindre point d’appui (360). Ils ont aussi vu les exploits de grimper le long des perches ou des cordages, décrits par le colonel Olcott, dans son livre People from the other World, et qui ont tant été critiqués par certains spirites et médiums, dont le zèle est bien supérieur à l’instruction. Les citations du colonel Yule et d’autres auteurs données à part dans cet ouvrage, semblent mettre hors de doute la possibilité d’exécuter ces phénomènes.

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