Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS
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Les cabalistes disent qu’un homme n’est pas mort lorsque son corps est dans la tombe. La mort n’est jamais soudaine ; car, suivant Hermès, rien dans la nature ne s’opère par transitions violentes. Tout a lieu graduellement, et de même qu’il faut un développement long et graduel pour produire un être humain, de même il faut du temps pour enlever toute vitalité à la charpente. « La mort n’est pas plus une fin absolue, que la naissance n’est un commencement véritable. La naissance démontre la préexistence de l’être, comme la mort en prouve l’immortalité », dit le même cabaliste français.
Tout en ajoutant implicitement foi à la résurrection de la fille de Jaire, du chef de la Synagogue, et aux miracles de la Bible, des chrétiens éduqués, qui d’ailleurs seraient indignés de passer pour superstitieux, accueillent les faits, comme celui d’Apollonius et de la jeune fille qu’il rappela à la vie, nous dit son biographe, avec une dédaigneuse incrédulité. Diogene Laerce, qui parle d’une femme rendue à la vie par Empedocle (335b), n’est pas traité avec plus de respect, et pour les chrétiens, le nom d’un thaumaturge païen n’est qu’un synonyme d’imposteur. Nos savants sont au moins d’un degré plus rationnels ; ils rangent tous les prophètes et apôtres de la Bible et les faiseurs de miracles païens en deux catégories d’imbéciles hallucinés, et d’habiles imposteurs.
Mais tant les chrétiens que les matérialistes pourraient, sans grand effort, se montrer loyaux et logiques en même temps. Pour opérer un pareil miracle, il leur suffirait de consentir à comprendre ce qu’ils lisent, et à le soumettre sans parti pris à la critique de leur jugement. Voyons jusqu’à quel point cela serait possible. Laissant de côté l’incroyable fiction de Lazare, choisissons deux cas : celui de la fille du chef de la Synagogue rappelée à la vie par Jésus, et celui de la mariée de Corinthe, ressuscitée par Apollonius. Dans le premier cas, sans tenir aucun compte de la parole significative de Jésus : Elle n’est pas morte, mais elle dort (336b), le clergé force son dieu à violer lui-même ses propres lois, et à accorder injustement à l’un, ce qu’il refuse à tous les autres, sans autre objet en vue, que d’opérer un miracle inutile. Dans le second cas, nonobstant les paroles du biographe d’Apollonius, si claires et si précises, qu’il n’y a pas le plus léger motif pour les méconnaître, on accuse Philostrate d’imposture préméditée. Or, qui pourrait être plus honnête et qui moins accessible à l’imputation de mystification que lui ; car, en donnant le récit de la résurrection de la jeune fille par le sage de Tyane, en présence d’un immense concours de peuple, en biographe consciencieux il dit : « elle paraissait morte ».
En d’autres termes il indique très clairement un cas de suspension de la vie ; et il ajoute immédiatement, « comme la pluie tombait très abondante sur la jeune fille », tandis qu’on la transportait au bûcher, « son visage tourné vers le ciel, cela aussi a pu contribuer à réveiller ses sens (337) ». Est-ce que cela ne démontre pas clairement que Philostrate n’a pas vu de miracle dans cette ressuscitation ? Cela n’implique-t-il pas plutôt, si cela veut dire quelque chose, le profond savoir et l’habileté d’Apollonius qui, de même qu’Asclepiade, avait le mérite de savoir distinguer d’un coup d’œil la mort apparente de la mort réelle (338) ?
Une résurrection, après que l’âme et l’esprit se sont entièrement séparés du corps, et que le dernier fil électrique est tranché, est aussi impossible que, pour un esprit une fois désincarné, de se réincorporer sur cette terre, excepté de la façon décrite dans les chapitres précédents. « Une feuille, une fois tombée, ne se rattache plus d’elle-même à la branche, dit Eliphas Levi. La chenille devient papillon, mais le papillon ne retourne jamais à l’état de ver. La nature ferme la porte derrière tout ce qui passe, et pousse la vie en avant. Les formes passent, la pensée reste, et ne fait pas revenir ce qui une fois a été anéanti (339) ».
Pourquoi s’imaginerait-on qu’Asclepiade et Apollonius jouissaient de facultés exceptionnelles pour discerner la mort réelle ? Quelque école moderne de médecine a donc cette science à donner à ses élèves ? Que leurs autorités répondent pour elles. Ces prodiges de Jésus et d’Apollonius sont si bien attestés, qu’ils paraissent authentiques. Que dans un cas ou dans les deux la vie ait été simplement suspendue ou non, il reste ce fait important que le même pouvoir, qui leur était particulier à tous les deux, permit à ces deux faiseurs de merveilles de rappeler, en un instant, à la vie, des personnes paraissant mortes (340b).
Est-ce, parce que les médecins modernes n’ont pas encore découvert le secret que les théurgistes possédaient évidemment, que sa possibilité est niée ?
Négligée comme l’est maintenant la psychologie, et dans l’état étrangement chaotique dans lequel se trouve la physiologie, de l’aveu même de ses plus loyaux adeptes, il n’est certainement pas probable que nos savants soient encore prêts à redécouvrir le savoir perdu des anciens. Jadis, quand les prophètes n’étaient pas traités en charlatans, ni les thaumaturges en imposteurs, il y avait des collèges institués pour enseigner l’art de prophétiser, et les sciences occultes en général. Samuel() est représenté comme le chef d’une institution de ce genre à Ramah ; Elisee de même à Jéricho. Les écoles de Hazim, prophètes ou voyants, étaient célèbres dans toute la contrée. Hillel avait une académie régulière, et l’on sait bien que Socrate envoya plusieurs de ses disciples étudier le manticisme. L’étude de la magie, ou sagesse, comprenait toutes les branches de la science métaphysique aussi bien que physique, la psychologie et la physiologie dans leurs phases communes et occultes, et l’étude de l’alchimie était universelle, car c’était en même temps une science physique et spirituelle. Pourquoi donc douter ou s’étonner de ce que les anciens, qui étudiaient la nature sous son double aspect, aient réalisé des découvertes qui, pour nos physiciens modernes, qui n’en étudient que la lettre morte, sont un livre fermé ?
Aussi, la question n’est-elle pas de savoir si un corps mort peut être ressuscité, car, l’affirmer serait admettre la possibilité du miracle, ce qui est absurde, mais bien de nous assurer si les autorités médicales ont la prétention de déterminer le moment précis de la mort. Les cabalistes disent que la mort survient à l’instant où le corps astral, ou principe de vie et l’esprit se séparent pour jamais du corps matériel. Le médecin scientifique, qui nie le corps astral et l’esprit, et qui n’admet l’existence que du principe de vie, juge que la mort arrive lorsque la vie paraît être éteinte. Lorsque les battements du cœur et le jeu des poumons cessent, que la rigidité de la mort se manifeste, et, surtout, lorsque la décomposition commence, ils affirment que le patient est mort. Mais les annales de la médecine sont remplies d’exemples de suspension de la vie, comme résultat de l’asphyxie par immersion, inhalation de gaz, et autres causes ; la vie étant rappelée, dans le cas de personnes noyées, même douze heures après la mort apparente.
Dans les cas de transe somnambulique, aucun des signes ordinaires de la mort ne fait défaut ; la respiration et le pouls sont éteints ; la chaleur animale a disparu ; les muscles sont rigides, les yeux vitreux, et le corps décoloré. Dans le cas célèbre du colonel Townshend, il se mit, de lui-même, dans cet état en présence de trois médecins ; au bout d’un certain temps ceux-ci furent persuadés qu’il était réellement mort, et allaient quitter la chambre, lorsqu’il revint lentement à la vie. Il décrit son don particulier, en disant qu’il « pouvait mourir ou expirer quand il le voulait ; puis par un effort, ou d’une manière quelconque, revenir à la vie ».
Il y a quelques années, un remarquable cas de mort apparente eut lieu à Moscou. La femme d’un riche marchand resta en catalepsie pendant dix-sept jours pendant lesquels les autorités firent plusieurs démarches pour l’enterrer ; mais comme le corps n’entrait pas en décomposition, la famille empêcha la cérémonie, et au bout de ce temps elle revint à la vie.
Les exemples ci-dessus cités prouvent que les hommes les plus instruits dans la profession médicale sont incapables d’avoir une certitude absolue qu’une personne est morte. Ce qu’ils nomment « suspension de la vie » est cet état duquel le patient peut sortir spontanément, par un effort de son propre esprit, et que des causes diverses peuvent provoquer. Dans ces cas-là le corps astral n’a pas quitté le corps physique ; ses fonctions extérieures sont tout simplement suspendues ; le sujet est dans un état de torpeur, et son retour à la vie n’est que la guérison de cet état.
Mais dans le cas que les physiologistes appelleraient « la mort réelle » et qui ne l’est pas réellement, le corps astral s’est retiré ; peut-être même la décomposition s’est-elle manifestée. Comment l’homme sera-t-il rappelé à la vie ? La réponse est : le corps intérieur doit être contraint à rentrer dans son enveloppe extérieure, et la vitalité réveillée dans celle-ci. L’horloge s’est arrêtée ; il faut la remonter. Si la mort est absolue ; si les organes n’ont pas seulement cessé de fonctionner, mais s’ils ont perdu la possibilité d’un renouvellement d’action, dans ce cas, il faudrait précipiter l’univers dans le chaos pour ressusciter le corps ; un miracle serait nécessaire. Mais, ainsi que nous l’avons dit, l’homme n’est pas mort lorsqu’il est froid, raide, sans pulsation, sans respiration, et manifestant même des signes de décomposition ; il n’est pas mort lorsqu’on l’enterre, ni même après cela, jusqu’à ce qu’un certain point ait été atteint. Ce point, c’est le moment où les organes vitaux sont tellement décomposés que s’ils étaient réanimés, ils ne pourraient plus reprendre leurs fonctions accoutumées ; lorsque le grand ressort et les rouages de la machine sont, pour ainsi dire, tellement rongés par la rouille, qu’ils se casseraient au premier tour de clé. Tant que ce point n’est pas atteint, on peut, sans miracle, faire rentrer le corps astral dans son tabernacle, soit par un effort de sa propre volonté, soit sous l’irrésistible impulsion de la volonté de celui qui connaît les forces de la nature et sait comment les diriger. L’étincelle n’est pas éteinte, mais seulement latente, de même que le feu dans le silex, ou la chaleur dans le fer froid.
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