Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XIII – REALITES ET ILLUSIONS
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Quelques personnes possèdent naturellement, et d’autres acquièrent le pouvoir de séparer à volonté le corps intérieur de l’extérieur, de lui faire de longs trajets, et de se rendre visible à ceux qu’il visite. Nombreux sont les exemples, attestés par d’irrécusables témoins, de « doubles » de personnes, qui ont été vues, et qui ont conversé à des centaines de milles de distance de l’endroit où l’on savait qu’elles étaient. Hermotine, si nous devons en croire Pline et Plutarque P_lutarque, <em>Discours concernant le démon de S_ocrate</em>, 22. </span>" data-gt-translate-attributes='[{"attribute":"data-cmtooltip", "format":"html"}]'>(323b) pouvait à volonté tomber en transe, et alors sa seconde âme se rendait au lieu éloigné qu’il voulait.
L’abbé Tritenheim, le célèbre auteur de Stéganographia, qui vivait au XVème siècle, pouvait entrer en conversation avec ses amis, par la simple puissance de la volonté. « Je puis faire connaître mes pensées aux initiés », écrivait-il, « à une distance de plusieurs centaines de milles, sans faire usage de la parole, ou de l’écriture, ni de chiffres, par messager. Ce dernier ne peut pas me trahir, car il ne sait rien. Si c’est nécessaire, je puis même me passer de messager. Je pourrais faire parvenir mes pensées aussi clairement et aussi fréquemment que je voudrais à n’importe quel correspondant, fût-il enseveli dans le cachot le plus profond, et cela de la façon la plus simple, sans pratique superstitieuse et sans l’aide des esprits ». Cardan pouvait de même envoyer son esprit, ou un message quelconque. Lorsqu’il le faisait, il sentait « comme si une porte était ouverte, par laquelle je passe immédiatement, dit-il, laissant mon corps derrière moi (324) ». Le cas d’un haut fonctionnaire allemand, le conseiller Wesermann, est rapporté dans un journal scientifique (325). Il prétendait pouvoir faire rêver un ami ou une connaissance à tel ou tel objet qu’il voulait, ou voir la personne qu’il désirait leur faire voir à n’importe quelle distance. Ses prétentions furent prouvées exactes, et attestées dans plusieurs circonstances par des sceptiques et des personnes faisant profession d’érudition. Il pouvait aussi faire apparaître son double partout où il lui convenait, et être vu par plusieurs personnes à la fois. En murmurant à leurs oreilles quelque phrase préparée et acceptée d’avance par des incrédules, dans ce but, il prouvait d’une façon indiscutable sa faculté de projeter son double.
Suivant Napier, Osborne, le major Lawes, Quenouillet, Nikiforovitch, et un grand nombre d’autres témoins modernes, il est démontré maintenant que les fakirs peuvent, à la suite d’un long régime de préparation et de repos, amener leur corps à un état qui leur permet d’être enterrés à six pieds de profondeur au-dessous du sol, pendant un temps indéfini. Sir Claude Wade était présent à la cour Randjit Singh, lorsque le fakir dont parle l’honorable capitaine Osborne, fut enterré vivant pendant six semaines, dans un cercueil placé dans une cave à trois pieds au-dessous du niveau du sol (326). Afin d’enlever toute chance de supercherie, une garde composée de deux compagnies d’infanterie « fut établie dans la maison et quatre sentinelles relevées toutes les deux heures, et veillant nuit et jour, furent placées à toutes les issues avec consigne d’empêcher d’y entrer. En ouvrant le cercueil, dit sir Claude, nous vîmes une forme humaine enfermée dans un sac d’étoffe blanche, retenue au-dessus de la tête par un lien… Le serviteur commença alors à répandre de l’eau chaude sur le corps… Les jambes et les bras étaient racornis et raides, la face pleine, la tête inclinée sur l’épaule comme celle d’un cadavre. J’appelai alors le médecin qui m’assistait, et je le priai de venir examiner le corps, ce qu’il fit, mais il ne put découvrir de pulsations ni au cœur, ni aux tempes, ni au poignet. Il y avait cependant une certaine chaleur vers la région cérébrale, que l’on ne retrouvait dans aucune autre partie du corps (327) ».
Regrettant que les limites de cet ouvrage ne nous permettent pas de citer tous les détails de cette intéressante histoire, nous nous bornerons à ajouter que le procédé de ressuscitation comprenait le bain chaud, les frictions, l’enlèvement des tampons de ouate et de cire des narines et des oreilles, la friction des paupières avec du beurre clarifié, et ce qui paraîtra plus étrange à bien des gens, l’application d’un gâteau de froment chaud, d’un pouce d’épaisseur, sur le sommet de la tête. « Après que le gâteau eut été appliqué pour la troisième fois, le corps eut des convulsions violentes, les narines s’enflèrent, la respiration revint, les membres reprirent leur plénitude naturelle, mais les battements du cœur étaient encore faiblement perceptibles. « La langue fut ointe de beurre ; les globes oculaires se dilatèrent et reprirent leur couleur normale, et le fakir reconnut les personnes présentes et leur adressa la parole ». Il est à remarquer que non seulement les narines et les oreilles avaient été bouchées, mais que la langue avait été repliée en arrière, de façon à fermer le gosier, et à empêcher toute introduction de l’air atmosphérique par une ouverture quelconque. Pendant notre séjour dans l’Inde, un fakir nous dit que l’on agissait de la sorte, non seulement afin d’empêcher l’action de l’air sur les tissus organiques, mais encore pour garantir le sujet contre le dépôt de germes de décomposition, qui dans les cas de suspension de la vie, amèneraient la décomposition, exactement comme pour toute autre chair exposée à l’air. Il y a aussi des localités où un fakir refuserait de se laisser enterrer ; telles, par exemple, que beaucoup d’endroits dans le sud de l’Inde, infectés de fourmis blanches ; ces termites nuisibles sont considérés comme les plus dangereux ennemis de l’homme et de ses biens. Ils sont si voraces, qu’ils dévorent tout ce qu’ils rencontrent, sauf peut-être les métaux. Quant au bois, il n’y a pas d’espèce à travers laquelle ils ne se frayent un passage ; les briques même et le mortier n’offrent qu’une faible résistance à leurs armées formidables. Ils travailleront patiemment sur le mortier le détruisant petit à petit, et un fakir, quelque saint qu’il soit, et quelque solide que soit son cercueil temporaire, n’exposerait pas son corps à être dévoré, au moment où devrait avoir lieu son retour à la vie.
Dans tous les cas, voici un exemple, un entre mille, qui est attesté par le témoignage de deux nobles Anglais, l’un d’eux officier, et par un prince hindou, qui était aussi sceptique qu’eux. Il place la science dans une alternative embarrassante : il faut révoquer en doute de nombreuses et irrécusables attestations, ou admettre que, si un fakir peut ressusciter au bout de six semaines, tout autre fakir le peut également, et si un fakir le peut, pourquoi pas un Lazare, un enfant de la Sunamite, ou la fille de Jaire Ventura, ainsi que du Maharajah et d'un grand nombre de ses Sardars. L'agent politique à Loodhiana était "présent lorsqu'on le déterra dix mois après qu'il eût été inhumé." Le cercueil ou caisse contenant le corps du fakir "était enterré dans un endroit voûté, la terre avait été jetée tout autour et dessus et ensemencée d'orge, et des factionnaires furent placés pour le garder. Malgré cela, le Maharajah était si incrédule à ce sujet, qu'en dépit de ces précautions, par deux fois en dix mois, il le fit retirer et examiner, et chaque fois, il fut trouvé exactement dans le même état, que lorsqu'on l'avait enfermé."</span>" data-gt-translate-attributes='[{"attribute":"data-cmtooltip", "format":"html"}]'>(328b) ?
Il ne sera peut-être pas hors de propos maintenant de s’informer sur quelle certitude peut s’appuyer un médecin quelconque, en dehors de l’évidence extérieure, pour affirmer que le corps est réellement mort ? Les meilleures autorités s’accordent à dire qu’il n’y en a aucune. Le Dr Todd Thomson de Londres (329) dit, de la façon la plus positive, que « l’immobilité du corps, et même son aspect cadavérique, le froid de la surface, l’absence de la respiration et du pouls, le renfoncement de l’œil, ne sont pas des preuves non équivoques de l’extinction totale de la vie (330) ». Seule la décomposition complète constitue une preuve irréfutable que la vie s’est enfuie pour toujours, et que le tabernacle est vide. Democrite affirmait qu’il n’existait aucun signe certain de la mort réelle (331). Pline soutenait la même thèse, et affirmait que la certitude était encore plus difficile dans le cas des femmes que des hommes.
Todd Thomson, déjà cité, rapporte plusieurs cas de cette suspension de la vie. Il mentionne, entre autres, un certain Francis Neville, gentilhomme normand, qui mourut en apparence à deux reprises et qui, par deux fois fut sur le point d’être enterré. Mais, au moment de descendre la bière dans la fosse, il se reprenait spontanément à vivre. Au XVIIème siècle, Lady Russell offrit toutes les apparences de la mort, et l’on allait l’inhumer, mais pendant que le glas annonçait ses funérailles, elle se mit sur son séant dans le cercueil et s’écria : « Il est temps d’aller à l’Eglise ! » Diemerbroeck fait mention d’un paysan, qui ne donna pas de signes de vie pendant trois jours, mais qui, placé dans la bière et arrivé près du tombeau, revint à la vie, et vécut encore plusieurs années (332). En 1836, un respectable citoyen de Bruxelles tomba un dimanche matin dans une profonde léthargie. Le lundi, comme ses serviteurs s’apprêtaient à visser le couvercle du cercueil, le prétendu mort se redressa, se frotta les yeux, et demanda son café et un journal (333).
Ces cas de mort apparente sont assez fréquemment rapportés dans la presse quotidienne. Au moment où nous écrivons (avril 1877), nous trouvons dans une lettre adressée au Times de New-York, le paragraphe suivant : « Miss Annie Goodale, l’actrice, est morte il y a trois semaines. Jusqu’à hier, elle n’avait pas encore été enterrée. Le corps est chaud et souple, et les traits aussi doux et mobiles que pendant la vie. Plusieurs médecins l’ont examinée, et ont donné l’ordre de veiller le corps jour et nuit. La pauvre dame est évidemment en léthargie, mais il est impossible de dire si elle reviendra à la vie ».
La Science considère l’homme comme une agrégation d’atomes unis temporairement par une force mystérieuse, nommée principe de vie. Pour le matérialiste, la seule différence entre un corps vivant et un cadavre, est que dans le premier cas la force est active, et dans le second elle est latente. Lorsqu’elle est éteinte ou tout à fait latente, les molécules obéissent à une attraction supérieure, qui les dissémine et les répand dans l’espace.
Cette dispersion doit être la mort, s’il est possible de concevoir une chose telle que la mort, là où les molécules même du corps mort manifestent une énergie vitale intense. Si la mort n’est que l’arrêt de la machine à digérer, à se mouvoir et à moudre des pensées, comment peut-elle être réelle et non pas relative, avant que cette machine ne soit complètement brisée, et ses particules totalement dispersées ? Tant que quelques-unes se maintiennent adhérentes, la force vitale centripète peut l’emporter sur l’action centrifuge dispersive. Eliphas Levi disait : « Le changement atteste le mouvement, et le mouvement seul révèle la vie. Le cadavre ne se décomposerait pas s’il était mort ; toutes les molécules qui le composent sont vivantes, et luttent pour se séparer. Et vous imaginez-vous que l’esprit se dégage le premier de tout, pour cesser d’exister ? Que la pensée et l’amour peuvent mourir, lorsque les plus grossières formes de la matière ne meurent pas ? Si le changement devait être appelé mort, nous mourons et nous renaissons tous les jours, car tous les jours nos formes subissent un changement (334) ».
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