Il est possible que je heurte ou que je décourage ceux qui, parmi mes enfants, ont accepté les interprétations modernes d’une philosophie aussi vieille que le monde et qui, dans leurs efforts pour réconcilier des phases irréconciliables de cette philosophie, ont donné au résultat hybride qu’ils ont pu obtenir le nom de « Pensée nouvelle ». Mais j’espère que des réflexions plus profondes ainsi qu’une investigation poussée apporteront une plus grande lumière à ceux qui ont accepté le point de vue présenté par les premiers fondateurs des différents cultes actuels.
Vous devez considérer tout d’abord la tendance naturelle du mental humain à saisir avec avidité tout facteur ou théorie – et à lutter pour l’appliquer – promettant une libération immédiate de conditions douloureuses ou indésirables. Combien impatiemment lisent-ils ou écoutent-ils les bribes de tout exposé disponible semblant confirmer les théories qu’ils ont acceptées, et rejettent-ils en partie ou en bloc les exposés qui semblent les réfuter ou s’y opposer. Cette tendance naturelle du mental humain est si évidente qu’il n’est pas nécessaire de posséder un brillant intellect pour comprendre et faire usage, comme base de propagande, d’une théorie paraissant offrir des avantages personnels. Vous pourrez noter que la majorité des enseignants de la « Pensée nouvelle » se sont emparés de quelque méthode de guérison ou d’obtention de confort matériel et la mettent en avant comme l’Ultima Thulée de tout effort. Le son même ou la vue du mot « spirituel » est saisi par l’imagination et généreusement appliqué aux méthodes mentionnées ci-dessus.
La souffrance provenant de ce qui n’est tout au plus qu’une forme temporaire de maladie ainsi que les pertes subies provenant également de conditions temporaires de soi-disant pauvreté sont moins graves que toutes les autres formes de souffrance que l’être humain est capable d’endurer.
Les qualités de patience, de courage et d’endurance acquises pendant une vie peuvent immuniser celui qui souffre contre de plus grandes souffrances dans d’autres domaines. Mais ce fait est rendu tabou et nié avec mépris.
Dans de nombreux cas, les décrets immuables des lois du karma et de la réincarnation sont soit rejetés soit déformés dans un sens qui semble justifier les théories avancées. Le plan illusoire de la matière grossière prend le pas dans le mental de ces théoriciens sur ce que sont dans les faits mêmes les vrais plans de la vie et ce, en dépit de leurs descriptions idéalistes de la vie sur ces plans après la mort ou de l’attrait de ces plans en tant que lieu de séjour. Si tel n’était pas le cas, ils pourraient acquérir une connaissance plus grande sur les décrets des lois et sur la vie que celle à laquelle ils peuvent aspirer dans leurs limites actuelles. Qu’ils aient raison en ce qui concerne leur conception du pouvoir de la pensée est indiscutable. Mais, ils sont souvent dans l’erreur en ce qui concerne l’application de ce pouvoir, et ignorants de la nature de l’instrument utilisé pour atteindre les fins qu’ils désirent. Leurs pensées sont, pour une grande part, nécessairement focalisées sur le plan physique, ce qui limite l’influence de l’âme sur les plans intérieurs de la vie.
Aucun esprit intelligent ne peut nier le fait que certains résultats sont souvent obtenus par l’application de la force mentale. La question essentielle ici est de savoir si ces résultats seraient désirés par l’individu qui est traité par les dites méthodes s’il était conscient de leur effet final. Par exemple, une personne affligée d’un caractère porté vers quelque forme de cruauté, que ce trait soit caché ou qu’elle-même mette en doute sa réalité, est le résultat d’actes répétés de cruauté qu’elle a perpétrés dans des incarnations antérieures. La cruauté est un mal qui doit être finalement éliminé de la sphère mentale dans laquelle il s’est développé jusqu’à un degré anormal. Comme toute inhibition mentale ou qualité indésirable, elle doit être éliminée au moyen d’un processus défini qui nécessite sa manifestation dans une forme grossière – un taux inférieur de vibration de la matière –, de manière que cette tendance à la cruauté puisse se matérialiser sous quelque forme de maladie. Si cette maladie devait être éliminée par l’application d’une force spirituelle supérieure avant que l’Ego n’ait réussi à éliminer cette tendance vers la cruauté, une force spirituelle aurait été mal dirigée et la tendance à la cruauté demeurerait inchangée, nécessitant un accroissement de souffrance dans la prochaine vie ou dans des vies futures.
Alors que ce qui précède n’illustre qu’un seul point de ma discussion, il pourrait être intéressant pour vous d’apprendre qu’une forme de cruauté comme la suppression de la sympathie, qui est si évidente parmi de nombreux partisans de l’ancienne ou « Pensée nouvelle », peut facilement avoir pour résultat une forme particulière de maladie dans le corps. L’incohérence de nombreux dévots de ces théoriciens est, pour un esprit logique, un obstacle à la croyance en leurs enseignements. Lorsqu’ils affirment vigoureusement que l’Esprit – leur idée particulière de l’Esprit – est tout dans tout, et que par leurs méthodes de traitement ils proclament être parfaitement capables de l’appliquer afin d’éliminer toute forme de mal, puis qu’ils font ensuite des exceptions, ils montrent ainsi que d’autres moyens plus matériels sont nécessaires, particulièrement dans les cas exigeant des traitements exceptionnels. Pour cette raison, il leur est difficile de convaincre un logicien de l’infaillibilité de leur méthode.
L’Initié Paul a fait une déclaration qui devrait intéresser le groupe de guérisseurs appartenant à la « Pensée nouvelle », lesquels affirment n’utiliser que le pouvoir de la foi comme moyen de guérison pour toutes les maladies. Il a dit : « La foi sans les œuvres est chose morte. » C’est-à- dire que la foi privée de l’obéissance aux lois qui gouvernent le plan de l’action sur lequel elle est appliquée est réellement inefficace. Les œuvres auxquelles se réfère Paul se rapportent à la matière ou substance du plan sur lequel l’énergie de la foi agit à un moment donné. Les lois universelles qui gouvernent le plan du mental ou de l’âme décrètent que la substance mentale peut seulement opérer au sein de son propre plan – de son taux particulier de vibration. Les lois gouvernant la substance ou la matière dont les vibrations sont inférieures à celles de Manas – c’est-à-dire ayant un plus grand poids et une plus grande densité –, ne peuvent permettre à cette matière d’entrer sur le plan manasique. La possibilité de pouvoir transporter un morceau de fer ou de tissu physique dans la substance du plan manasique se ferait au mépris des lois gouvernant à la fois les deux plans. Mais, une image parfaite de ce morceau de fer ou du tissu pourrait être observable par l’œil intérieur sur le plan manasique ou psychique. Cette image serait clairement le résultat de l’action des rayons du Soleil Spirituel Central sur la substance d’un état intermédiaire, entre le plan mental ou astral et le plan physique – un état qui correspondrait à un film ou à un négatif, dans le cas d’une photo prise au moyen de la lumière solaire avec un appareil et une pellicule.
L’ignorance ou le refus de la nécessité d’un véhicule intermédiaire pour faire le pont entre l’Esprit et la Matière constitue l’une de nos principales objections à la promulgation de quelques unes des théories modernes fondées sur la soi-disant guérison spirituelle. Une autre objection s’appuie sur l’escroquerie pratiquée vis-à-vis des ignorants par ceux qui courent vers la fraternité médicale pour trouver de l’aide en cas d’urgence, et qui s’approprient tout le crédit si les efforts du médecin ou du chirurgien utilisé sont couronnés de succès, ou qui refusent d’accepter toute responsabilité si ces derniers échouent.
Dans chaque cas où une cure véritable d’une maladie réelle – et non d’un mal imaginaire provenant d’un diagnostic incorrect – est réalisée par l’application de moyens mentaux ou spirituels, elle est due à l’action reconnue ou non reconnue d’un troisième état, l’état intermédiaire ou entité qui, pour l’esprit orthodoxe, correspond à l’idée du Christ. Cet état intermédiaire peut être compris, d’un certain point de vue, comme un flux au sein duquel deux états de matière complètement différents peuvent être créés afin de s’unir et de devenir par conséquent une forme de matière entièrement nouvelle. Cet état intermédiaire est inconsciemment nommé et reconnu comme force de guérison par de nombreux partisans de la « Pensée nouvelle », bien qu’ils soient souvent ignorants de sa nature ultime ou des lois qui la gouvernent.
Il est regrettable que, dans certains cas, le droit d’étudier les travaux modernes de chimie ou autres travaux scientifiques soit refusé aux étudiants par leurs enseignants, parce que cela conduirait à une meilleure compréhension des lois spirituelles, mentales et physique, et bien trop souvent ce refus se base sur la peur de perdre des adhérents, plutôt que sur le plus grand bien des étudiants.
Loin de moi l’idée de nier le pouvoir de tout attribut de la Divinité. Mon objection relative à l’utilisation des forces subtiles de la vie tient à la complète ignorance de la majorité de ceux qui voudraient les utiliser, et, par conséquent, au mauvais usage fréquent de ces forces ainsi qu’aux tristes résultats qui en découlent. L’homme qui voudrait se servir d’une pierre très précieuse pour creuser la terre serait traité de fou ou pire par ceux qui le verraient à l’œuvre, parce qu’il pourrait se procurer d’autres outils plus ordinaires pour cela. On fait pourtant usage de quelque chose de bien plus précieux pour soulager des maux sans importance comme une légère migraine ou un mal au doigt, qui ne requerraient pourtant qu’une simple aide matérielle.
Ainsi qu’il a été dit plus haut, les incohérences, les conclusions illogiques, la cruauté et l’indifférence vis-à-vis de la souffrance des autres par de nombreux étudiants de ces enseignements devraient inciter l’homme intelligent à réfléchir à l’ensemble de la question de l’action mentale ou spirituelle dans la guérison de la maladie ou dans l’acquisition de biens matériels.
HILARION - Temple 2 - Leçon 199


