MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES – Partie 7

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre XI – MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES

Partie 1 Partie 2 Partie 3 Partie 4 Partie 5
Partie 6 Partie 7 Partie 8 Partie 9 Partie 10

Suivant Democrite, l’âme (193) provient de l’agrégation d’atomes, et Plutarque décrit sa philosophie comme suit : « Il y a un nombre infini de substances indivisibles, insensibles, sans différences entre elles, sans qualités, et qui se meuvent dans l’espace, où elles se trouvent disséminées ; lorsqu’elles s’approchent les unes des autres, elles s’unissent, s’accrochent et forment par leur agrégation l’eau, le feu, une plante, un homme. Toutes ces substances, qu’il nomme des atomes en raison de leur solidité, ne peuvent éprouver ni changement, ni altération. « Mais, ajoute Plutarque, nous ne pouvons faire une couleur de ce qui est incolore, ni une substance ou une âme de ce qui n’a ni âme ni qualité (194) ». Le professeur Balfour Stewart dit que cette doctrine, dans les mains de John Dalton, « a permis au mental humain de saisir les lois qui règlent les changements chimiques, aussi bien que de se représenter les phénomènes qui y ont lieu ». Après avoir cité, en l’approuvant, l’idée de Francis Bacon que l’homme cherche perpétuellement les limites extrêmes de la nature, il formule un étalon d’après lequel, lui et ses collègues en philosophie devraient bien régler leur conduite : « Nous devrions assurément être très prudents avant d’abandonner une branche quelconque de connaissance ou une direction de pensée, comme essentiellement inutile (195) ».

Vaillantes paroles que celles-là ! Mais combien de savants les mettent en pratique ?

Democrite d’Abdère nous montre l’espace rempli d’atomes, et nos astronomes contemporains nous font voir comment ces atomes se réunissent pour former les mondes et ensuite les races, y compris la nôtre, pour les peupler. Puisque nous avons signalé l’existence d’une puissance dans la volonté de l’homme, laquelle, en concentrant les courants de ces atomes sur un point objectif, peut créer un enfant conformément à l’imagination de la mère, pourquoi ne serait-il pas admissible que ce même pouvoir exercé par la mère puisse, par un renversement intense, quoique inconscient, de ces courants, dissoudre et faire entièrement disparaître une partie quelconque et même tout le corps de son enfant encore à naître ? Ici se pose actuellement la question des fausses grossesses, qui ont si souvent embarrassé et les médecins et leurs patients. Si la tête, le bras et la main des trois enfants dont parle Van Helmont ont pu disparaître par suite d’un mouvement d’horreur, pourquoi une émotion analogue ou même de toute autre nature, excitée au même degré, ne causerait-elle pas la disparition du fœtus dans ces prétendues fausses grossesses ? Ces cas sont rares, mais ils existent, et, de plus, ils défient totalement les efforts de la science. Il n’y a certainement pas dans la circulation de la mère de dissolvant chimique assez puissant pour dissoudre l’enfant, sans la détruire elle-même. Nous recommandons en conséquence ce sujet à la profession médicale, dans l’espoir qu’elle n’adoptera pas la conclusion du Dr Fournie, qui dit : « Dans cette succession de phénomènes, nous devons nous en tenir au rôle d’historien, car nous n’avons pas même essayé d’expliquer le pourquoi et le comment de ces choses, et elles restent les mystères inscrutables de la vie ; à mesure que nous avançons dans notre exposition, nous sommes obligés de reconnaître que c’est là pour nous le terrain défendu (196b) ».

Dans les limites de ses capacités intellectuelles, le vrai philosophe ne connaît pas de terrain défendu, et il n’admet pas qu’il y ait dans la nature de mystère inscrutable ou inviolable.

Aucun étudiant de la philosophie hermétique, aucun spirite ne fera d’objection au principe abstrait posé par Hume, que le miracle est impossible ; car supposer sa possibilité serait admettre que l’univers est gouverné par des lois spéciales au lieu de lois générales. C’est là un des points fondamentaux de désaccord entre la science et la théologie. La première, raisonnant d’après l’expérience universelle, soutient qu’il y a dans la nature une uniformité générale, tandis que la seconde prétend que le Mental Dirigeant peut être invoqué et prié de suspendre la loi générale, pour cadrer avec des éventualités spéciales. John Stuart Mill (197b), dit : « Si nous ne croyons pas d’avance aux agents surnaturels et à leur action, il n’y a pas de miracle qui puisse nous prouver leur existence. Le miracle lui-même, considéré simplement comme un fait extraordinaire, peut être attesté d’une façon satisfaisante par témoignage ou par nos sens ; mais rien ne pourra jamais démontrer que ce soit un miracle. Il y a encore une autre hypothèse possible ; c’est que le fait en question soit le résultat d’une cause naturelle inconnue ; et cette possibilité ne peut en aucun cas être si complètement écartée, qu’il ne nous reste plus d’autre alternative que d’admettre l’existence et l’intervention d’un Être supérieur à la nature ».

Telle est la conviction que nous avons cherché à faire naître chez nos logiciens et nos physiciens. Comme le dit M. John Stuart Mill lui-même, « nous ne pouvons admettre une proposition comme une loi de la nature, et croire, en même temps, un fait qui est en contradiction manifeste avec elle. Il faut de toute nécessité ou repousser la croyance à un pareil fait, ou admettre que nous avons fait erreur en admettant la loi en question (198) ». M. Hume invoque « la ferme et inaltérable expérience » du genre humain, comme établissant les lois dont l’action rend ipso facto les miracles impossibles. La difficulté que présente cette théorie réside principalement dans l’adjectif souligné (inaltérable), qui suppose que notre expérience ne change jamais, et que, par conséquent, les mêmes expériences et observations serviront de base à notre jugement. Cette opinion suppose également que tous les philosophes auront toujours les mêmes faits à examiner, et elle semble ignorer entièrement les rapports d’expériences philosophiques et de découvertes scientifiques dont nous avons été temporairement privés. Ainsi l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, et la destruction de Ninive ont privé le monde, pendant plusieurs siècles, des données nécessaires pour se former une opinion de la valeur de la véritable connaissance ésotérique et exotérique des anciens. Mais, dans ces dernières années, la découverte de la pierre de Rosette, des manuscrits d’Ebers, d’Aubigné, d’Anastasi_ et autres papyrus, et l’exhumation des bibliothèques sur tablette d’argile ont ouvert un vaste champ aux recherches archéologiques qui, très probablement, aboutiront à des modifications radicales dans cette « expérience fertile et inaltérable ». L’auteur de Supernatural Religion fait remarquer, avec raison, « qu’une personne qui croit à quelque chose qui est en contradiction avec la logique, et cela uniquement sur la foi d’une affirmation sans preuve, est tout simplement crédule ; mais cette affirmation ne porte aucune atteinte à l’évidence même de la chose (199).

Dans une conférence de M. Hirram Corson, professeur de littérature Anglo-Saxonne à l’université de Cornell, à Ithaca (Etat de New-York) faite aux élèves du Collège de Saint-John à Annapolis, en juillet 1875, le conférencier condamne à bon droit la science en ces termes :

« Il y a des choses que la science ne fera jamais, et qu’elle aurait de la présomption à vouloir essayer. Il fut un temps où la Religion et l’Eglise, dépassant les limites de leur domaine légitime, avaient envahi et harcelé celui de la Science, et imposé à celle-ci un tribut extrêmement lourd ; mais il semblerait que leurs anciennes relations subissent un changement complet ; la Science, à son tour, a franchi ses frontières et a envahi le domaine de la Religion et de l’Eglise, et au lieu d’une Papauté Religieuse, nous courons le risque d’avoir à subir le joug d’une Papauté Scientifique ; en fait, nous sommes déjà placés sous cette domination ; et de même qu’au XVIème siècle on a protesté, dans l’intérêt de la liberté intellectuelle, contre le despotisme religieux et ecclésiastique, de même, dans notre XIXème siècle, les intérêts spirituels et éternels de l’homme exigent qu’une protestation soit formulée contre le despotisme scientifique qui va se développant rapidement, afin que les Savants, non seulement restent dans leurs domaine légitime du phénoménal et du conditionné, mais encore aient à « examiner de nouveau tout leur bagage, de façon à s’assurer positivement jusqu’à quel point la masse de numéraire qu’ils ont dans leurs caves, et sur la foi de l’existence duquel on a fait circuler tant de papier-monnaie, est bien réellement l’or pur de la Vérité ».

« Si ce n’est pas fait pour la science, comme on le fait pour les affaires ordinaires, les savants sont capables d’évaluer trop haut leur capital et d’entreprendre, par conséquent, des opérations dangereuses d’inflation. Depuis même que le professeur Tyndall a prononcé son discours de Belfast, il a été démontré par les nombreuses répliques qu’il a provoquées que le capital de l’école de la Philosophie d’Evolution, à laquelle il appartient, n’est pas, à beaucoup près, aussi considérable qu’on l’avait vaguement supposé auparavant, dans les milieux intelligents mais non scientifiques. Pour une personne étrangère au monde de la science, il est fort surprenant de voir combien la science officielle s’entoure d’un domaine de pures hypothèses, dont se vantent souvent les savants en les présentant comme leurs propres conquêtes ».

C’est exact ; mais il faudrait ajouter en même temps qu’ils contestent aux autres le même privilège. Ils protestent contre les « miracles » de l’Eglise et répudient avec tout autant de logique les phénomènes modernes. En présence des aveux d’autorités scientifiques telles que le Dr Youmans et autres, que la science moderne passe par une phase de transition, il semblerait qu’il est temps de cesser de traiter certaines choses d’incroyables, uniquement parce qu’elles sont merveilleuses, et parce qu’elles semblent contraires à ce que l’on est habitué à considérer comme une loi universelle. Il ne manque pas de penseurs sérieux, dans notre siècle, désireux de venger la mémoire des martyrs de la science, tels qu’Agrippa, Palissy et Cardan, qui n’y arrivent cependant pas, faute des moyens de bien comprendre leurs idées. Ils croient à tort que les néoplatoniciens prêtaient plus d’attention à la philosophie transcendante qu’à la science exacte.

« Les insuccès qu’on constate souvent chez Aristote, dit le professeur Draper, ne sont pas une preuve de l’infiabilité [de sa méthode], mais bien plutôt de sa valeur. Ce sont les insuccès qui résultent de l’insuffisance des faits (200) ».

Quels faits demanderons-nous ? Un savant n’admettra jamais que l’on aille les chercher dans les sciences occultes, puisqu’il n’y croit pas. Néanmoins, l’avenir peut en démontrer la vérité. Aristote a légué sa méthode d’induction à nos savants ; mais tant qu’ils ne la compléteront pas par celle des « Universaux de Platon », ils éprouveront plus « d’insuccès » encore que le grand instructeur d’Alexandre. Les universaux ne sont un article de foi que tant qu’ils ne peuvent être démontrés par la raison et appuyés sur l’expérience ininterrompue. Quel est le philosophe actuel qui pourrait prouver, à l’aide de cette même méthode d’induction, que les anciens n’étaient pas en possession de ces démonstrations par suite de leurs études ésotériques ? Les propres négations de nos philosophes, dénuées qu’elles sont de preuves, attestent suffisamment qu’ils ne restent pas aussi fidèles à la méthode d’induction qu’ils veulent le laisser croire. Forcés qu’ils sont de baser leurs théories, bon gré, mal gré, sur le terrain de la philosophie ancienne, leurs découvertes modernes ne sont que des bourgeons provenant de germes plantés par leurs prédécesseurs de l’antiquité. Et encore, ces découvertes sont généralement incomplètes, quand elles ne sont pas avortées. Leur cause est enveloppée d’obscurité, et leur effet définitif imprévu. « Nous ne sommes pas en état, dit le professeur Youmans, de considérer les théories de l’antiquité comme des erreurs discréditées, ni les théories actuelles comme définitives. Le corps vivant et progressant de la vérité n’a fait que transformer ses téguments anciens dans la marche vers plus de vigueur et de force (201) ». Ce langage, appliqué à la chimie moderne par un des premiers chimistes philosophes et l’un des auteurs scientifiques les plus enthousiastes du jour, montre bien l’état de transition dans lequel se trouve la science moderne ; mais ce qui est vrai de la chimie l’est aussi de toutes les sciences, ses sœurs.

Lire la suite … partie 8
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer