ÉGOTISME ET ÉGOÏSME

Est-ce que la graine d’une plante essaie de faire pousser des feuilles pour attirer les indispensables constituants de l’air pouvant nourrir ses racines, ou de faire pousser des fleurs pour former de nouvelles graines, avant d’avoir érigé une tige capable de supporter les unes et les autres ? Est-ce qu’un parent sage essaie de faire suivre à son enfant un cours de collège avant que le cerveau de celui-ci ne soit suffisamment développé pour comprendre les rudiments d’au moins une leçon de ce cours ? Et pourtant, de nombreuses personnes essaient d’atteindre un objectif qui leur est aussi impraticable et aussi peu naturel que ceux mentionnés plus haut pour le parent ou pour la graine. S’il était possible d’atteindre cet objectif, le résultat ne se situerait pas dans l’ordre naturel des choses pour les raisons suivantes (parmi de nombreuses autres) : d’une part, l’absence de fonctions par lesquelles la nourriture nécessaire – l’énergie physique ou mentale – pourrait être dispensée de l’extérieur, par l’éclatement de l’enveloppe de la cellule ou de la molécule, afin que l’intérieur puisse devenir l’extérieur ; d’autre part, l’incapacité d’entretenir ce qui s’est manifesté tant que son but divin n’a pas été atteint par le développement d’une nouvelle graine – ou de nouvelles cellules.

S’il était possible de réaliser n’importe quel objectif, il en résulterait une monstruosité, une chose anormale incapable d’accomplir le but divin. Il n’existe pas d’autres cas pour lesquels cette vérité est plus évidente que celui du surdéveloppement de l’égotisme1 dans le caractère de l’homme ou de la femme. Le germe de l’égotisme est l’égoïsme2 – l’individualisme – en dépit de la définition généralement acceptée de ce terme, parce que l’Ego est le germe spirituel de l’individu, la conscience du « Je suis ».

L’humilité correspond d’une certaine manière à la tige d’une plante ou au tronc d’un arbre. C’est la tranquille et modeste force  qui constitue le support réel et la base de la nourriture nécessaire aux aspects plus exotériques de l’individualité. La véritable humilité est absolument nécessaire à la croissance spirituelle. Le surdéveloppement de l’égotisme – et le sous-développement correspondant de l’humilité – est toujours apparent chez les leaders des foules. Un manque de connaissance véritable, une lecture un peu décousue, la participation à certains types de conférences et des cours sur la gymnastique mentale ont préparé l’égotiste fanatique à un leadership de ce genre. Le développement normal de l’égoïsme et de l’humilité – toutes choses étant égales par ailleurs – est utile pour la préparation au véritable leadership. Mais, la personne ainsi formée est généralement peu disposée à s’affirmer elle-même. À moins d’une demande bien précise de la part d’autres personnes, elle évitera tout ce qui tend à la pousser en avant. La connaissance de ses propres limitations est si profonde, qu’il est véritablement douloureux pour elle d’être placée dans une situation où elle paraîtra occuper une position de supériorité aux yeux de ses compagnons humains.

Un égotiste n’a pas plus de chances d’ouvrir le coffre au trésor de la Divinité et d’estimer la valeur des choses précieuses qui s’y trouvent au moyen de son œil physique, qu’un poulet n’a de chance d’estimer la valeur des pierres précieuses exposées dans la vitrine d’un joaillier.

Celui qui harangue les foules au coin de la rue pour accuser les pouvoirs en place, qui n’a peut être jamais entendu parler d’économie politique, de l’histoire des nations, de l’action des lois cycliques ou des inévitables résultats de la loi karmique, et qui a peut-être été mis au pied du mur par sa propre incompétence ou indolence, est un exemple d’égotisme sur-développé. En réponse à ses vociférations, il est possible qu’un grand nombre de gens soient conduits à la frénésie. Et, plutôt que d’essayer de trouver un remède réel à ce qui a pu tenir de la maladie mentale ou morale, ce harangueur se place à la tête d’une foule pour assouvir sa vengeance sur quelque autre personne en position de pouvoir et qui, selon toute probabilité, est elle aussi victime des circonstances, de l’environnement et des mauvaises méthodes d’éducation. Pour illustrer encore ceci, prenons un exemple dans la vie quotidienne. Considérons le mari et père de famille égotiste qui, en raison de son incapacité à produire une profonde impression sur ses collègues de travail dans quelque domaine professionnel, est convaincu d’être la victime très mal comprise de l’ignorance des autres et de ne pas être apprécié à sa juste valeur. Il fait de son foyer un lieu de tourment pour sa femme et ses enfants par ses règlements rigides, ses appels constants à leur crédulité, ses critiques répétées par les mots ou les actes, le rappel de leur infériorité supposée, ainsi que par ses prophéties relatives aux maux qui les toucheront s’ils en viennent à manquer de respect ou d’attention à son égard. Alors qu’en fait, cette infériorité vis-à-vis de tous ceux que sa famille rencontre fréquemment, son manque de contrôle de soi et ses conceptions étroites des grandes réalités sont si évidents aux yeux des membres de cette famille que, en dépit de la réelle affection qu’ils ont pour lui, naît un sentiment de mépris pour sa petitesse. Ce sentiment se manifeste par l’indifférence à l’égard de ses injonctions et ce, à un point tel, qu’à la fin quelque chose qui se rapproche de la haine se développe dans leur esprit ainsi qu’un désir de s’éloigner de lui jusqu’à ne plus jamais revoir son visage.

Je n’ai pas l’intention dans ces exemples de confiner mes remarques ou arguments uniquement au sexe masculin. Parce qu’ils sont également applicables au sexe féminin et qu’ils s’intensifient même de jour en jour, puisque les femmes sont forcées, sans aucune préparation, à occuper les positions qui étaient auparavant réservées uniquement aux hommes. Certaines des qualités dont l’activité provient essentiellement des caractéristiques sexuelles font des femmes des chefs de famille ou de sociétés commerciales qui éprouvent particulièrement les personnes se trouvant sous leur contrôle. Je me réfère plus particulièrement aux petites jalousies des unes et des autres, un caractère que l’on note rarement chez le sexe masculin. Mais, lorsque la jalousie est l’une des limitations prédominante chez un homme, elle s’exprime avec plus d’amplitude. Mais, tout ceci est secondaire. Ce que j’essaie de faire naître en ceux pour qui mes mots s’appliquent de façon particulière, c’est le pouvoir d’estimer le caractère à sa juste valeur plutôt que de céder aux forces négatives de la surestimation ou de la sous-estimation de soi en ne faisant pas l’effort de jauger correctement sa position sur l’échelle de la vie. Ce pouvoir ne peut-être acquis tant que prédominent l’autosatisfaction et l’amour-propre égotiste sur les qualités qui permettent d’effectuer un jugement correct et équitable. Une méthode pour atteindre cet objectif est de cultiver l’habitude de chercher ce qui est grand, ce qui est parfait dans les menus détails de l’art, de la science et de la nature, ainsi que parmi les humbles, les discrets, les gens ou les choses cachées de la vie.

Lorsque vous comprendrez pleinement cette extraordinaire vérité que l’invisible molécule peut se subdiviser en d’innombrables parties plus petites, vous porterez plus d’attention vis-à-vis des choses cachées de la vie, parce que chaque subdivision est capable de générer une énergie d’un pouvoir incomparablement plus grand que celle de la masse dont elle provient. L’atome serait capable de générer suffisamment de pouvoir pour faire sortir le monde de son orbite actuelle si la possibilité de le diriger se retrouvait entre les mains d’un être humain dont la trinité d’action – Désir, Volonté et Mental – était suffisamment développée pour éveiller cette énergie, actuellement dans un état mi-conscient, et diriger la course de ses mouvements.

Un temps viendra où l’homme ne sera plus soumis aux nombreuses formes rudimentaires d’énergie qui contraignent aujourd’hui si grandement son action ; un temps où il aura appris que les nombreuses enveloppes de matière, qui actuellement semblent lui rendre impossible l’accès au centre de toute forme de vie, sont en fait des illusions pouvant être dissipées. Et ce, par des moyens qu’il possède en ce moment même, mais qu’il n’arrive pourtant pas à utiliser en raison de leur simplicité et de son présent mépris pour toutes ces qualités par lesquelles – seulement – il lui sera possible de reconnaître et d’utiliser ces moyens.

L’homme ou la femme qui vous flatte, stimule votre vanité, fait l’éloge de vos mérites, est l’un de vos pires ennemis car, que vous en soyez conscient ou non, il ou elle apporte de l’eau à la montée naturelle et régulière de votre amour-propre et de votre vanité, et prépare ainsi le chemin pour les constructions du soi inférieur.

Efforcez-vous par un examen de conscience de vous regarder en face honnêtement et équitablement, de reconnaître les attributs qui sont ceux de votre soi inférieur, et d’acquérir leur contrôle. Bien entendu, il s’agit d’une tâche de longue haleine, mais vous avez l’éternité pour l’accomplir. Aussi, ne vous laissez pas dissuader de l’entreprendre, de peur que l’éternité ne devienne trop courte.

1 N.D.É. Égotisme : Disposition à parler de soi, à faire des analyses détaillées de sa personnalité physique ou morale ; culte du moi, poursuite trop exclusive de son développement personnel.

2 N.D.É. Égoïsme : Disposition à parler trop de soi, à rapporter tout à soi ; attachement excessif à soi-même qui fait que l’on subordonne l’intérêt d’autrui à son propre intérêt.

HILARION - Temple 2 - Leçon 186
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