L’ATHÉISME

L’athée ou le matérialiste qui s’impose avec évidence sait dans son cœur qu’il n’est pas ce que les autres croient qu’il est ; soit il a construit une image mentale douée des qualités négatives de la matière, et s’efforce de convaincre les autres qu’il est cette image ; soit il exploite la faiblesse du chasseur de curiosités complaisant, toujours à la recherche de quelque anomalie dans la nature ou dans l’homme. Un matérialiste sincère qui ne croit pas en la Divinité est une impossibilité complète dans un univers créé dans et par la Divinité, quels que soient le nom, la forme ou la nature que prend cette Divinité dans l’esprit de l’homme.

Par sa nature même, l’homme doit avoir un Dieu, peu importe que ce Dieu soit un Être Suprême, un soleil, une image faite de ses propres mains, ou bien l’idéal d’un être humain parfait. Le premier appel d’une âme éveillée pour plus de lumière est une reconnaissance inconsciente de Dieu, que cet appel soit réfréné par peur de l’inconnu ou qu’il soit émis de façon audible afin de solliciter une direction, du réconfort ou de l’aide lorsque nécessaire. Cet appel peut également exprimer l’admiration devant la beauté parfaite ou la splendeur, ou encore devant quelque déploiement d’un pouvoir phénoménal. Quelle que soit la cause de la stimulation, c’est la présence divine en l’être qui implore le Dieu qui l’a créé et qui demande sa réadmission dans le jardin d’Éden – l’état d’équilibre et la perfection desquels l’homme fut éloigné par la loi divine afin de pouvoir retourner dans ce jardin paré de l’immortalité.

Chaque demande d’amour insatisfaite, de dévotion et de vérité, chaque élan d’admiration pour la beauté, quelle que soit la forme que cet élan prenne, chaque ambition orientée vers la force, le pouvoir et la capacité de construire de ses propres mains une œuvre imposante qui perdurera, est un appel partiellement reconnu au Dieu auquel le matérialiste affirme ne pas croire. Son incroyance est une croyance négative, et chaque effort qu’il fournit pour prouver aux autres son incroyance ne fait que le rapprocher irrémédiablement de la croyance – positive – en la Divinité et de la reconnaissance de cette dernière.

Les déclamations, malédictions et invectives de l’athée, ou son mépris silencieux pour ceux qui professent ouvertement leur foi et leur croyance en Dieu, proviennent de la révolte du Dieu outragé en lui-même. L’homme se trompe s’il croit que sa foi en Dieu, puis son espoir et son courage se sont évanouis en raison du mal perpétré par d’autres êtres humains. Ce n’est pas sa foi qui s’en est allée ; ses doutes temporaires sont dus à l’engourdissement partiel d’un seul centre du cerveau du fait de son utilisation exagérée, comme la région d’un bras ou d’une jambe peut être engourdie par des coups extérieurs répétés. Dans de semblables conditions, ce centre ne répond pas à l’appel de l’homme intérieur. Mais, il ne s’agit pas d’une atteinte permanente. Soit à l’heure de la mort, soit à l’arrivée d’une grande joie inattendue, l’engourdissement prendra fin et il se verra dire quelque chose comme : « Mon Dieu et mon Roi » ou « Merci à toi, ô Dieu ».

L’homme qui a entraîné son esprit à l’incroyance, par la lecture de travaux athées ou en se soumettant à l’influence de soi-disant « libres penseurs » – les esclaves les plus pitoyables –, a affaibli sa volonté en se plaçant si totalement sous le pouvoir d’une suggestion négative. Et, il est de tous les hommes celui qui est le plus à plaindre parce qu’il a pris le chemin de l’annihilation. Il n’y a pas de vie en dehors de Dieu. L’homme a été laissé libre de choisir ce qu’il trouvera à la fin : la vie ou la mort.

La reconnaissance et l’acceptation du Soi Supérieur – auxquelles parvient l’étudiant de la philosophie après qu’il ait traversé une période de ce qu’il croit être de l’athéisme – sont le résultat de l’effort de l’âme pour ramener le soi inférieur en étroite communion avec la Divinité, parce que Dieu et le Soi Supérieur sont « un ». La terminologie appliquée au Soi Suprême par différentes interprétations de la religion et de la philosophie a donné naissance à beaucoup de confusion.

Si les disciples pouvaient garder à l’esprit la grande vérité suivante, elle leur ferait éviter les nombreux et profonds courants de doute et d’incroyance : à savoir que le concept le plus élevé que tout esprit humain puisse former est la représentation d’un ou plusieurs aspects de la Divinité. Il n’y a pas pour cet individu de conséquence permanente à nommer pour l’instant ce concept « Dieu », « Brahma », « Jéhovah » ou « Soi Supérieur ». Il s’agit de la reconnaissance du Suprême, qu’il place ce dernier à l’intérieur, à l’extérieur, ou à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de son soi physique. Ce Soi Suprême sait – parce qu’il est Connaissance – lorsque l’un quelconque de ses aspects est élevé jusqu’à la reconnaissance de lui-même. Plus cette reconnaissance sera parfaite, plus l’identification sera complète – l’union de la volonté humaine et de la Volonté suprême –, et plus la sagesse, la connaissance et le pouvoir seront au service de l’Ego. Plus rapidement l’homme réalisera qu’il n’y a qu’une seule Volonté active dans l’univers – la Volonté de Dieu –, et que son pouvoir dépend de l’usage correct ou incorrect de cette Volonté, plus vite il prendra possession de son héritage divin.

HILARION - Temple 2 - Leçon 184
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer