Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre X – L’HOMME INTERIEUR ET EXTERIEUR
Imaginez-vous un point dans l’espace, représentant le point primordial ; tracez ensuite avec le compas un cercle autour de ce point ; à l’endroit où le commencement et la fin s’unissent, l’émanation et la réabsorption se rencontrent. Le cercle lui-même est composé d’une multitude innombrable de cercles plus petits, comme les anneaux d’un bracelet, et chacun de ces anneaux moindres forme la ceinture de la déesse que représente cette sphère. Là où la courbe de l’arc approche du point extrême du demi-cercle, le nadir du grand cycle, où le peintre mystique a placé notre planète, la face de chaque déesse successive devient plus sombre et plus hideuse que ne le saurait concevoir une imagination européenne. Chaque ceinture est couverte de représentations de plantes, d’animaux, et d’êtres humains, appartenant à la flore, à la faune et à l’anthropologie de cette sphère particulière. Une certaine distance a été laissée exprès, entre chaque sphère ; car après l’accomplissement des cycles, à travers les diverses transmigrations, il est accordé à l’âme un temps de Nirvana temporaire durant lequel l’atman perd tout souvenir des peines passées. L’espace éthéré intermédiaire est rempli d’êtres étranges ; ceux qui se trouvent entre l’éther le plus élevé et la terre au-dessous sont des créatures de la « nature moyenne », des esprits de la nature ou, comme les cabalistes les nomment, des élémentals.
Cette peinture est, ou bien une copie d’un tableau, dont la description a été transmise, à la postérité par Berose, le prêtre du temple de Belus à Babylone, ou bien alors l’original. Nous laissons à la pénétration des archéologues modernes le soin d’élucider cette question. Mais la muraille est précisément couverte de créatures analogues décrites par le semi-démon ou demi-dieu Oannes, l’homme Polyhistor ; C.ory, <em>Anc. Fragm</em>., 1852, p. 24.</span>" data-gt-translate-attributes='[{"attribute":"data-cmtooltip", "format":"html"}]'>poisson (94) des Chaldéens…, être hideux produits par un double principe, la lumière astrale, et la matière la plus grossière.
Les antiquaires ont, jusqu’aujourd’hui, beaucoup négligé même les reliques architecturales des races primitives. Les Cavernes d’Ajanta qui se trouvent à 200 milles seulement de Bombay, dans la chaîne des Monts Chandor, et les ruines de l’ancienne cité d’Aurangabad, dont les palais écroulés et les curieux tombeaux gisent dans ces solitudes désolées depuis bien des siècles, n’ont attiré l’attention que depuis fort peu de temps. Souvenirs d’une antique civilisation depuis longtemps disparue, ils étaient devenus l’abri des bêtes féroces, des siècles avant qu’on les ait jugés dignes d’une exploration scientifique, et ce n’est que tout récemment que The Observer donnait une description enthousiaste de ces ancêtres archaïques d’Herculanum et de Pompéi.
Après avoir blâmé avec raison le gouvernement local, qui a fourni tout simplement un bungalow où le voyageur trouve un abri, mais rien de plus, il raconte dans le passage suivant les merveilles que l’on peut voir dans cet endroit retiré.
« Dans une gorge profonde tout en haut dans la montagne se trouve un groupe de temples souterrains, qui sont les cavernes les plus curieuses qu’il y ait sur la terre. On ne sait pas encore aujourd’hui combien de ces cavernes existent dans les profonds replis de ces montagnes ; mais on en a exploré, mesuré et, dans une certaine mesure, déblayé et nettoyé vingt-sept. Il y en a, sans doute, beaucoup d’autres. Il serait difficile de se faire une idée du travail infatigable qu’il a fallu pour creuser ces cavernes dans le solide roc amygdaloïde. On assure qu’à l’origine elles étaient toutes bouddhiques et qu’elles étaient destinées aux pratiques de culte et d’ascétisme. On les considère comme des œuvres d’art de haute valeur. Elles s’étendent à plus de cinq cents pieds dans l’intérieur d’une falaise élevée, et les parois en sont sculptées de la façon la plus curieuse, faisant honneur au talent, au bon goût et à la persévérance des sculptures hindous.
Ces temples souterrains sont admirablement ornés de sculptures à l’extérieur ; mais intérieurement le travail est plus fini, plus soigné, et décoré avec une profusion de peintures et de sculptures. Ces sanctuaires longtemps désertés ont souffert de l’humidité et de l’abandon et les peintures et les fresques ne sont plus ce qu’elles étaient il y a quelques centaines d’années, mais les couleurs sont encore vives et éclatantes, et les scènes représentées, gaies et animées, se distinguent sur les murs. On croit que quelques-unes des figures sculptées sur les murs représentent un cortège nuptial, et d’autres scènes de la vie domestique de nature joyeuse. Les femmes sont belles, délicates et blondes comme les Européennes. Toutes ces reproductions sont éminemment artistiques, et l’on n’y voit nulle part les grossières obscénités si communes dans les œuvres Brahmaniques du même genre.
Ces cavernes ont été visitées par un grand nombre d’antiquaires, qui ont cherché à déchiffrer les hiéroglyphes inscrits sur les murailles, et à déterminer l’âge exact de ces étranges temples.
Les ruines de l’ancienne cité d’Aurengabad n’en sont pas très éloignées. C’était une ville fortifiée de grand renom, mais elle est maintenant entièrement déserte. Non seulement ses murailles sont écroulées mais ses palais le sont aussi. Les constructions étaient pourtant d’une solidité extrême et les murs paraissaient aussi solides que les éternelles collines.
On trouve dans les environs beaucoup de vestiges hindous, consistant principalement en grottes profondes et en temples taillés dans le roc. Un grand nombre de ces sanctuaires sont entourés d’un mur circulaire souvent orné de statues et de colonnes. L’image de l’éléphant y est très commune, placée devant ou près de l’entrée du temple, comme une sentinelle. Des centaines et des milliers de niches sont admirablement taillées à même dans le roc, et lorsque ces lieux sacrés étaient remplis de fidèles, chaque niche avait sa statue, dans le style fleuri des sculptures orientales. Il est triste de constater que presque toutes les statues que l’on y voit encore ont été honteusement défigurées et mutilées. On a prétendu que les Hindous ne s’inclinent pas devant une image imparfaite, et que les Musulmans, sachant cela, ont volontairement mutilé toutes ces images, afin d’empêcher les Hindous de les adorer. Les Hindous considèrent ce procédé comme sacrilège et impie et il réveille en eux la haine la plus ardente qu’ils héritent de leurs pères et que les siècles n’ont pas encore réussi à effacer.
On voit aussi ici les restes de villes ensevelies, ruines mélancoliques, sans un seul habitant. Dans les grands palais où la royauté autrefois tenait sa cour et donnait ses fêtes, habitent maintenant les bêtes féroces. La voie du chemin de fer a en maints endroits été construite à travers ces ruines, et leurs matériaux ont servi au ballast… Des blocs énormes de pierre sont restés en place depuis des milliers d’années et y seront probablement encore pendant des siècles à venir. Ces temples, taillés dans le roc, et ces statues mutilées prouvent une habileté artisanale et un talent que les Hindous d’aujourd’hui ne peuvent égaler (95). Il est évident qu’il y a quelques siècles ces collines étaient animées par la présence de multitudes, qui se pressaient là où règne aujourd’hui la désolation, sans culture et sans habitants, domaine exclusif des bêtes féroces.
Ce sont aujourd’hui des terrains giboyeux, et comme les Anglais sont de fervents chasseurs, ils préfèrent sans doute laisser ces montagnes et ces ruines dans leur état actuel sans y rien changer ».
Nous espérons qu’ils y réussiront. Assez d’actes de vandalisme ont été commis au début, pour nous permettre d’espérer qu’à notre époque d’exploration et de science, l’archéologie et la philologie ne seront pas privées de ces souvenirs inappréciables du passé, écrits sur d’impérissables tablettes de pierre et de granit.
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