IMAGINATION CONTRE FANTAISIE

Du point de vue d’un véritable Initié, la chose la plus pitoyable, la plus triste parodie de l’être humain qui soit, est l’homme sans Dieu. Par le terme « Dieu », je veux signifier l’idéal le plus élevé de Dieu qu’il soit possible à un homme d’imaginer et d’établir dans son mental. Un idéal simple formé par l’homme à une période de sa vie peut différer grandement d’un autre conçu à une période différente. Mais, aussi ordinaire que puisse paraître ce premier idéal de Dieu comparativement à celui d’une période plus tardive, il représente toujours l’une des caractéristiques ou aspects de la Divinité, et il est par conséquent aussi véritable que l’autre. La différence entre les deux est liée à un accroissement de sagesse ainsi qu’au caractère des attributs que l’on est capable d’imaginer plus tardivement, de ce qui doit continuellement être un bel idéal toujours grandissant, après que tout ait été dit.

Aucune langue ne peut décrire les tristes effets de l’abus ou de la mauvaise interprétation du mot « imagination », et de l’incompréhension qui en découle – incompréhension de la nature et du but de l’attribut auquel cette dernière est appliquée. L’imagination et la fantaisie ont été si généralement et inextricablement confondues dans les conversations ordinaires qu’il est rare que quelqu’un prenne la peine d’isoler la qualité – ou l’attribut – du mot auquel elle a été appliquée et s’efforce de connaître exactement la signification cherchée par l’orateur ou l’auteur. Pourtant, la différence est pratiquement sans commune mesure, parce que l’imagination est un attribut de l’Âme Divine alors que la fantaisie est une qualité du mental inférieur. Imaginer un objet ou un attribut revient à créer une forme de cet objet sur un plan intérieur, et cet objet ou attribut doit devenir – en temps voulu – aussi sûrement objectif aux sens humains que la nuit suit le jour. Pour paraphraser l’interprétation donnée par Paul au mot « foi », nous pourrions dire que « l’imagination est la substance des choses que l’on espère ». L’imagination est si rapide dans son action qu’elle trouve rarement le temps de dépeindre tous les détails d’une forme parfaite au moment de l’éclair instantané par lequel le mental saisit une réplique de l’objet imaginé. Même la lumière solaire reproduit ce phénomène par la photographie.

Seul Dieu peut créer une image de Dieu, seul Dieu peut voir Dieu. L’homme peut créer une image ou forme imaginaire de Dieu uniquement si Dieu participe à cette création. C’est seulement dans la mesure où l’un des centres de l’écran mental d’un homme a évolué jusqu’au point où il peut recevoir et enregistrer une image de Dieu qu’une véritable représentation – ou idéal – de la Divinité peut se manifester à son mental. Alors, quelle profanation cela doit-il être lorsqu’un homme applique de façon persistante le terme « imagination » aux fluctuations fugaces et évanescentes du mental inférieur. Et quelles pertes pour celui à qui on a enseigné que tout ce qu’il a pu imaginer des qualités et formes divines porteuses de ses idéaux surhumains ne sont que des fantaisies sans valeur permanente. Étant donné qu’il n’existe pas d’autres moyens de créer son idéal de Dieu que celui de son imagination, cet homme se retrouve sans Dieu. On a permis au seul centre de l’âme par lequel un être peut connaître Dieu de s’atrophier ou de se détériorer à un point tel que ce dernier n’est plus capable de répondre à l’impulsion divine qui, dans les premières années de sa vie, était soumise à sa volonté. Le meurtre de l’imagination chez un enfant par le ridicule ou la punition est un crime contre nature.

Vous pourriez demander comment se former une image de l’Absolu qui est sans forme si je suis incapable d’accepter toute idée inférieure de Dieu ? Je vous répondrais que je ne me réfère pas à l’Absolu lorsque je vous présente le mot « Dieu ». Afin d’éviter toute division inutile entre la substance et la forme, efforcez-vous de comprendre que la création par Kriyashakti – la Volonté divine – commence avec la première réflexion ou manifestation de l’Absolu, en tant que principes d’Atma-Bouddhi-Manas. En termes simples, l’Absolu a créé ou produit une réflexion ou image de Dieu – une synthèse des trois principes mentionnés plus haut. Toutes les créations qui ont suivi, alors que les âges passaient, n’ont été que des différenciations et des combinaisons de ces trois premiers principes. Le principe de forme, communément appelé « géométrie », fut l’une de ces différenciations ; la forme est relative et par conséquent la Divinité n’est pas confinée à l’une d’elles, mais est présente dans toutes. La forme d’une sphère qui englobe tout s’impose généralement à l’esprit lorsqu’on s’efforce de former une image de la Divinité. L’imagination peut difficilement se perdre lorsqu’elle dépeint n’importe quel grand idéal car, ainsi qu’il a été dit, le caractère de l’idéal dépend du développement de ce centre du cerveau humain par lequel le pouvoir de former des images est particulièrement actif.

Il n’y a aucune irrévérence, aucun manque de discernement spirituel à se représenter Dieu en tant qu’être formé selon des traits similaires à ceux d’un être humain, parce qu’un être humain parfait est la forme idéale la plus élevée qui soit. L’une des objections formulée par de nombreux penseurs – concernant le fait que se représenter Dieu dans une forme consiste à limiter l’Absolu – provient de la croyance en la manifestation des paires de contraires en toute forme, et qu’un Dieu parfaitement bon ne saurait y résider puisque que le mal y cohabite avec le bien. Mais, selon moi, cette objection est sans consistance parce que, même dans le cas d’un homme normalement bon, le pouvoir de faire le mal n’est le sien que s’il le veut bien. En fait, c’est son pouvoir de choisir qui fait de lui un homme bon ou mauvais, selon le cas.

Je ne voudrais pas que vous pensiez que je préconise une forme particulière comme modèle sur lequel construire un Dieu imaginaire, mais j’insiste sur la nécessité de garder vivant ce centre du cerveau par lequel travaille l’imagination, et vous ne pourrez le faire si vous refusez ou si vous négligez d’imaginer quelque idéal de la Divinité, pas plus que vous ne pouvez modeler une image d’argile sans l’argile, parce que l’attribut de l’imagination est purement un attribut de la Divinité, sans laquelle aucune forme n’aurait pu venir en manifestation dans la matière.

Une vérité fondamentale et profonde fut énoncée inconsciemment par un matérialiste qui donna de manière sarcastique à l’homme le privilège de « créer son propre Dieu », parce que si vous possédez un idéal élevé auquel vous donnez le nom de Dieu, vous avez en vérité créé une forme par l’imagination qui est votre Dieu tant que vous aimez ou que vous adorez les attributs dont vous avez doté cette forme idéale, car ce sont le caractère et la nature de ces attributs qui ont suscité votre amour et votre dévotion, et ces attributs appartiennent à la Divinité.

HILARION - Temple 2 - Leçon 178
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