LA FIÈVRE DU SERMENT

De nombreuses références ont été faites par le passé, à la fois dans les enseignements du Temple et dans d’autres enseignements plus anciens, relativement aux effets qui suivent inévitablement la signature d’un serment par un étudiant de l’occultisme. Malgré les avertissements donnés régulièrement par tous les véritables dirigeants d’écoles ésotériques à ceux qui viennent se placer sous leur direction et supervision, cette information est très fréquemment prise à la légère et finalement ignorée. Par conséquent, l’étudiant est laissé sans cette protection que l’obéissance sincère et la réflexion lui offriraient. Il se retrouve finalement dans une condition comparable à celle d’un oiseau dont les plumes auraient toutes été arrachées, demeurant peau nue, à la merci des rafales glacées du « roi des tempêtes » et de la chaleur brûlante du soleil.

Bien qu’il leur reste un souvenir subconscient de l’avertissement reçu, la majorité des étudiants font peu d’effort pour lui donner vie sur le plan extérieur. Tout comme de nombreuses autres lois qui semblent faites pour être transgressées, les lois du discipulat n’échappent pas à la règle. Quand, à la fin de sa longue et difficile bataille, un disciple atteint un certain degré de la Grande Loge Blanche et regarde le chemin qu’il a parcouru, il peut constater que sa désobéissance à cet égard a été annulée avec clémence à son avantage. Car, métaphoriquement parlant, les rafales glacées sur sa peau nue, la chaleur brûlante du soleil, les coups rudes sur les chairs sans protection, les attaques de ses ennemis et autres calamités qui ont menacé de l’écraser étaient autant de tests relatifs à son pouvoir d’endurance, à son énergie vitale et à sa capacité de maintenir un état d’équilibre face à toutes les conditions perturbatrices. Ils étaient essentiels au développement de sa nature spirituelle. Tout ceci ne milite en rien contre la réalité et l’importance de la loi mentionnée ci-dessus, ni contre les résultats inévitables de sa désobéissance. Le développement du disciple s’est fait en dépit de sa désobéissance et de son manque de réflexion, en raison de l’accumulation d’un bon karma ou parce qu’il a délibérément ou par insouciance choisi le chemin difficile au lieu du sentier normal, sage et protégé.

Alors qu’il aurait pu rencontrer des épreuves aussi dures sur ce chemin protégé, il aurait eu cependant plus de pouvoir pour les surmonter ; sa force n’aurait pas été gaspillée pour des détails sans importance, et il n’aurait pas pris de chemins à l’aveuglette ni perdu sa route autant de fois.

Le résultat final de cette désobéissance et de ce manque de réflexion peut être perçu aujourd’hui par n’importe quel disciple avancé : par exemple, les nombreux échecs de certains adhérents des premiers groupements théosophiques à s’être formés en Europe et en Amérique, ou encore plusieurs autres cas qui sont survenus dans un passé plus récent. La grande majorité des individus mentionnés ci-dessus n’ont jamais effectué un seul pas sur le véritable sentier depuis qu’ils ont passé leur noviciat. Ils sont soit tombés dans un état de coma spirituel ou soit sont encore en train de discuter fiévreusement des premiers principes de l’occultisme dans leurs heures de veille avec ceux qui veulent bien les écouter. Tout ceci, parce qu’ils n’ont pas réussi à atteindre de plus grandes profondeurs, ou bien parce qu’ils ont déserté les rangs du discipulat et sont venus s’ajouter aux débris qui errent dans les courants trompeurs de la Maya.

La terrible responsabilité qu’ils ont assumée en prêtant les serments sacrés dans les ordres ésotériques a été esquivée et, au lieu de devenir des phares de lumière capables de guider la multitude, ils ont renoncé et ne sont plus que de pauvres épaves psychiques spirituelles, dangereuses pour les autres vaisseaux humains qui parcourent les vagues de l’océan de la vie et cherchent un port pour se protéger des puissantes tempêtes dont ils sentent intuitivement l’approche.

Lorsqu’on dit à un disciple qu’en prêtant serment envers la Grande Loge Blanche toutes les tendances latentes de sa nature – qu’elles soient bonnes, mauvaises ou encore insoupçonnées – seront ravivées, il est dans son intérêt éternel de se tenir sur ses gardes et de guetter leur apparition. S’il est vaniteux, sensuel ou ambitieux, ces vices surgiront, peut importe le degré de contrôle qu’il a pu exercer sur elles dans le passé. S’il est honorable, compatissant et serviable, ces qualités seront intensifiées.

« Ce qui est caché sera révélé. » C’est une loi immuable de l’occultisme. Les conditions qui peuvent en résulter dans les premiers stades du sentier peuvent se manifester sous forme de graves crises de maladies liées au manque de préparation du disciple pour la bataille contre les forces élémentales dont il a desserré l’emprise.

Son état durant ce stade de développement a été bien résumé par l’un de nos plus fidèles disciples au moyen des termes « fièvre du serment ». Lorsqu’un disciple souffre de l’attaque de cette « fièvre », ses co-disciples doivent constamment faire preuve de patience et de compassion envers lui ; autrement, ils souffriraient eux-mêmes assurément de ce manque d’aide au moment de leurs propres épreuves.

On ne peut prendre l’ensemble de ce sujet à la légère, et tous les efforts devraient être faits pour attribuer les bonnes causes aux effets qui se manifestent, au lieu de les négliger et ne pas tenter de les comprendre, ou encore de les imputer à des influences exotériques.

Le disciple accepté a commencé son cheminement vers la flamme centrale de son être, et plus il approche de ce feu plus il ressent les effets des flammes qui cherchent les dépôts carbonés de sa nature inférieure. Tant que ces dépôts ne seront pas brûlés, il ne pourra faire que peu de progrès sur le chemin de l’occultisme pratique ni expérimenter grand chose. Au mieux, il ressentira une heure occasionnelle de paix imaginaire tandis que la « paix de la compréhension » qui est si nécessaire pour la croissance spirituelle semblera s’éloigner continuellement. Mais ce n’est qu’une apparence, car aucun effort n’est perdu et la lumière peut finalement jaillir des ténèbres de manière très inattendue.

HILARION - Temple 2 - Leçon 153
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer