Année après année, siècle après siècle, cycle après cycle passent sans changements perceptibles dans le caractère, les désirs et les objectifs des masses humaines. Quelle surprise face à la révolte de la femme ou de l’homme qui a été partiellement éveillé de son esclavage des choses – des exigences imaginaires de la nation, de la société et de la famille, et qui considère tout à coup que ces exigences ne sont que les résultats de la prostitution de tous les instincts et de tous les idéaux supérieurs de ceux qui sont passés sur cette Terre auparavant, et de ceux qui sont maintenant esclaves des mêmes maîtres – les désirs de la chair !
Je dis bien la prostitution de tous les instincts supérieurs et de tous les idéaux élevés, car où se trouve la différence entre la courtisane qui utilise son corps pour obtenir de l’argent, et l’homme ou la femme qui utilise son cerveau et son âme à cette fin, lorsque le produit de sa honte est utilisé pour un plaisir personnel ?
L’une après l’autre, comme sur un tapis roulant, les rondes du grand cycle deviennent des courses sous les mêmes conditions, avec les mêmes objectifs, animées par des efforts semblables. Et l’homme unique, la femme unique, qui se distingue des masses et indique la manne qui tombe du ciel pour la nourriture de l’âme, est mis en pièces par les passions animales de l’homme, ou crucifié sur la croix que, dans son innocence, il ou elle a élevée pour indiquer la voie vers l’entrepôt où se trouve stockée la manne des autres âges.
Voyez les visages profondément ridés des hommes, les faces peintes et les traits durcis des femmes qui, pour parler au sens figuré, dansent actuellement sur le bord du précipice édifié sur les ruines des lois de la nature, ou s’accroupissent sous le surplomb des falaises – les lois faites par l’homme – qui ont rendu possible d’accumuler l’or sans danger. Hommes et femmes sont malades de peur, ou endurcis et indifférents aux prophéties qui leur annoncent qu’ils devront payer les dettes contractées au mépris de toutes les lois spirituelles. Est-il étonnant que ces hommes et ces femmes perdent la raison dans leur révolte impuissante et futile devant leur esclavage, ou tombent dans une indifférence abjecte et lâche ? « Venez par ici, allez par là » crient ceux qui voudraient être prophètes, eux-mêmes incapables de trouver une voie sûre qu’ils pourraient suivre, pour ne rien dire d’une voie où ils pourraient guider les autres. Et, sans arrêt, dans le passé lointain tout comme dans le présent, une voix crie du ciel intérieur : « Cherchez en vous-même. » « Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et toutes les choses que vous désirez vous seront données.1 » Et l’homme dit : « Non, les derniers seront les premiers. Donnez-moi maintenant les choses que je désire, et ensuite je chercherai en moi-même. » Il ne sait pas ce qu’il désire réellement, il sait seulement ce que ses sens demandent pour le privilège d’utiliser ce corps pendant une saison. Ce que lui, l’homme réel, la femme réelle, désire par-dessus tout, c’est Dieu, et rien de moins ne le satisfera. Mais c’est avec l’âme nue, comme il avait le corps nu en entrant dans ce monde, que l’homme doit aller « en lui-même ». Il ne peut rien apporter avec lui des produits de la luxure, de l’ambition ou de la cupidité, et comme il ne veut pas s’en séparer, il rejoue constamment la tragédie éternelle.
Lorsque celui qui a traversé la barrière et qui a entrevu la gloire qui brille au-delà, essaie de raconter à ses frères humains ce qu’il a vu, sa langue se trouve paralysée. Il ne peut qu’indiquer le sentier par lequel il est entré. Comme ce sentier est hanté par des bêtes sauvages qui l’ont mordu, déchiré et piétiné, lorsqu’il montre les cicatrices de son passage, les autres hommes et les autres femmes sont tellement marqués par celles-ci qu’ils ne voient pas la lumière de la Shekinah qui brille dans ses yeux. Alors ils se mettent à crier : «Qu’il parte, nous ne voulons pas le voir. Crucifiez-le. Laissez-le mourir de faim. C’est un menteur, un sujet de caricature, un objet de mépris. » Ses yeux perdent leur lumière et s’emplissent de chagrin pour ceux qu’il ne peut pas servir, même s’il a donné sa vie pour eux, parce que leurs yeux sont ensorcelés par les CHOSES qu’ils ont rassemblées autour d’eux, les choses matérielles et les choses de l’esprit, tous des résultats de leur prostitution.
La dernière partie du sentier vers les hauteurs de la vie est froide, obscure et solitaire, et les sens demandent à grands cris la chaleur, la lumière et la compagnie. Mais le froid, l’obscurité et la solitude sont essentiels pour faire disparaître le désir inférieur et permettre la gestation de l’embryon d’une nouvelle vie, la perception que Dieu seul est important dans la vie. En possédant Dieu, l’âme possède tout ce qui est désirable.
Il y a dans la vie de toutes les personnes matures des moments où de grandes vérités viennent au cœur d’une façon parfaitement claire, mais les choses pour lesquelles l’homme vend son âme étouffent les désirs du cœur. Comme ils ne savent pas quoi faire d’autre, la grande majorité des gens continuent à collectionner des choses, jusqu’à la fin de la grande tragédie.
1 N.D.É. Évangile de Matthieu 6 33.
HILARION - Temple 1 - Leçon 138


