QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE – partie 8

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VIII – QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE

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Les prodiges accomplis par les prêtres de la magie théurgique sont si bien prouvés, et l’évidence en est si accablante (si le témoignage des hommes a une valeur quelconque) que plutôt que de reconnaître que les théurgistes païens l’emportaient de loin sur les chrétiens, en fait de miracles, Sir David Brewster leur accorde pieusement qu’ils avaient atteint la plus haute efficacité en physique et en tout ce qui est du domaine de la philosophie naturelle. La science se trouve ainsi dans une désagréable alternative. Elle se voit obligée de confesser que les anciens physiciens étaient supérieurs en savoir à ses représentants modernes, ou bien qu’il existe quelque chose dans la nature, au-delà de la science physique, et que l’esprit possède des pouvoirs auxquels nos philosophes n’ont jamais songé.

« Les erreurs que nous commettons dans une science que nous avons cultivée tout spécialement », dit Bulwer-Lytton, « ne peuvent, le plus souvent, être aperçues qu’à la lumière d’une science différente, tout autant spécialement cultivée par un autre (471). »

Rien n’est plus aisé à expliquer que les possibilités les plus élevées de la magie. À la lumière radieuse de l’océan magnétique universel, dont les ondes électriques relient le cosmos et pénètrent chaque atome dans leur mouvement incessant, les disciples de Mesmer, malgré l’insuffisance de leurs expériences, perçoivent, par intuition, l’alpha et l’oméga du grand mystère. Seule, l’étude de cet agent, qui est le souffle divin, peut ouvrir les portes du secret de la psychologie et de la physiologie, des phénomènes cosmiques et spirituels.

« La Magie », dit Psellus, « formait la dernière partie de la science sacerdotale. Elle scrutait la nature, les pouvoirs et les qualités de toutes les choses sublunaires ; les éléments et leurs parties ; les animaux, toutes les variétés de plantes et leurs fruits ; les pierres et les herbes. Bref, elle étudiait l’essence et le pouvoir de chaque chose. C’est donc ainsi qu’elle arrivait à produire ses effets. Elle formait des statues (magnétisées), qui procuraient la santé ; elle faisait diverses figures ou objets (nommés talismans), qui pouvaient également devenir des instruments de maladie aussi bien que de santé. Souvent aussi, au moyen de la magie, on fait apparaître le feu céleste, et alors les statues rient, et les lampes s’allument spontanément (472). »

Si la découverte moderne de Galvani met en mouvement les membres d’une grenouille morte et force le visage d’un homme mort à exprimer, par la contorsion des traits, les émotions les plus variées, depuis la joie jusqu’à la colère diabolique, le désespoir et l’horreur, les prêtres païens, (à moins que les preuves combinées des témoignages d’hommes très dignes de foi de jadis n’aient plus aucune valeur), accomplissaient le prodige plus grand encore de faire transpirer et rire leurs statues de marbre et de métal. Le pur feu céleste des autels païens était de l’électricité, tirée de la lumière astrale. C’est pourquoi les statues, convenablement préparées pour cela, pouvaient, sans aucune accusation de superstition, être douées de la propriété de donner santé et maladie par contact, aussi bien qu’une ceinture galvanique moderne, ou qu’une batterie surchargée.

Les savants sceptiques, aussi bien que les matérialistes ignorants, se sont beaucoup amusés, pendant les deux derniers siècles, des absurdités attribuées à Pythagore par son biographe Jamblique. On dit que le philosophe de Samos avait persuadé un ours de ne plus manger de chair humaine ; qu’il a forcé un aigle blanc à descendre des nuages pour venir à lui, et qu’il l’a apprivoisé, en le caressant avec la main et en lui parlant. Dans d’autres circonstances, Pythagore dissuada un bœuf de manger des fèves, en murmurant tout simplement quelques mots à son oreille (473) ! Ô ignorance et superstition de nos ancêtres, que vous paraissez ridicules aux yeux de nos générations éclairées ! Analysons, néanmoins, ces absurdités. Chaque jour, nous voyons des hommes illettrés, propriétaires de ménageries ambulantes, apprivoiser et subjuguer complètement les animaux les plus féroces, uniquement par la puissance de leur volonté irrésistible. Bien plus nous avons en ce moment en Europe, plusieurs frêles jeunes filles de moins de vingt ans qui ne craignent pas de le faire. Tout le monde a pu voir ou entendre parler du pouvoir, aux allures magiques, de quelques magnétiseurs et psychologues. Ils tiennent leurs sujets sous leur domination pendant un temps illimité ; Regazzoni le magnétiseur, qui produisit une si grande sensation en France et à Londres, accomplissait des choses plus extraordinaires que celles attribuées à Pythagore. Pourquoi donc accuser les biographes anciens, d’hommes tels que Pythagore et Apollonius de Tyane d’imposture volontaire ou d’absurde superstition ? Lorsqu’on voit la majorité de ceux qui se montrent si incrédules de la puissance magique que possédaient les philosophes de l’antiquité, et rient des anciennes théogonies et des mensonges de la mythologie, témoigner néanmoins leur foi implicite dans les récits et l’inspiration de leur Bible, osant à, peine exprimer un doute, même sur cette monstrueuse absurdité de Josué arrêtant la marche du soleil, l’on ne peut que s’associer à la juste réflexion de Godfrey Higgins : « lorsque je vois des hommes instruits, dit-il, croire au pied de la lettre à la Genèse que les anciens, avec toutes leurs défaillances, avaient trop de bon sens pour admettre autrement que comme une allégorie, je suis tenté de douter de la réalité du progrès du mental humain (474). »

Un des rares commentateurs des auteurs de l’antiquité Grecque et Romaine qui se soit montré équitable envers eux au point de vue du développement mental, est Thomas Taylor. Dans sa traduction de la Vie de Pythagore de Jamblique, nous trouvons la remarque suivante: « Puisque Pythagore, comme nous l’apprend Jamblique, avait été initié à tous les Mystères de Byblos et de Tyr, aux opérations sacrées des Syriens et aux Mystères des Phéniciens, puisqu’il avait passé vingt-deux ans dans les mystérieux sanctuaires des temples Egyptiens, qu’il s’était associé aux Mages de Babylone, et avait été instruit par eux dans leur vénérable science, il n’est nullement surprenant qu’il fût très versé en magie, en théurgie, et qu’il fût, par conséquent, capable de faire des choses qui surpassent le pouvoir simplement humain, et qui paraissent parfaitement incroyables au vulgaire (475). »

L’éther universel n’était pas, à leurs yeux, simplement quelque chose remplissant toute l’étendue du firmament inhabité c’était un océan sans bornes, peuplé, comme nos mers, de créatures monstrueuses et d’autres plus petites, et possédant dans chacune de ses molécules des germes de vie. Comme les tribus aquatiques qui fourmillent dans nos océans et dans nos moindres cours d’eau, chaque espèce ayant un habitat curieusement adapté à sa nature, quelques-unes amicales, et d’autres hostiles à l’homme, quelques-unes agréables et d’autres effrayantes à voir, celles-ci cherchant un refuge dans des renfoncements tranquilles ou dans des rades bien abritées, celles-là parcourant de grandes surfaces d’eau, les diverses races d’esprits élémentals habitent, suivant eux, les différentes parties du grand océan de l’éther, étant exactement adaptés à leurs conditions respectives. Si nous ne perdons pas de vue le fait que la course des planètes, dans l’espace doit créer une perturbation aussi absolue, dans ce milieu plastique et atténué, que le passage d’un boulet de canon dans l’air, ou d’un bateau dans l’eau, et cela sur une échelle cosmique, nous comprendrons, en admettant le bien-fondé de nos prémisses, que certains aspects planétaires peuvent produire une agitation beaucoup plus violente, dans ces vagues éthérées, et y occasionner des courants plus prononcés, dans une direction donnée, que d’autres. Nous pouvons aussi dans ce cas nous expliquer pourquoi du fait de ces diverses positions des astres, des multitudes d’esprits élémentals, ami ou ennemis, peuvent être déversés dans notre atmosphère, ou dans quelque partie de celle-ci, et rendre le fait sensible par les effets qui s’ensuivent.

Conformément aux doctrines anciennes, les esprits élémentals, dépourvus d’âme, étaient créés par le mouvement incessant inhérent à la lumière astrale. La lumière est une force, et celle-ci est produite par la volonté. Comme la volonté procède d’une intelligence qui ne peut se tromper, car elle est la Loi et n’a rien des organes matériels de la pensée humaine, étant la plus pure émanation de la divinité suprême (« le Père » de Platon) elle évolue depuis le commencement des temps, suivant d’immuables lois, le matériau nécessaire pour les générations subséquentes de ce que nous appelons les races humaines. Toutes ces races, qu’elles appartiennent à notre planète ou à une autre, parmi les myriades parsemées dans l’espace, ont leurs corps terrestres, élaborés dans la matrice avec les corps d’une certaine classe de ces êtres élémentals qui sont morts dans les mondes invisibles. Dans la philosophie ancienne, il n’y avait pas de chaînon manquant à reconstituer au moyen de ce que Tyndall appelle « une imagination éduquée » ; il n’y avait point de vide à remplir, avec des volumes de spéculations matérialistes, rendues nécessaires par l’absurde tentative de résoudre une équation en n’ayant qu’un seul terme ; nos ancêtres « ignorants » ont suivi la loi d’évolution dans l’univers entier. Or, comme cette règle tient bon, et qu’elle rend parfaitement compte de la progression graduelle des êtres, depuis la nébuleuse jusqu’à l’homme physique, de même ils suivent la trace d’une série ininterrompue d’entités depuis l’éther universel jusqu’à l’esprit incarné de l’homme. Ces évolutions s’opèrent en effet du monde de l’esprit à celui de la matière grossière ; et repassent à travers celle-ci pour retourner à la source de toutes choses. La « descendance des espèces » était pour les anciens une descente de l’esprit, source primitive de tout, dans « l’avilissement de la matière ». Dans cette chaîne complète de développements, les esprits élémentaires avaient une place distincte, intermédiaire entre les extrêmes, comme le chaînon manquant de Darwin entre le singe et l’homme.

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