Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VIII – QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE
Si le lecteur veut bien se rappeler ce que disent les érudits auteurs de Unseen Universe, au sujet de l’effet positif produit sur l’éther universel par une cause aussi infime que la simple pensée d’un homme, combien plus raisonnable ne lui semblera-t-il pas qu’on dise que les terribles impulsions imprimées à ce milieu commun, par le mouvement de ces myriades de globes flamboyants, parcourant les profonds espaces interstellaires, peuvent nous affecter à un très haut degré et affecter cette terre sur laquelle nous vivons ? Si les astronomes ne peuvent nous expliquer la loi occulte, par laquelle les parcelles flottantes de la matière cosmique s’agglomèrent pour former des mondes, et prendre ensuite leur place dans le majestueux cortège qui se meut sans cesse autour de quelque point central d’attraction, comment peut-on prétendre dire quelles influences mystiques peuvent ou ne peuvent pas se faire sentir à travers l’espace, et agir sur les éléments de la vie sur cette planète ou sur d’autres ? On ne sait presque rien des lois du magnétisme et des autres agents impondérables ; presque rien non plus de leurs effets sur nos corps et notre mental ; et même ce qui en est connu et parfaitement démontré est attribué au hasard, ou à de curieuses coïncidences (455). Mais nous savons, grâce à ces coïncidences, « qu’il y a des époques, où certaines maladies, certaines tendances, certaines bonnes ou mauvaises fortunes de l’humanité sont plus prononcées que dans d’autres. » Il y a des périodes d’épidémie morale aussi bien que physique. À une époque, « l’esprit de controverse religieuse réveille les plus farouches passions dont la nature humaine soit susceptible, provoquant la persécution mutuelle, l’effusion de sang, les guerres ; à un autre, une épidémie de résistance à l’autorité constituée, se répand sur la moitié du monde (comme en 1848), rapide et simultanée comme la contagion corporelle la plus virulente. »
Le caractère collectif des phénomènes mentaux est démontré par une perturbation psychologique, qui envahit et domine des milliers d’individus, qu’elle dépouille de toute faculté, pour ne leur laisser qu’une action automatique, et qui fait naître l’idée populaire d’une possession démoniaque, idée justifiée, dans une certaine mesure, par les passions sataniques, les émotions et les actes, qui accompagnent cette condition. À un moment donné, c’est la tendance collective à la retraite et à la contemplation, d’où le foisonnement du monachisme et des anachorètes ; dans un autre c’est la manie de l’action, vers quelque but utopique, aussi impraticable qu’inutile. De là, les milliers d’individus qui ont abandonné leurs parents, leur foyer, leur patrie, pour chercher une terre dont les pierres étaient d’or, ou se sont lancés dans des luttes d’extermination pour la conquête de villes sans valeur ou de désert sans pistes (456).
L’auteur auquel nous empruntons ces lignes dit que « la semence des vices et du crime paraît être répandue sous la surface de la société, et germer et porter ses fruits avec une rapidité déconcertante et une succession qui paralyse. »
En présence de ces phénomènes émouvants, la science reste sans voix ; elle n’essaye même pas de faire des conjectures sur leur cause, et c’est naturel, puisqu’elle n’a pas encore appris à regarder au-dehors de cette boule de boue sur laquelle nous vivons, et de sa lourde atmosphère, pour chercher les influences cachées qui agissent sur nous journellement et même à chaque minute. Mais les anciens, dont « l’ignorance » est affirmée par M. Proctor, avaient parfaitement compris que les relations réciproques entre les corps planétaires sont aussi parfaites que celles qui existent entre les globules du sang, qui flottent dans un fluide commun ; et que chacun d’eux est affecté par les influences combinées des autres, comme chacun affecte aussi tous les autres à son tour. Comme les planètes diffèrent en dimension, en distance et en activité, de même diffèrent aussi leurs impulsions sur l’éther ou la lumière astrale, et les forces magnétiques et autres forces subtiles qu’elles font rayonner sur certaines parties du ciel. La musique est la combinaison et la modulation des sons, et le son est l’effet produit par les vibrations de l’éther. Si l’impulsion donnée à l’éther par les différentes planètes est comparée aux notes d’un instrument de musique, il n’est pas difficile de comprendre que « la musique des sphères » de Pythagore est quelque chose de mieux qu’une lubie, et que certains aspects planétaires peuvent produire des perturbations dans l’éther de notre planète, et certains autres au contraire du calme et de l’harmonie. Certains genres de musique nous inspirent de la frénésie ; d’autres exaltent dans l’âme les aspirations religieuses. Enfin, il n’est guère de créature humaine qui ne réponde à certaines vibrations de l’atmosphère. Il en est de même des couleurs ; quelques-unes nous surexcitent ; d’autres nous calment et nous font plaisir. La religieuse s’habille de noir, pour indiquer la tristesse d’une foi écrasée par le péché originel ; la mariée prend des vêtements blancs, le rouge excite la colère chez certains animaux. Si l’homme et les animaux sont ainsi affectés par des vibrations opérant sur une petite échelle, pourquoi ne serions-nous pas affectés en masse par des vibrations produites sur une vaste échelle, par les influences combinées des astres ?
« Nous savons », dit le Dr Elam, « que certaines conditions pathologiques ont une tendance à devenir épidémique sous l’influence de causes non encore étudiées… Nous voyons combien est forte la tendance de l’opinion, une fois promulguée, à prendre une forme épidémique – et il n’est pas d’opinion ou d’illusion, trop absurde pour prendre ce caractère collectif. Nous observons aussi de quelle façon remarquable les mêmes idées se reproduisent et reparaissent à des époques successives… nul crime n’est trop horrible pour devenir populaire : l’homicide, l’infanticide, le suicide, l’empoisonnement, toutes les conceptions diaboliques de l’humanité… En fait d’épidémies, la cause de leur rapide propagation à une époque particulière est et demeure un mystère. »
Ces quelques lignes contiennent un fait psychologique indéniable, esquissé de main de maître, et en même temps une demi-confession de parfaite ignorance (« Causes non encore étudiées« ). Pourquoi ne pas être franc et ajouter « qu’il est impossible de les étudier avec les méthodes scientifiques actuelles ? »
Signalant une épidémie d’incendiaires, le Dr Elam cite, des Annales d’Hygiène publique, les cas suivants : « Une jeune fille d’environ dix-sept ans est arrêtée… et elle avoue que deux fois elle a mis le feu à des habitations par instinct, poussée par un besoin irrésistible… Un garçon de dix-huit ans commet plusieurs actes de même nature. Il n’était mû par aucune passion, mais la montée des flammes lui procurait une émotion particulièrement agréable. »
Qui n’a pas rencontré, dans les colonnes de journaux, des cas analogues ? Ils frappent constamment l’œil. Dans des cas de meurtre de toute nature, et d’autres crimes d’un caractère diabolique, l’acte est attribué dans neuf cas sur dix, par les coupables eux-mêmes, à des obsessions irrésistibles. « Quelque chose me répétait sans cesse à l’oreille… Quelqu’un me poussait constamment et m’engageait à agir ». Telles sont les trop fréquentes confessions des criminels. Les médecins les attribuent à des hallucinations de cerveaux mal équilibrés, et ils nomment ces impulsions homicides une folie temporaire. Mais la folie elle-même est-elle bien comprise par les psychologues ? Sa cause a-t-elle jamais été formulée dans une hypothèse capable de soutenir l’examen d’un chercheur intransigeant ? Que les ouvrages de controverse de nos aliénistes répondent à cette question.
Platon reconnaît que l’homme est le jouet de l’élément de nécessité, dans lequel il entre à son apparition dans ce monde de matière ; il est influencé par des causes extérieures, et ces causes sont des daïmonia, comme celui de Socrate. Heureux l’homme physiquement pur, car si son âme externe (le corps) est pure, elle ajoutera de la force, à la seconde (le corps astral), ou l’âme qu’il nomme l’âme mortelle plus élevée, laquelle, bien que susceptible de commettre des erreurs par ses propres mobiles, se range néanmoins, avec la raison, contre les penchants animaux du corps. Les désirs de l’homme naissent de son corps matériel périssable, et il en est de même des autres maladies ; mais quoiqu’il considère les crimes comme quelquefois involontaires, car ils sont le résultat, comme les maladies corporelles, de causes extérieures, Platon fait clairement une grande distinction entre ces causes. Le fatalisme qu’il accorde à l’humanité n’exclut en aucune manière la possibilité de les éviter, car, si la douleur, la crainte, la colère et d’autres sensations sont imposées à l’homme par la nécessité, « s’il sait en triompher, il vivra honnêtement, mais s’il se laisse vaincre par elles, il vivra malhonnêtement (457). » L’homme double, c’est-à-dire, celui dont l’esprit divin immortel s’est enfui, en ne laissant que la forme animale et le corps astral (l’âme mortelle supérieure de Platon), est abandonné à ses seuls instincts, car il a été vaincu par tous les maux inhérents à la matière. Par conséquent, il devient le jouet docile des invisibles, êtres d’une matière sublimée, errant dans notre atmosphère et toujours prêts à influencer ceux qui ont été justement abandonnés par leur immortel conseiller, le Divin Esprit nommé « génie » par Platon (458). Suivant ce grand philosophe initié, celui « qui a vécu honnêtement durant le temps qui lui avait été assigné, retournera habiter son étoile, et y mènera une existence bénie et conforme à sa nature. Mais s’il ne l’obtient pas dans la deuxième génération, il passera dans le corps d’une femme (deviendra faible et impuissant comme une femme (459)) ; et si, dans cette condition, il ne se détourne pas du mal, il sera changé en une brute, qui lui ressemblera dans sa mauvaise conduite, et ses tourments et ses transformations ne cesseront point, jusqu’à ce que, suivant le principe originaire de ressemblance en lui-même, il surmonte, à l’aide de la raison, les dernières sécrétions des éléments irrationnels et turbulents (démons élémentaires) composés de feu, d’air, d’eau et de terre, et revienne à la forme de sa première et meilleure nature (460). »
Mais le Dr Elam pense autrement. A la page 194 de son livre, A physician’s Problem, il dit que la cause de la propagation rapide de certaines maladies épidémiques, qu’il indique, « demeure un mystère » ; mais, en ce qui concerne la pyromanie, il remarque que, « dans tout cela, il n’y a rien de mystérieux », quoique l’épidémie soit fortement développée. Etrange contradiction ! De Quincey, dans son pamphlet intitulé : Murder Considered as one of the fine arts, parle d’une épidémie d’assassinat, entre 1588 et 1635, au cours de laquelle sept des hommes les plus distingués de cette époque périrent par la main des assassins, et ni lui, ni aucun autre commentateur n’a pu expliquer la cause de cette manie homicide.
Si nous pressons ces messieurs de s’expliquer, ce qu’en leur qualité de philosophes ils sont tenus de faire, on nous répond qu’il est bien plus scientifique d’assigner, pour cause à ces épidémies, « la surexcitation du mental »… « une époque d’agitation politique (1830) » « la fièvre d’imitation et l’impulsion »… « des garçons désœuvrés et faciles à entraîner », et des « filles hystériques » … que de s’attarder à d’absurdes recherches, pour vérifier des traditions superstitieuses, dans une hypothétique lumière astrale. Il nous semble cependant que si, par quelque fatalité providentielle, l’hystérie venait à disparaître entièrement de l’organisme humain, la confrérie médicale se trouverait fort empêchée, pour donner l’explication de bien des phénomènes aujourd’hui commodément classés sous le titre de « symptômes normaux de certaines conditions pathologiques des centres nerveux. » L’hystérie a été jusqu’à présent l’ancre de salut des pathologistes sceptiques. Qu’une jeune paysanne crasseuse se mette subitement à parler couramment différentes langues étrangères, jusqu’alors ignorées d’elle, et qu’elle écrive des poésies… « hystérie ! ». Qu’un médium s’enlève dans l’espace, en présence d’une douzaine de témoins ; qu’il sorte par une fenêtre à la hauteur du troisième étage et rentre par une autre… « trouble des centres nerveux, suivi d’illusion collective hystérique (461) » … Un terrier écossais, enfermé dans une chambre, pendant une manifestation, est lancé par une main invisible à travers la pièce, dont le plafond est haut de dix-huit pieds ; casse, dans son saut périlleux, un chandelier, et retombe mort (462) … « hallucination canine ! »
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