LA SOURCE DU MAL

Vous feriez une erreur grave si vous considériez les membres des divers degrés et des divers ordres de la Grande Loge Blanche comme des produits finis de la vie, c’est-à-dire des êtres parfaits dans le sens que Dieu est parfait. En effet, aussi longtemps qu’un Ego conserve un corps, que ce corps soit spirituel, astral, super-astral ou physique, il ne peut pas être parfait dans le sens que l’Absolu est parfait. Le gouffre entre l’esprit et la matière est infranchissable; avant de pouvoir traverser ce gouffre, la matière doit être transformée en énergie pure.

Aussi longtemps que l’homme conserve des caractéristiques de l’existence matérielle, il est dominé, d’une façon plus ou moins importante, par la force de la jalousie. Il confond souvent cette force avec celle du zèle, ce qui n’est pas étonnant, puisque le zèle est l’aspect positif de la force dont la jalousie est l’aspect négatif. Même un Initié de niveau élevé peut être jaloux dans le sens où Moïse proclame que Dieu peut être jaloux, c’est-à-dire jaloux pour le bien plutôt que jaloux du bien.

Je mentionne cette force particulière parmi les nombreuses forces actives dans la matière, parce que c’est la forme d’énergie qui est le principe de base de ce que l’homme appelle le mal.

Le mot « inertie » , plus qu’aucun autre mot d’usage courant, est celui qui exprime le mieux la nature de l’énergie à partir de laquelle les qualités appelées « mal » peuvent se développer. L’objectif de cette énergie dans le plan de manifestation devrait être évident à tout étudiant sérieux des mystères de la physique et de la métaphysique.

Une des inventions récentes de l’homme, le phonographe1, constitue une illustration du processus de création et de manifestation de la vie au moyen de l’énergie créatrice et fécondante du son.

La substance atomique d’une note, ou d’un simple son, portée par des vagues éthériques, est rassemblée dans un instrument en forme d’entonnoir construit en métal ou en bois, et est condensé en un seul point. La force ainsi concentrée est non seulement suffisamment puissante pour créer une marque visible sur un matériau mou, mais également transporte et dépose la substance même du son à l’intérieur de ces marques. Les sons peuvent être reproduits plus tard lorsque la pointe d’un autre instrument attaché à un entonnoir de même nature, entre en contact avec les marques qui, dans l’intervalle, ont été transférées à un objet plus dense et plus lourd appelé disque.

Lorsque le son condensé, emmagasiné dans une petite section d’espace créée par la note ou le son, rencontre la pointe du deuxième instrument sous l’action de la friction, il commence immédiatement à s’étendre, et finalement sort du second entonnoir avec le même volume et la même force que le son original.

De la même façon, l’énergie créatrice du son transportée par la lumière est condensée, conservée et emmagasinée dans un point infinitésimal, et déposée dans les espaces qui entourent les molécules de l’essence vitale de la semence du mâle et de l’ovule de la femelle.

Ces espaces sont semblables à des vortex, et forment une entrée ou une sortie pour les états intérieurs de la vie, et correspondent également aux entonnoirs du phonographe. Lorsque l’essence vitale est déposée dans l’utérus de la femelle (qui correspond aussi à un entonnoir), l’inertie qui l’avait retenue jusque-là en enfermant les forces du prana dans les espaces se trouve vaincue, les deux points vitaux sont libérés par le contact physique, et la conception est réalisée.

Le principe de forme, poussé par Fohat (le son), guide alors la formation du fœtus jusqu’à sa maturité.

Le fruit défendu de l’arbre de l’Eden, l’arbre du bien et du mal, trouve sa correspondance dans l’énergie de l’inertie. Il n’est pas difficile de voir que l’esprit de l’étudiant se précipite presque invariablement vers le sujet du pouvoir et de la fonction créatrice lorsque l’on mentionne l’arbre du bien et du mal, même s’il est incapable de donner une raison logique à cela.

Il est assez difficile de rendre cette vérité compréhensible par ceux qui ne sont pas analytiques par nature, mais pour comprendre le mystère de la vie, il faut en avoir une certaine notion. Pour obtenir cette notion, vous devez d’abord visualiser que toute matière, toute force et toute énergie se trouvent dans un état de sommeil cosmique, et imaginer ensuite l’effet du premier frisson, l’action de Fohat (l’énergie cachée du son), lorsque toutes les énergies, qui étaient jusque-là liées et endormies, sont éveillées et mises en action par « le Verbe », et que la séparation entre les diverses formes d’énergie se produit dans une séquence parfaite.

L’espace que l’homme connaît n’a pas d’existence avant l’action du son – le Verbe – mais il commence à se manifester avec l’expulsion de la première énergie distincte, et il continue à croître avec chaque libération d’énergie jusqu’à la fin de la première partie d’un Manvantara, lorsque le retrait de ces énergies libérées fait également disparaître l’espace. Mais ce qui est plus en rapport avec notre sujet actuel – la source du Mal – est le fait que l’inertie est la première des diverses formes d’énergie qui est libérée dans le processus de création de l’espace.

En étudiant ce sujet particulier, nous ne pouvons considérer ni la lumière ni le son spirituels comme des formes d’énergie qu’il soit possible de libérer dans une période du monde, parce que la lumière spirituelle est le pouvoir révélateur du son. Les deux sont indissolublement unis – c’est l’androgyne universel. En d’autres mots, la lumière transporte le mot, le son créateur qui, au début d’un Manvantara, produit le frisson que j’ai mentionné.

Lorsque la lumière, fécondée par le son, se détache de l’obscurité (le Pralaya), elle fait face au pouvoir de résistance emmagasiné dans l’obscurité. Dans son grand effort pour surmonter cette résistance, elle donne pour ainsi dire naissance, à partir de la même source potentielle, à l’énergie de l’inertie. Celle-ci doit également être combattue et vaincue avant que le mouvement de la masse puisse être pleinement établi, et que la lumière et le son soient libres de continuer leur fonction créatrice dans d’autres domaines tout au long de la ronde cyclique du temps.

Entre la fin de la troisième ronde cyclique et le début de la quatrième ronde de chaque âge cosmique, ce qu’on peut appeler le germe universel du monde est créé suite à l’interaction et à la lutte dans l’espace des puissances et des énergies dont je viens de parler.

Comme je l’ai déjà dit, la fécondation est nécessaire à la manifestation, que cette manifestation concerne les énergies de la lumière et du son, une cellule de matière primordiale, la forme d’un homme, ou toute autre chose ou créature. Le germe universel du monde est conçu suite à la fécondation de l’espace par les énergies libérées dans la lutte avec l’inertie.

Le germe du monde contient à l’état embryonnaire la substance de tous les soleils, étoiles et planètes du monde, qui se manifesteront plus tard comme matière sur le plan physique, à l’intérieur de l’espace et du temps, au moyen du grand androgyne – la lumière et le son.

Tous les processus, énergies et fonctions qui servent à créer le germe du monde sont latents dans toute différenciation de ce germe, et leur action dans cette création et cette différenciation est répétée et reproduite dans chaque embryon, lorsque celui-ci se sépare du germe parent et commence à construire son monde individuel dans le royaume de la nature dans lequel il entre en premier lieu.

En conséquence, tous les mondes embryonnaires doivent soutenir une lutte semblable avec l’inertie, dans une situation qui correspond à l’obscurité – un état négatif. Dans cette lutte, les forces qui se manifesteront plus tard dans la matière sous forme de qualités mauvaises sont libérées et sont ensuite attirées aux diverses formes de vie dans le processus de création, en fonction du karma antérieur de celles-ci. Par conséquent, dans notre recherche pour la source ultime du mal, nous ne pouvons pas éviter de mentionner l’énergie de l’inertie.

1 N.D.É. Texte écrit au début du 20e siècle.

HILARION - Temple 1 - Leçon 120
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