Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VII – LES ELEMENTS, LES ELEMENTALS ET LES ELEMENTAIRES
Kircher explique chaque sentiment dans la nature humaine, comme le résultat de changements dans notre condition magnétique. La colère, la jalousie, l’amitié, l’amour et la haine, sont tous des modifications de l’atmosphère magnétique qui se développe en nous, et qui émane constamment de nous. L’amour est une des plus variables, et, c’est pourquoi ses aspects sont innombrables. L’amour spirituel, celui d’une mère pour son enfant, d’un artiste pour son art particulier, l’amour en tant qu’amitié pure, sont des manifestations purement magnétiques de sympathie, entre deux natures de même genre. Le magnétisme de l’amour pur est la source de toutes choses créées. Dans son acception ordinaire, l’amour entre les deux sexes est de l’électricité, et il le dénomme amor febris species, la fièvre des espèces. Il y a deux sortes d’attraction magnétique, la sympathie et la fascination ; l’une, sainte et naturelle, l’autre, mauvaise et contre nature. C’est à cette dernière, la fascination, que nous devons attribuer le pouvoir du crapaud venimeux qui, simplement, en ouvrant la gueule, force le reptile ou l’insecte qui passe, à s’y jeter et courir à sa perte. Le daim, aussi bien que de plus petits animaux sont attirés par l’haleine du boa, et sont irrésistiblement entraînés à se placer à sa portée. Le poisson électrique, la torpille, repousse le bras par un choc électrique, capable de l’engourdir pendant quelque temps. Pour que l’homme exerce une pareille puissance dans un but bienfaisant, il faut trois conditions : 1° la noblesse de l’âme ; 2° une volonté forte et une faculté imaginative ; 3° un sujet plus faible que le magnétiseur ; autrement, il résistera. Un homme libre de préjugés mondains et de sensualité peut guérir, de cette façon, les maladies les plus « incurables », et sa vision devenir lucide et prophétique.
Un exemple curieux de l’attraction universelle ci-dessus mentionnée entre tous les corps du système planétaire et tout ce qui est en relation avec eux, organique ou inorganique, est rapporté dans un étrange livre ancien du XVIIème siècle. Il contient les notes de, voyage, et le rapport officiel adressé au Roi de France, par son Ambassadeur, de La Loubere, sur ce qu’il avait vu dans le royaume de Siam. « Au Siam », dit-il, « il y a deux espèces de poissons d’eau douce, que l’on nomme le pal-out et le pla-cadi. Une fois salés et placés entiers dans la marmite, on les voit suivre exactement le mouvement de flux et de reflux de la mer, s’élevant ou descendant dans le récipient, au fur et à mesure que le flot monte ou descend (355) ». De La Loubere a fait pendant longtemps des expériences dans ce sens sur ce poisson, de concert avec un ingénieur du Gouvernement, nommé Vincent, et par conséquent, il atteste et certifie avec toute l’autorité nécessaire ce fait, qu’au début on écarta comme une simple fable. Cette attraction mystérieuse est tellement puissante, qu’elle s’exerçait encore sur les poissons entièrement décomposés et tombant en lambeaux.
C’est tout particulièrement dans les pays qui ne jouissent pas des bienfaits de la civilisation, que nous devons chercher des explications de la nature, et observer les effets de cette subtile puissance, que les anciens philosophes nommaient « l’âme du monde ». C’est uniquement dans l’Orient, et dans les immenses déserts inexplorés d’Afrique, que l’étudiant de la psychologie trouve une nourriture abondante pour son âme affamée de vérité. La raison en est manifeste. L’atmosphère des centres populeux est physiquement viciée par la fumée et les émanations des usines, des machines à vapeur, des chemins de fer, et des bateaux à vapeur ; et spécialement par les mauvaises émanations des vivants et des morts. La nature est aussi bien soumise que l’être humain, à certaines conditions pour pouvoir agir, et sa puissante respiration, pour ainsi dire, est aussi facilement gênée, arrêtée et empêchée, et la corrélation de ses forces détruite sur un point donné, que si elle était un homme. Non seulement le climat, mais aussi les influences occultes subies journellement modifient la nature physio-psychologique de l’homme et même altèrent la constitution de la matière prétendue inorganique, à un degré que la science européenne est incapable de concevoir. C’est ainsi, que le London Medical and Surgical Journal engage les chirurgiens à ne pas emporter de lancettes à Calcutta, parce que l’expérience a démontré que l’acier anglais ne peut supporter l’atmosphère de l’Inde ; de même qu’un trousseau de clés anglaises ou américaines se couvre de rouille, vingt-quatre heures après avoir été apporté en Egypte ; tandis que des objets en acier du pays y restent inoxydés.
On a constaté de même qu’un Shaman de Sibérie, qui avait donné de stupéfiantes preuves de sa puissance occulte, parmi ses concitoyens Tschuktschens, a été graduellement et quelquefois complètement privé de ce pouvoir, dès son arrivée dans la brume et la fumée de Londres. L’organisme intérieur de l’homme est-il moins sensible aux influences climatériques qu’un bout d’acier ? Sinon, pourquoi douterions-nous du témoignage des voyageurs qui ont suivi le Shaman et l’ont vu exécuter journellement des phénomènes surprenants dans son pays natal, et révoquerions-nous en doute la possibilité de ces pouvoirs et de ces phénomènes, uniquement parce qu’il n’en peut faire autant à Paris ou à Londres ? Dans sa conférence sur les Arts perdus, Wendell Phillips prouve que sans compter que la nature psychologique de l’homme est affectée par un changement de climat, les peuples Orientaux sont doués de sens beaucoup plus développés que ceux des Européens. Les teinturiers français de Lyon, qu’on ne peut surpasser en habileté, dit-il, « ont une théorie, qu’il existe une certaine nuance délicate de bleu, que les Européens ne peuvent voir. Et au Cachemire, où les jeunes filles font des châles qui valent 30.000 dollars, elles feraient voir (à ce teinturier lyonnais) trois cents couleurs distinctes, que, non seulement il ne pourra reproduire, mais qu’ »il ne pourra même pas distinguer« . S’il existe une différence si grande entre l’acuité des sens extérieurs de deux races, pourquoi n’existerait-elle pas également dans leurs pouvoirs psychologiques ? Bien plus, si l’œil de la Cachemirienne voit objectivement une couleur, qui existe réellement, mais que l’Européen est incapable de distinguer, elle n’existe donc pas pour lui. Pourquoi donc refuser d’admettre que certains organismes particulièrement doués, auxquels on attribue la faculté mystérieuse dénommée seconde vue, voient leurs tableaux aussi objectivement que la jeune fille voit les couleurs ; et, que, par conséquent, ces tableaux, au lieu d’être de simples hallucinations subjectives créées par l’imagination, sont, au contraire, des réflexions de choses réelles et de personnes, empreintes sur l’éther astral, ainsi que cela est expliqué par l’ancienne philosophie des Oracles Chaldéens, et exposé par des modernes inventeurs Babbage, Jevons et les auteurs de Unseen Universe ?
« Trois esprits animent et font agir l’homme« , enseigne Paracelse ; « trois mondes projettent sur lui leurs rayons ; mais tous les trois opèrent uniquement comme l’image et l’écho d’un seul et même principe constructeur et unificateur. Le premier est l’esprit des éléments (corps terrestre, et force vitale dans sa condition grossière) ; le second, l’esprit des astres (corps sidéral ou astral, l’âme) ; le troisième est le divin esprit (Augoeides) ». Notre corps, étant en possession de « l’étoffe terrestre primitive », ainsi que Paracelse la nomme, nous pouvons, volontiers accepter la tendance des recherches scientifiques modernes, « de considérer le processus de la vie animale et végétale comme simplement physiques et chimiques ». Cette théorie corrobore d’autant plus les assertions des philosophes de l’antiquité et de la Bible Mosaïque, que nos corps ont été faits de la poussière de la terre, et qu’ils y retourneront. Mais n’oublions pas que :
« Tu es poussière, et à la poussière tu retourneras N’a point été dit de l’âme. »
L’homme est un petit monde, un microcosme dans l’intérieur du grand univers. Comme un fœtus, il est suspendu par ses trois esprits, dans la matrice du macrocosme ; et tandis que son corps terrestre est en sympathie constante avec la terre, sa mère, son âme astrale vit à, l’unisson de l’anima mundi sidérale. II est en elle, comme elle est en lui, car l’élément qui pénètre tout remplit tout l’espace et il est, lui-même, l’espace infini et sans bords. Quant à son troisième esprit, le divin, qu’est-il, sinon un rayon infinitésimal, une des innombrables radiations procédant directement de la plus Haute Cause – la Lumière Spirituelle du Monde ? C’est la trinité de la nature organique et inorganique, spirituelle et physique, trois en un, dont Proclus dit que « la première monade est le Dieu Eternel ; la seconde l’éternité ; Et la troisième le paradigme, ou modèle de l’univers », les trois constituant la Triade intelligible. Toute chose, en cet univers visible, découle de cette Triade, et est elle-même une triade microcosmique. Elles se meuvent, donc en une majestueuse procession, dans le champ de l’éternité, autour du soleil spirituel, comme, dans le système héliocentrique, les corps célestes se meuvent autour des soleils visibles. La Monade de Pythagore, qui vit « dans la solitude et les ténèbres », peut demeurer éternellement invisible sur cette terre, impalpable, et indémontrable par la science expérimentale. Toutefois, l’univers tout entier gravitera autour d’elle comme il l’a fait depuis le « commencement des temps », et à chaque seconde, l’homme et l’atome se rapprochent de plus en plus de ce moment solennel, dans l’éternité, où la Présence Invisible se révélera à leur vue spirituelle. Lorsque chaque parcelle de matière, même la plus sublimée, aura été rejetée de la dernière forme qui constitue l’ultime chaînon de cette chaîne de la double évolution qui, à travers des millions de siècles et de transformations successives, a poussé l’entité en avant, et lorsqu’elle se retrouvera vêtue de l’essence primordiale, identique à celle de son Créateur, cet atome organique, jadis impalpable, aura terminé sa carrière et les fils de Dieu « crieront de joie » une fois de plus au retour du pèlerin.
« L’homme, dit Van Helmont, est le miroir de l’univers, et sa triple nature est en relation avec toutes choses ». La volonté du Créateur, à travers qui toutes choses ont été faites, et de qui elles ont reçu leur impulsion première, est la propriété de tout être vivant. L’homme, doué d’une spiritualité additionnelle, en a la plus large part sur cette planète. De la proportion de matière qui existe en lui dépend son plus ou moins grand degré d’aptitude à exercer sa faculté magique, avec plus ou moins de succès. Partageant cette puissance divine avec chaque atome inorganique, il l’exerce pendant tout le cours de sa vie, d’une façon consciente ou inconsciente. Dans le premier cas, lorsqu’il est en pleine possession de ses pouvoirs, il sera le maître, il dirigera et guidera le magnale magnum (l’âme universelle). Dans le cas des animaux, des plantes, des minéraux, et même de la moyenne de l’humanité, ce fluide éthéré, qui pénètre toutes choses, n’éprouvant pas de résistance, et étant abandonné à lui-même, les fait mouvoir comme son impulsion les dirige. Tout être créé dans cette sphère sublunaire est formé de ce magnale magnum avec lequel il est apparenté. L’homme possède un double pouvoir céleste, et il est allié au ciel. Ce pouvoir existe « non seulement dans l’homme extérieur, mais, à un certain degré aussi, chez les animaux, et peut-être dans toutes autres choses, car toutes choses dans l’univers se trouvent en relation les unes avec les autres ; ou, du moins, Dieu est dans toutes choses, comme l’ont fait observer les anciens avec une exactitude qui mérite notre admiration. Il faut que la force magique soit éveillée dans l’homme extérieur, aussi bien que dans l’homme intérieur. Et si nous appelons cela une puissance magique, seuls les ignorants seront effrayés par cette expression. Mais, si on le préfère, disons que c’est un pouvoir spirituel – spirituale robur vocitaveris. Un pareil pouvoir existe donc dans l’homme intérieur. Mais comme il y a une certaine relation entre l’homme intérieur et l’homme extérieur, cette force doit être diffusée dans l’homme tout entier (356) ».
Dans une description détaillée des rites religieux, de la vie monastique et des superstitions des Siamois, de la Loubere cite, entre autres, l’étonnante puissance que possèdent les Talapoins (les moines ou les saints hommes de Bouddha), sur les bêtes féroces. « Un Talapoin du Siam », dit-il « passera des semaines entières dans les bois touffus, sous un petit abri de branches et de feuilles de palmier, sans jamais faire de feu la nuit, pour écarter les bêtes féroces, comme le font tous ceux qui voyagent à travers les forêts de ce pays ». Le peuple attribue à un miracle que les Talapoins ne sont jamais dévorés. Les tigres, les éléphants et les rhinocéros – dont le pays abonde – les respectent ; et les voyageurs, placés en embuscade en lieu sûr, ont souvent vu les bêtes féroces lécher les mains et les pieds des Talapoins endormis. « Tous font usage de la magie » ajoute le gentilhomme Français « et ils croient que toute la nature est animée (douée d’une âme (357)) ; Ils croient aux génies tutélaires ». Mais ce qui paraît le plus choquer l’auteur, c’est l’idée qui prévaut chez les Siamois, « que tout ce que l’homme a été durant sa vie corporelle, il le sera encore après sa mort ». « Lorsque le Tartare qui règne maintenant sur la Chine » remarque de la Loubere « voulut contraindre les Chinois à se raser la tête, à la mode Tartare, plusieurs d’entre eux préférèrent souffrir la mort que d’aller, disaient-ils, dans l’autre monde, et paraître devant leurs ancêtres sans cheveux ; s’imaginant qu’ils avaient rasé aussi la chevelure de leur âme (358) » ! Mais ce qui est tout à fait erroné » ajoute l’ambassadeur « dans cette absurde opinion c’est que les Orientaux attribuent à l’âme la forme humaine plutôt que toute autre ». Sans faire connaître aux lecteurs la forme particulière que ces enténébrés Orientaux devraient adopter pour leurs âmes désincarnées, de la Loubere continue à exhaler sa bile contre ces « sauvages ». Il attaque finalement la mémoire du vieux roi de Siam, le père de celui à la cour duquel il avait été envoyé, en l’accusant d’avoir follement dépensé plus de deux millions de livres à la recherche de la pierre philosophale. « Les Chinois, dit-il, réputés si sages, ont eu pendant trois ou quatre mille ans la folie de croire à l’existence d’un remède universel et de rechercher ce remède au moyen duquel ils espèrent s’affranchir de la nécessité de mourir. Ils se basent sur une tradition insensée, concernant quelques rares personnes qu’on dit avoir fabriqué de l’or, et avoir vécu pendant plusieurs siècles ; il y a quelques exemples enracinés chez les Chinois, les Siamois et autres Orientaux, relativement à ceux qui se seraient rendus immortels, soit d’une façon absolue, soit de manière à ne mourir que de mort violente (359). Par conséquent ils donnent les noms de quelques individus qui se sont soustraits à la vue des hommes, pour jouir d’une vie libre et paisible. Ils racontent des merveilles, au sujet des connaissances de ces prétendus immortels. »
Si Descartes, un Français et un savant, a pu, au sein de la civilisation croire fermement qu’on avait trouvé ce remède universel et que s’il pouvait s’en procurer, il vivrait au moins cinq cents ans, pourquoi les Orientaux n’auraient-ils pas le droit d’avoir la même croyance ? Le problème capital de la vie et de la mort est encore non résolu par les physiologistes Occidentaux. Même le sommeil est un phénomène, sur la cause duquel leurs opinions divergent grandement. Comment prétendent-ils alors assigner des limites au possible et définir l’impossible ?
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