Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre VI – PHÉNOMENES PSYCHO-PHYSIQUES
Voilà pour ce qui concerne les sens extérieurs ; maintenant voyons ce qu’ils ont à dire au sujet des sens internes qui peuvent justement être considérés comme démontrant une différence marquée entre l’homme et le protoplasme de mouton. « Pendant qu’ils sont dans cet état de somnambulisme », dit le comité, « les sujets magnétisés que nous avons observés conservent l’exercice des facultés qu’ils ont à l’état de veille. Leur mémoire paraît même être plus fidèle et plus étendue… Nous avons vu deux somnambules distinguer les yeux fermés les objets placés devant eux ; ils ont dit, sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes ; ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes d’un livre ouvert au hasard. Ce phénomène a eu lieu, même lorsque les paupières étaient closes au moyen des doigts. Nous avons rencontré chez deux somnambules la faculté de prévoir des actes plus ou moins compliqués de l’organisme. L’un d’eux annonça plusieurs jours et même plusieurs mois à l’avance, le jour, l’heure et la minute où des attaques d’épilepsie devaient se produire et récidiver ; un autre prédit le moment de la guérison. Leurs prévisions se réalisèrent avec une exactitude remarquable ».
La commission dit « qu’elle a recueilli et communiqué des faits suffisamment importants pour induire à penser que l’Académie doit encourager les recherches sur le magnétisme comme une très curieuse branche de l’histoire psychologique et naturelle ». La commission conclut en disant que les faits sont si extraordinaires, qu’elle peut à peine s’imaginer que l’Académie admettra leur réalité, mais elle affirme qu’elle a été constamment animée de sentiments honnêtes et guidée par des motifs d’un ordre élevé, « l’amour de la science et la nécessité de justifier les espérances que l’Académie avait conçues de son zèle et de son dévouement ».
Ses craintes furent complètement justifiées par la conduite d’au moins un de ses membres qui s’était absenté au moment des expériences, et qui, nous dit M. Husson, « ne jugea point convenable de signer le rapport ». Ce fut Magendie, le physiologiste qui, malgré la constatation faite au rapport officiel, qu’il n’avait pas été « présent aux expériences », n’hésita point à consacrer quatre pages de son fameux ouvrage sur la physiologie humaine à la question du mesmérisme. Et, après avoir fait un résumé sommaire des phénomènes allégués, sans les admettre aussi pleinement que l’érudition et les acquis scientifiques de ses collègues de la Commission semblaient l’exiger, il dit : « Le respect de soi-même et la dignité de la profession veulent qu’on traite ces choses avec prudence. Il (le médecin bien informé) se souviendra combien il est facile de voir le mystère dégénérer en charlatanisme et combien la profession est apte à se déshonorer même en apparence lorsqu’elle est appuyée par des praticiens respectables. » Aucun mot dans le contexte ne révèle au lecteur qu’il avait été nommé par l’Académie pour faire partie de la Commission de 1826 ; qu’il avait été absent de ces réunions ce qui lui avait fait manquer l’occasion d’apprendre la vérité au sujet des phénomènes magnétiques, et qu’il prononçait son jugement ex-parte. « Le respect de soi-même et la dignité de la profession » exigeaient sans doute le silence !
Trente-huit ans plus tard, un savant anglais, dont la spécialité est l’étude de la physique et dont la réputation est encore plus grande que celle de Magendie, s’abaissa par une conduite tout aussi déloyale. Lorsque lui fut offerte l’occasion d’étudier les phénomènes spirites et d’aider à retirer cette étude des mains d’investigateurs ignorants ou malhonnêtes, le professeur Tyndall esquiva le sujet ; Mais dans ses Frayments of Science, il se rendit coupable des appréciations peu chevaleresques que nous avons citées ailleurs.
Mais nous avons tort : il fit une seule tentative, et cela lui suffit. Il nous dit, dans ses Fragments, qu’il se plaça une fois sous une table pour voir comment les coups étaient frappés, et qu’il en sortit avec une indignation telle contre l’humanité qu’il n’en avait jamais éprouvé de pareille ! Israel Putnam, se traînant à quatre pattes pour surprendre et tuer la louve dans son repaire, nous fournit en partie un parallèle pour faire apprécier le courage du chimiste tâtonnant dans le noir pour savoir l’horrible vérité ; mais Putnam tua sa louve, tandis que Tyndall fut dévoré par la sienne. « Sub mensâ desperado » devrait être la devise de ses armoiries.
Parlant du rapport de la Commission de 1824, le Dr Alphonse Teste, un distingué savant contemporain, dit qu’il fit grande impression sur l’Académie, mais sans entraîner beaucoup de conviction. « Nul ne pourrait mettre en doute la véracité des Commissaires, dont la bonne foi aussi bien que le grand savoir étaient incontestables, mais on les soupçonna d’avoir été dupés. Il y a en effet certaines vérités fâcheuses qui compromettent ceux qui y ont foi, et ceux surtout qui sont assez candides pour l’avouer publiquement. » Que cela est vrai ! C’est ce qu’attestent les annales de l’histoire, dès les premiers temps jusqu’à ce jour. Lorsque le professeur Robert Hare annonça les résultats préliminaires de ses investigations sur le spiritisme, et bien qu’il fût un des plus éminents chimistes et physiciens de son temps, on le considéra néanmoins comme une dupe. Lorsqu’il prouva qu’il ne l’était pas, on l’accusa de gâtisme ; les professeurs du collège d’Harvard désavouèrent « son adhésion insensée à cette gigantesque mystification. »
Lorsque ce savant commença ses investigations en 1853, il annonça qu’il « se sentait appelé, par devoir pour ses semblables, à user de toute son influence pour arrêter la marée de la folie populaire qui montait rapidement en dépit de la raison et de la science, en faveur de la grossière illusion nommée spiritisme. » Bien que, d’après sa propre déclaration, « il partageât l’opinion de Faraday sur la théorie des tables tournantes », il eut la vraie grandeur d’âme qui caractérise les princes de la science, d’étudier la question à fond et de proclamer ensuite la vérité. Il nous montre comment il en fut récompensé par ses collègues. Dans une conférence donnée à New-York, en septembre 1854, il dit que « pendant plus d’un demi-siècle il s’est constamment occupé de recherches scientifiques, que son exactitude et sa précision n’ont jamais été mises en doute, jusqu’au moment où il est devenu spirite ; Et que son intégrité, comme homme, n’avait jamais été attaquée, jusqu’au jour où les professeurs de Harvard fulminèrent leur rapport contre ce qu’il savait être vrai et qu’eux ne savaient pas être faux. »
Quelle douleur exprimée en peu de mots ! Un vieillard de soixante-seize ans, un savant d’un demi-siècle, abandonné pour avoir dit la vérité ! Et voici que Mr A.-R. Wallace, qui jusqu’ici avait été estimé parmi les plus illustres des savants britanniques, ayant proclamé sa croyance au spiritisme et au magnétisme, n’excite plus que la compassion. Le professeur Wagner, de Saint-Pétersbourg, dont la réputation comme zoologiste est éminente, subit à son tour la peine de sa naïveté exceptionnelle dans la manière outrageante dont il est traité par les savants russes ?
Il y a savants et savants ; et si les sciences occultes, dans l’exemple du spiritisme moderne, souffrent de la malice d’une classe, elles ont eu, dans tous les temps, leurs défenseurs parmi ceux dont les noms ont jeté un éclat sur la science elle-même. Au premier rang figure Isaac Newton(), « le flambeau de la science », qui croyait pleinement au magnétisme, tel que l’enseignait Paracelse, Van Helmont et les philosophes de feu en général.
Personne n’osera contester que sa doctrine de l’espace et de l’attraction universelle ne soit purement une théorie du magnétisme. Si ses propres paroles ont une signification, elles veulent dire qu’il fonde toutes ses spéculations sur « l’âme du monde », le grand agent magnétique universel, qu’il nomme le divin sensorium (308). « Ici, dit-il, la question roule sur un esprit subtil qui pénètre toutes choses, même les corps les plus durs, et qui est caché dans leur substance. Par la force et l’activité de cet esprit, les corps s’attirent mutuellement et adhèrent ensemble lorsqu’ils sont mis en contact. C’est par lui que les corps électriques agissent de loin comme de près, s’attirent ou se repoussent ; c’est par cet esprit aussi que la lumière se répand, qu’elle est réfractée et réfléchie et qu’elle réchauffe les corps. Tous les sens sont excités par cet esprit et c’est par lui que les animaux remuent leurs membres. Mais ces choses ne peuvent être expliquées en peu de mots, et nous n’avons pas encore assez d’expérience pour déterminer pleinement les lois en vertu desquelles cet esprit universel agit ».
Il y a deux sortes de magnétisation ; la première est purement animale et l’autre est transcendante, dépendant de la volonté et du savoir du magnétiseur, aussi bien que du degré de spiritualité du sujet et de son aptitude à recevoir les impressions de la lumière astrale. Nous devons d’abord nous assurer que la clairvoyance dépend bien plus de la première que de la seconde. Le sujet le plus positif est forcé de se soumettre à la puissance d’un adepte comme Du Potet. Si sa vue est convenablement dirigée par le magnétiseur, magicien ou esprit, la lumière devra livrer à notre examen ses archives les plus secrètes ; car si elle est un livre toujours fermé pour ceux qui « voient et ne perçoivent pas », il est, d’autre part, toujours ouvert pour ceux qui veulent le voir ouvert. Ce livre contient un enregistrement intégral de tout ce qui a été, est, ou sera. Les moindres actes de notre vie y sont imprimés et mêmes nos pensées demeurent photographiées sur ses tablettes éternelles. C’est le livre que nous voyons ouvrir par l’Ange, dans l’Apocalypse, « lequel est le Livre de vie, et c’est sur lui que les morts seront jugés suivant leurs œuvres. » En un mot, c’est la MÉMOIRE DE DIEU !
« Les oracles affirment que l’impression des pensées, des caractères, des hommes, et autres visions divines, apparaissent dans Æther… Les choses qui n’en ont point y prennent une forme », dit un ancien fragment des Oracles Chaldéens de Zoroastre (309).
Ainsi, la sagesse, la prophétie et la science anciennes et modernes concourent à confirmer les assertions des cabalistes. C’est sur les indestructibles tablettes de la lumière astrale qu’est marquée l’empreinte de chaque pensée que nous formons, de chaque acte que nous accomplissons ; c’est là que les événements futurs – effets de causes depuis longtemps oubliées – sont déjà tracés comme, un tableau vivant, pour l’œil du voyant ou du prophète. La mémoire – désespoir des matérialistes, énigme du psychologue, sphinx de la science – est, pour l’étudiant des anciennes philosophies, tout simplement un nom pour exprimer la puissance inconsciemment exercée par l’homme qui la partage avec beaucoup d’animaux inférieurs, pour regarder, avec la vue interne dans la lumière astrale, et y voir l’image des sensations et des événements passés. Au lieu de chercher des ganglions cérébraux, pour y retrouver des « micrographies des vivants et des morts, des scènes que nous avons visitées, et des événements auxquels nous avons été mêlés (310) », les anciens allaient au vaste dépôt où ces archives de la vie de tout homme, aussi bien que chaque pulsation du cosmos visible, sont conservés pour toute l’éternité !
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