Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre V – L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE »
Mais qu’y a-t-il au fond de la théorie de Darwin sur l’origine des espèces ? En ce qui le concerne, rien que des « hypothèses d’une vérification impossible ». Car, ainsi qu’il le dit, il considère tous les êtres « comme les descendants directs de quelques rares individus qui vivaient longtemps avant que fût déposée la première couche silurienne (283) ». Il n’essaie pas de nous montrer ce qu’étaient ces « rares individus ». Mais ce mutisme remplit notre but tout aussi bien car, en admettant leur existence, le recours aux anciens, pour confirmer et développer son idée, lui mérite l’estampille de l’approbation scientifique. Songez à tous les changements subis par notre globe au point de vue de la température, du climat, du sol et, qu’on nous pardonne d’ajouter, en tenant compte de progrès récents, au point de vue de ses conditions électromagnétiques, il faudrait être vraiment téméraire pour oser affirmer que la science moderne contredit l’hypothèse ancienne de l’homme pré-silurien. Les haches de silex trouvées les premières par Boucher de Perthes, dans la vallée de la Somme, prouvent que des hommes doivent avoir existé à une époque dont l’ancienneté défie le calcul. Si nous en croyons Büchner, l’homme doit avoir vécu durant, et même avant la période glaciaire, subdivision de la période quaternaire ou diluviale qui s’étend, probablement, bien au-delà de celle-ci. Mais qui peut dire ce que nous réserve encore la prochaine découverte ?
Or, si nous avons des preuves indiscutables de l’existence de l’homme à une époque si reculée, il doit y avoir eu d’étonnantes modifications dans son système physique qui correspondent aux changements de climat et d’atmosphère. Cela ne prouve-t-il pas, par analogie, qu’en remontant en arrière, il puisse y avoir eu d’autres modifications qui s’appliqueraient aux plus anciens ancêtres des « géants de glace » de la Voeluspa et leur auraient permis d’être les contemporains des poissons dévoniens et des mollusques siluriens ? Il est vrai qu’ils n’ont point laissé de haches de pierre, ni d’ossements, ni de dépôts dans les grottes ; mais, si les anciens étaient dans le vrai, les races, à cette époque, étaient composées non seulement de géants ou « d’hommes puissants » mais aussi de « fils de Dieu ». Si ceux qui croient à l’évolution de l’esprit, aussi fermement que les matérialistes croient à celle de la matière, sont accusés d’enseigner des « hypothèses invérifiables », il leur est facile de retourner l’argument contre leurs accusateurs en leur rappelant que, de leur propre aveu, l’évolution physique est encore « une hypothèse non vérifiée, sinon invérifiable (284) ». Les premiers ont, du moins, la preuve inductive des mythes légendaires dont l’immense antiquité est reconnue tant par les philologues que par les archéologues, tandis que leurs adversaires n’ont rien de pareil, à moins qu’ils n’utilisent une partie des inscriptions murales et en suppriment le reste.
D’un côté les ouvrages de quelques érudits, justement réputés, contredisent nettement nos hypothèses, mais il est fort heureux que les recherches d’autres savants, non moins éminents, paraissent, au contraire, les confirmer pleinement. Dans l’ouvrage récent de M. Alfred Wallace, The Geographical Distribution of Animals, nous voyons l’auteur plaider sérieusement en faveur d’un « procédé lent de développement » des espèces actuelles, issues d’autres espèces qui les ont précédées, son estimation remontant à une série de cycles innombrables. Et, si c’est le cas pour les animaux, pourquoi pas pour l’animal-homme, précédé de bien plus loin encore par un homme tout à fait « spirituel » – un « fils de Dieu ? »
Revenons, maintenant, une fois encore, à la symbolique des anciens âges et à leurs mythes physico-religieux. Avant de clore ce travail, nous espérons démontrer avec plus ou moins de succès combien les conceptions antiques s’alliaient avec un grand nombre des découvertes de la science moderne en physique et philosophie naturelle. Sous les formules emblématiques et la phraséologie particulière du clergé de jadis se cachent des allusions à des sciences que l’on n’a pas encore découvertes dans le cycle actuel. Si familiers que soient, pour un savant, l’écriture hiératique et le système hiéroglyphique des Egyptiens, il faut, avant tout, qu’il apprenne à sonder leurs archives. Il doit s’assurer, compas et règle en mains, que l’écriture figurée qu’il examine concorde, à une ligne prés, avec certaines figures géométriques fixes qui sont la clé secrète de ces archives. Après, seulement, il pourra risquer une interprétation.
Mais il est des mythes qui parlent d’eux-mêmes. Dans cette catégorie nous pouvons ranger les premiers créateurs androgynes de chaque cosmogonie. Le Zeus-Zên grec (æther), et Chthonia (la terre chaotique) et Métis (l’eau), ses femmes ; Osiris et Isis-Latone – le premier dieu représentant aussi l’æther, la première émanation de la Divinité Suprême, Amun, la source primordiale de la lumière ; la déesse figurant encore la terre et l’eau ; Mithras (285), le dieu né du rocher, symbole du feu mâle mondial ou la lumière primordiale personnifiée, et Mithra, la déesse du feu, à la fois sa mère et son épouse ; le pur élément du feu (le principe actif ou mâle) envisagé comme lumière et chaleur, en conjonction avec la terre et l’eau, ou la matière (éléments passifs ou féminins de la génération cosmique). Mithras est le fils de Bordj, la montagne mondiale de la Perse (286), de laquelle il jaillit, comme un étincelant rayon de lumière. Brahma, le dieu du feu et sa prolifique conjointe ; et l’Unghi hindou, la divinité brillante du corps de laquelle sortent mille torrents de gloire et sept langues de flamme et en l’honneur de laquelle les Brahmanes de Sagnikou conservent jusqu’aujourd’hui un feu perpétuel ; Siva, personnifié par la montagne mondiale des Hindous – le Mérou (Himalaya). Ce terrible dieu du feu que, d’après la légende, on dit être descendu du ciel, comme le Jehovah des Juifs, dans une colonne de feu, et une douzaine d’autres divinités archaïques bisexuées proclament bien haut leur signification cachée. Que peuvent en effet vouloir dire ces doubles mythes sinon le principe physico-chimique de la création primordiale ? La première révélation de la Cause Suprême, dans sa triple manifestation d’esprit, de force, et de matière : la corrélation divine à son point de départ évolutif, rendue allégoriquement comme le mariage du feu et de l’eau, produits de l’esprit électrisant, union du principe actif-mâle avec l’élément passif-femelle qui deviennent les géniteurs de leur enfant tellurique, la matière cosmique, la prima materia dont l’esprit est l’éther, la LUMIÈRE ASTRALE !
Ainsi toutes les montagnes mondiales, l’œuf mondial de tant de légendes, les arbres, les serpents et les piliers mondiaux doivent être considérés comme renfermant des vérités de philosophie naturelle, scientifiquement démontrées. Toutes ces montagnes contiennent, avec des variantes insignifiantes, la description allégorique de la cosmogonie primitive ; les arbres mondiaux représentent l’évolution ultérieure de l’esprit et de la matière ; les serpents et les piliers mondiaux des rappels symboliques des divers attributs de cette double évolution, dans sa corrélation sans fin avec les forces cosmiques. Dans les solitudes mystérieuses de la montagne – matrice de l’univers – les dieux (puissances) préparent les germes atomiques de la vie organique, et, en même temps, le breuvage de vie qui éveillera dans l’homme-matière, l’homme-esprit. Le soma, le breuvage sacrificiel des Hindous, est cette boisson sacrée. Car lors de la création de la prima materia, tandis que les parties les plus grossières étaient employées pour le monde physique embryonnaire, son essence plus divine pénétrait l’univers, pénétrait invisiblement le nouveau-né et l’enfermait dans ses vagues éthérées, développait et stimulait son activité, au fur et à mesure que, lentement, il sortait de l’éternel chaos.
De cette poésie des conceptions abstraites, les mythes du monde passèrent, graduellement, aux images concrètes des symboles cosmiques, telles que l’archéologie les retrouve aujourd’hui. Le serpent, qui joua un rôle si marqué dans les symboles sacrés des anciens, a été dégradé par l’interprétation absurde de celui du Livre de la Genèse qui en fait un synonyme de Satan, le Prince des Ténèbres, alors qu’il est le plus ingénieux de tous les mythes dans les divers symbolismes. Dans l’un, comme agathodaïmon, il est l’emblème de l’art de guérir et de l’immortalité de l’homme. Il encadre les images de la plupart des dieux de médecine et d’hygiène. La coupe de santé, dans les Mystères Egyptiens, était entourée de serpents. Comme le mal ne peut venir que d’une exagération du bien, le serpent, à d’autres points de vue, devint typique de la matière ; plus elle s’éloigne de sa source spirituelle primitive, plus elle devient sujette au mal. Dans les images égyptiennes les plus anciennes, comme dans les allégories cosmogoniques de Kneph, le serpent mondial, quand il représente la matière, est généralement enfermé dans un cercle gisant droit en travers de son équateur. Il indique ainsi que l’univers de lumière astrale hors duquel a évolué le monde physique, tout en limitant ce dernier, est lui-même limité par Emepht ou la Suprême Cause Primordiale. Phta produisant Ra, et les myriades de formes auxquelles il donne vie sont représentés comme sortant de l’œuf mondial, parce que c’est la forme la plus familière du réceptacle dans lequel se dépose et se développe le germe de tout être vivant. Lorsque le serpent représente l’éternité et l’immortalité, il enferme le monde dans un cercle, en se mordant la queue et n’offrant aucune solution de continuité. Il devient alors la lumière astrale. Les disciples de l’école de Phérécydes enseignaient que l’éther (Zeus ou Zen) est la région la plus élevée de l’empyrée qui renferme le monde supérieur et que sa lumière (astrale) est l’élément primordial concentré.
Telle est l’origine du serpent métamorphosé en Satan dans l’ère Chrétienne. C’est l’Od, l’Ob et l’Aour de Moise et des Cabalistes. Lorsqu’il est à l’état passif, lorsqu’il agit sur ceux qui sont involontairement entraînés dans le courant de sa sphère d’attraction, la lumière astrale est l’Ob ou Python. Moise avait résolu de détruire tous ceux qui, sensibles à son influence, se laissaient entraîner sous la domination facile des êtres vicieux qui se meuvent dans les vagues astrales comme les poissons dans l’eau ; êtres qui nous environnent et que Bulwer-Lytton appelle dans Zanoni, « les gardiens du seuil ». Il devient l’Od dès qu’il est vivifié par l’effluve consciente d’une âme immortelle, parce qu’alors les courants de l’astral agissent sous la direction d’un adepte, d’un esprit pur ou d’un magnétiseur capable, qui est pur lui-même et qui sait diriger les forces aveugles. Dans ces cas-là, même un esprit Planétaire élevé, un des individus de cette classe d’êtres qui n’ont jamais été incarnés (cette hiérarchie compte cependant beaucoup d’êtres ayant vécu sur terre), descend exceptionnellement dans notre sphère et, purifiant l’atmosphère environnante, rend le sujet capable de voir, et ouvre en lui les sources de la véritable prophétie divine. Quant au terme Aoûr, on l’emploie pour désigner certaines propriétés occultes de l’agent universel. Il appartient plus directement au domaine de l’alchimiste et n’offre point d’intérêt pour la généralité du public.
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