Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre V – L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE »
Emepht, le premier et suprême principe, produisit un œuf. En le couvant, et en pénétrant la substance de sa propre essence vivifiante, le germe intérieur se développa et Phtha, le principe actif créateur en procéda et commença son œuvre. Par suite de l’expansion illimitée de la matière cosmique qui s’était formée sous son souffle ou volonté, cette matière cosmique – lumière astrale, æther, brouillard de feu, principe de vie (peu importe le nom qu’on lui donne), ce principe créateur ou loi d’évolution selon le nom que lui donne la philosophie moderne en mettant en mouvement ses puissances latentes, a formé les soleils, les étoiles, les satellites, réglé leur place par l’immuable loi de l’harmonie et les a peuplés « de toutes les formes et qualités de la vie ». Dans les anciennes mythologies orientales, le mythe cosmogonique dit qu’il n’y avait que de l’eau (le père) et du limon prolifique (la mère, Ilus ou Hylé), desquels sortit la matière-serpent mondiale. C’était le dieu Phanès, le révélé, le Mot ou logos. L’empressement avec lequel ce mythe fut accepté, même par les chrétiens qui compilèrent le Nouveau Testament, peut être aisément déduit du fait suivant : Phanès, le dieu révélé est représenté dans ce symbole serpentin comme un protogonos, un être pourvu de têtes d’homme, de faucon ou d’aigle, de taureau – taurus et de lion, avec des ailes de chaque côté. Les têtes se rapportent au Zodiaque et sont les emblèmes des quatre saisons car le serpent mondain est l’année mondiale, tandis que le serpent lui-même est le symbole de Kneph, la divinité cachée ou non révélée – Dieu le Père. Le temps est ailé et c’est pour cela que le serpent est représenté avec des ailes. Si nous rappelons que chacun des quatre évangélistes est représenté comme ayant près de lui un des quatre animaux décrits, groupés ensemble dans le triangle de Salomon, dans le pentacle d’Ezechiel et qu’on les trouve dans les quatre chérubins ou sphinx de l’arche sainte, nous comprendrons, peut-être, le sens occulte de ce symbole et pourquoi les chrétiens primitifs l’ont adopté ; Comment il se fait que les catholiques Romains actuels et les Grecs de l’Eglise d’Orient représentent encore ces animaux dans les tableaux où figurent leurs évangélistes et illustrant quelquefois le texte des Evangiles. Nous comprendrons aussi pourquoi Irenee, évêque de Lyon, a tant insisté sur la nécessité du quatrième évangile ; d’après lui, il ne pouvait pas y en avoir moins de quatre parce qu’il y a quatre zones dans le monde et quatre vents principaux soufflant des quatre points cardinaux (266), etc…
D’après un des mythes Egyptiens, la forme-fantôme de l’île de Chemmis (Chemi, ancienne Egypte), qui flotte sur les vagues éthérées de l’empyrée, fut appelée à l’existence par Horus-Apollon, le dieu soleil qui la fit évoluer de l’œuf du monde.
Dans le poème cosmogonique de Völuspa (le chant de la prophétesse), qui contient les légendes scandinaves de l’aurore même des âges, le germe fantôme de l’univers est représenté couché au fond du Ginnungagap – la coupe d’illusion, un abîme vide et sans bornes. Dans cette matrice du monde, d’abord région de ténèbres et de désolation, Nebelheim (la région des brouillards), tomba un rayon de lumière froide (l’æther) qui déborda de cette coupe et s’y congela. L’Invisible déchaîna alors un vent brûlant qui fit fondre les eaux glacées et dissipa le brouillard. Ces eaux, appelées les fleuves d’Elivâgar, distillées en gouttes vivifiantes, tombèrent pour créer la terre et le géant Ymir qui n’avait que « l’apparence humaine » (principe mâle). Avec lui fut créée la vache Audhumla (267) (principe femelle), du pis de laquelle coulèrent quatre courants de lait (268) qui se répandirent dans l’espace (la lumière astrale dans sa plus pure émanation). La vache Audhumla produit un être supérieur appelé Bur, beau et puissant, en léchant des pierres couvertes de sel minéral.
Or, si nous réfléchissons que ce minerai était universellement considéré par les anciens philosophes comme un des principes essentiels dans la création organique ; que les alchimistes voyaient en lui le dissolvant universel qui, disaient-ils, devait être tiré de l’eau et que tout le monde (la science moderne et les croyances populaires) le considèrent comme un ingrédient indispensable pour l’homme et les animaux, nous nous rendons aisément compte de la sagesse cachée dans cette allégorie de la création de l’homme. Paracelse appelle le sel « le centre de l’eau où les métaux doivent mourir »… etc., et Van Helmont appelle l’Alkahest : « Summum et felicissimum omnium salium », le plus réussi de tous les sels.
Dans l’Evangile selon Mathieu, Jésus dit : « Vous êtes le sel de la terre, mais si le sel a perdu sa saveur, avec quoi faudra-il le saler ? » Poursuivant la parabole, il ajoute : « Vous êtes la lumière du monde, etc.… » (V. 14). C’est plus qu’une allégorie. Ces paroles indiquent une signification directe et sans équivoque relativement aux organismes spirituel et physique de l’homme dans sa double nature. Elles montrent en outre sa connaissance de la « doctrine secrète », dont nous trouvons des traces directes dans les plus anciennes parmi les traditions populaires courantes, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, et dans les ouvrages des mystiques et des philosophes de l’antiquité et du moyen âge.
Mais revenons à la légende de l’Edda. Ymir, le géant, s’endort et transpire abondamment. Cette transpiration fait sortir de son aisselle gauche un homme et une femme, tandis que son pied leur donne un fils. Ainsi, tandis que la « vache » mythique engendre une race d’hommes supérieurs et spirituels, le géant Ymir engendre une race méchante et dépravée : les Hrimthursen, ou géants des glaces. Mettant ces notes en regard des Védas hindous, nous retrouvons la même légende cosmogonique en substance et en détail, avec de légères modifications. Aussitôt que Bhagaveda, le Dieu Suprême a investi Brahma de pouvoirs créateurs, celui-ci produit des êtres animés, complètement spirituels, au début. Les Dejotas, habitants de la région du Surg (céleste), ne sont pas constitués pour vivre sur la terre. Aussi Brahma crée les Daints (géants qui deviennent les habitants des Patals (269) régions inférieures de l’espace), qui eux aussi ne sont pas aptes à habiter Mirtlok (la terre). Pour remédier à cet inconvénient, le pouvoir créateur fait sortir de sa bouche le premier Brahmane qui devient ainsi le progéniteur de notre race. De son bras droit, Brahma crée Raettris, le guerrier, et, du gauche, Shaterany, la femme de Raettris. Puis, leur fils Bais sort du pied droit du créateur et sa femme, Bassany, du gauche. Tandis que, dans la légende scandinave, Bur (le fils de la Vache Audhumla), un être supérieur, épouse Besla, fille de la race dépravée des géants – dans la tradition Hindoue, le premier Brahmane épouse Daintary, fille aussi de la race des géants. Dans la Genèse, nous voyons les fils de Dieu prenant pour femmes les filles des hommes et produisant même les hommes puissants d’autrefois. Sans aucun doute, ces rapprochements de textes établissent une identité d’origine entre le Livre inspiré des Chrétiens et les « fables » païennes de Scandinavie et de l’Hindoustan. Les traditions de presque toutes les autres nations, si on les étudie, donneront un résultat analogue.
Quel est le cosmogoniste moderne qui pourrait condenser un tel monde de pensées dans un symbole aussi simple : Celui du serpent égyptien roulé en cercle ? Nous avons là, dans cet animal, toute la philosophie de l’univers : matière vivifiée par l’esprit, et ces deux évoluant conjointement du chaos (Force) toutes les choses qui devaient être. Pour indiquer que les deux principes sont fortement unis dans cette matière cosmique que symbolise le serpent, les Egyptiens lui font un nœud à la queue.
Il est un autre emblème important, qui, sauf erreur de notre part, n’a jamais attiré, jusqu’ici, l’attention de nos symbolistes ; il a trait à la mue du serpent. Le reptile, ainsi délivré d’une enveloppe grossière qui gênait son corps devenu trop volumineux pour elle, se reprend à vivre avec une activité nouvelle : de même l’homme, en rejetant son corps de matière grossière, entre dans une phase nouvelle de son existence avec des forces accrues et une vitalité plus intense. Par contre, les Cabalistes Chaldéens nous disent que l’homme primitif, en opposition à la théorie darwinienne, était plus pur, plus sage, beaucoup plus spirituel, en un mot d’une nature très supérieure à celle de l’homme actuel de la race adamique. C’est indiqué par les mythes du Bur scandinave, des Déjotas Hindous et des mosaïques « fils de Dieu ». L’homme primitif perdit sa spiritualité et se teinta de matière : C’est alors que, pour la première fois, il reçut un corps charnel. La Genèse a fixé le fait dans ce verset d’une signification profonde : « Pour Adam et pour sa femme le Seigneur Dieu fit des vêtements de peau et les en revêtit (270). » À moins que les commentateurs ne veuillent transformer la Cause Première en un tailleur céleste, ces mots absurdes en apparence, peuvent-ils vouloir dire autre chose ? L’homme spirituel a atteint, par le progrès de l’involution, le point où la matière l’emportant sur l’esprit qu’elle domine, l’a transformé en un homme physique, c’est-à-dire en le deuxième Adam du troisième chapitre de la Genèse.
Cette doctrine cabalistique est beaucoup plus développée dans le Livre de Jasher (271). Au chapitre VII, ces vêtements de peau sont placés par Noé dans l’arche : il les a obtenus par héritage de Mathusalem et d’Enoch qui les tenaient d’Adam et de sa femme. Cham les dérobe à son père Noé, et les donne « en secret » à Cush qui, de son côté, les cache à ses fils et à ses frères pour les donner à Nemrod.
Quelques Cabalistes et même des archéologues disent : « Adam, Enoch et Noé, quant aux apparences extérieures, peuvent avoir été des hommes différents. En réalité, ils étaient la même personne divine (272). » D’autres expliquent que plusieurs Cycles se seraient écoulés entre Adam et Noé. C’est-à-dire que chacun des patriarches antédiluviens figure comme représentant d’une race qui vécut dans une succession de Cycles et que chacune de ces races fut moins spirituelle que sa devancière. Ainsi, Noé, quoique bon, n’aurait pu soutenir la comparaison avec son aïeul Enoch, qui « marcha avec Dieu et ne mourut pas ». D’où l’interprétation allégorique qui attribue à Noé cette tunique de peau, héritage du second Adam et d’Enoch, qu’il n’a point portée lui-même puisque Cham n’aurait alors pas pu la lui soustraire. Mais Noé et ses enfants ont franchi le déluge. Noé appartient à l’ancienne génération antédiluvienne qui était encore spirituelle et bien qu’il ait été choisi dans le genre humain tout entier, en raison de sa pureté, ses enfants étaient post-diluviens. Le vêtement de peau porté par Cush « en secret », c’est-à-dire quand sa nature spirituelle commença à être teintée de matière, est transmis à Nemrod le plus puissant et le plus fort des hommes physiques postérieurs au déluge, le dernier des géants antédiluviens (273).
Lire la suite … partie 8


