L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE » – partie 6

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre V – L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE »

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Le savant Orioli, membre correspondant de l’Institut de France, cite un grand nombre d’exemples montrant les merveilleux effets obtenus par la puissance de la volonté agissant sur l’invisible Protée des mesméristes. « J’ai vu, dit-il, des personnes qui, en prononçant simplement certains mots, arrêtaient net des taureaux furieux, des chevaux lancés à fond de train et des flèches lancées dans les airs ». Thomas Bartholini l’affirme également.

Le baron du Potet écrit : « Lorsque sur le parquet avec de la craie ou du charbon, je trace une certaine figure…, un feu, une lumière s’y fixe…, bientôt il attire à lui l’être qui s’en approche ; Il le détient et le fascine, et c’est inutilement qu’il essaye de franchir la ligne ; Une puissance magique l’oblige à rester immobile. Au bout de quelques instants il succombe, éclatant en sanglots. La cause n’est pas en moi, elle est dans ce signe entièrement cabalistique. C’est en vain que vous emploieriez la violence (261). »

Au cours d’une série d’expériences remarquables faites par Regazzoni à Paris, en présence de certains médecins français bien connus, le 18 mai 1856, une réunion eut lieu le soir. Regazzoni, avec son doigt, traça une ligne cabalistique imaginaire sur le parquet sur laquelle il fit quelques passes rapides. Il avait été convenu que des sujets magnétiques, choisis par les investigateurs et le comité formé pour ces expériences, sujets étrangers, tous, à Regazzoni, seraient amenés les yeux bandés dans la pièce ; ils seraient conduits vers cette ligne, sans qu’un mot soit prononcé qui puisse leur indiquer ce qu’on attendait d’eux. Les sujets avancèrent sans se douter de rien, jusqu’à la barrière invisible et là, « comme si leurs pieds eussent été subitement paralysés et rivés au sol, ils restèrent immobiles sur le parquet, tandis que leur corps, entraîné par l’élan de la marche, tombait en avant. La rigidité instantanée de leurs jambes était celle d’un cadavre et leurs talons étaient cloués, avec une précision mathématique, sur la ligne fatale (262) ! »

Dans une autre expérience, on convint qu’au signal donné par un des médecins, un simple regard, la jeune fille servant de sujet, dont les yeux étaient bandés, serait jetée à terre et comme frappée par la foudre en raison du fluide magnétique émis par la volonté de Regazzoni. Elle fut placée à une certaine distance du magnétiseur, le signal fut donné et, instantanément, le sujet fut précipité à terre, sans qu’un mot eût été prononcé ni un geste ébauché. Involontairement, un des spectateurs avança la main pour la retenir dans sa chute. Mais Regazzoni, d’une voix de stentor lui cria : « Ne la touchez pas, laissez-la tomber ; jamais un sujet magnétisé ne se blesse en tombant. » Des Mousseaux qui raconte le fait dit que « le marbre n’est pas plus rigide que ne l’était le corps du sujet. Sa tête ne porta pas sur le parquet, un de ses bras resta levé en l’air, une de ses, jambes était redressée tandis que l’autre était horizontale. Elle resta dans cette position incommode pendant un temps indéfini. Moins rigide est une statue de bronze (263). »

Tous les résultats annoncés dans les conférences publiques sur le magnétisme étaient obtenus d’une manière parfaite par Regazzoni et toujours sans qu’un seul mot révélât ce que le sujet devait faire. Par un acte silencieux de sa volonté, il produisait les effets les plus surprenants sur le système physique de personnes qui lui étaient totalement inconnues. Des indications murmurées à son oreille par des membres du comité d’enquête étaient immédiatement exécutées par les sujets dont les oreilles étaient bouchées avec du coton et les yeux bandés. Bien plus, dans certains cas, il n’était pas nécessaire d’exprimer ce qu’on désirait au magnétiseur, car les injonctions mentales étaient exécutées avec une parfaite fidélité.

Des expériences d’un caractère analogue furent faites par Regazzoni, en Angleterre, sur des sujets qu’on lui amenait et qu’on plaçait à une distance de trois cents pas. La Jettatura ou mauvais œil n’est autre chose que l’émission de ce fluide invisible, chargé de mauvais vouloir ou de haine, d’une personne à une autre, et lancé avec l’intention de nuire. Il peut être également employé pour le bien ou pour le mal. Dans le premier cas, c’est de la magie ; dans le second, de la sorcellerie.

Qu’est-ce que la VOLONTÉ ? La « science exacte » peut-elle le dire ? Quelle est la nature de cette force intelligente, intangible et puissante qui règne en souveraine sur toute la matière inerte ? La grande Idée Universelle voulut et le cosmos prit naissance. Je veux et mes membres obéissent. Je veux et ma pensée, franchissant l’espace qui n’existe pas pour elle, enveloppe le corps d’un autre individu qui ne fait point partie de moi-même, pénètre par tous ses pores et, dominant ses facultés, si elles sont plus faibles, le force à accomplir un acte déterminé. Elle agit comme le fluide d’une batterie galvanique sur les membres d’un cadavre. Les effets mystérieux de l’attraction et de la répulsion sont les agents inconscients de cette volonté ; la fascination telle qu’elle est exercée par certains animaux, par les serpents sur les oiseaux, notamment, en est une action consciente et le résultat de la pensée. La cire à cacheter, le verre et l’ambre, lorsqu’on les frotte, c’est-à-dire lorsqu’on excite en eux la chaleur latente existant dans chaque substance, attirent des corps légers : ils exercent une volonté inconsciente, car la matière inorganique aussi bien que la matière organique possède en elle une parcelle de la divine essence, si infinitésimalement petite soit-elle. Et comment pourrait-il en être autrement ? Bien qu’au cours de son évolution elle puisse avoir passé, du commencement à la fin, par des millions de formes diverses, elle doit toujours conserver son point germinal de cette matière préexistante qui est la première manifestation et l’émanation de la divinité elle-même.

Qu’est alors cet inexplicable pouvoir d’attraction, sinon une portion atomique de cette essence que les savants et les cabalistes s’accordent à reconnaître pour le « principe de la vie », l’akasa ? Admettons que l’attraction exercée par ces corps soit aveugle ; plus nous nous élevons sur l’échelle des êtres organisés de la nature, plus nous voyons que ce principe de vie développe des attributs et des facultés qui deviennent de plus en plus déterminés et marqués, à chaque échelon de cette échelle infinie. L’homme, le plus parfait des êtres organisés, ici-bas, l’homme chez qui la matière et l’esprit – c’est-à-dire la volonté – sont les plus développés et puissants, est le seul auquel il soit donné d’imprimer unie impulsion consciente à ce principe qui émane de lui. Seul, il est capable de communiquer au fluide magnétique des impulsions opposées et diverses, sans limite aucune, quant à la direction. » Il veut, dit du Potet, et la matière organisée obéit. Elle n’a pas de pôles. »

Le Dr Brierre de Boismont, dans son volume sur les Hallucinations, passe en revue une grande quantité de visions, d’apparitions, d’extases, généralement considérées comme hallucinations. « Nous ne pouvons nier, dit-il, que dans certaines affections morbides, nous constatons une grande surexcitation de la sensibilité qui prête aux sens une prodigieuse acuité de perception. Ainsi, quelques rares individus voient à des distances considérables, d’autres annonceront l’approche d’une personne qui est réellement en route, bien que les personnes présentes ne la voient ni ne l’entendent venir (264). »

Un patient lucide, couché dans son lit, annonce l’arrivée d’une personne qu’il ne peut voir qu’à l’aide de la vision transmurale et cette faculté Brierre de Boismont l’appelle hallucination. Dans notre ignorance, nous avions naïvement supposé, jusqu’à présent, qu’il fallait qu’une vision fût subjective pour qu’on pût raisonnablement la qualifier d’hallucination. Elle ne doit avoir d’existence que dans le cerveau délirant du malade. Mais si ce dernier annonce la visite d’une personne se trouvant à des milles de distance et si cette personne arrive au moment précis annoncé par le voyant, dans ce cas, la vision n’est plus subjective ; elle est, au contraire, parfaitement objective puisqu’il a vu la personne dans l’action de venir. Et comment le malade pourrait-il voir à travers des corps solides et à travers l’espace un objet tout à fait hors de portée pour notre vue mortelle, s’il ne faisait usage, en cette circonstance, de ses yeux spirituels ? Est-ce une coïncidence ?

Cabanis parle de certains désordres nerveux dans lesquels les patients distinguent, à l’œil nu, des infusoires et d’autres êtres microscopiques que d’autres personnes ne pourraient apercevoir qu’avec de puissantes lentilles : « J’ai rencontré, dit-il, des sujets qui voyaient dans une obscurité cimmérienne aussi bien que dans une pièce bien éclairée…, d’autres qui suivaient, comme les chiens, des personnes à la trace et qui, par l’odorat, reconnaissaient des objets leur appartenant ou qui n’avaient été que touchés par elles. Ils faisaient preuve d’un flair constaté, jusqu’ici, uniquement chez les animaux (265). »

C’est ainsi parce que la raison, Cabanis le reconnaît, ne se développe qu’aux dépens de l’instinct naturel. C’est une muraille de Chine s’élevant peu à peu sur le terrain du sophisme, qui finit par fermer les perceptions spirituelles de l’homme dont l’instinct est un exemple des plus importants. Arrivé à un certain degré de prostration physique, lorsque l’esprit et les facultés raisonnantes sont paralysés par l’épuisement du corps, l’instinct, cette unité spirituelle des cinq sens, voit, entend, touche, goûte et sent sans être gêné par le temps ni l’espace. Que connaissons-nous des limites exactes de l’action mentale ? Comment un médecin peut-il prendre sur lui de distinguer le sens imaginaire des sens réels, chez un homme qui vit d’une vie spirituelle, dans un corps tellement privé de sa vitalité usuelle qu’il est incapable d’empêcher son âme de s’échapper de sa prison ?

La lumière divine, à l’aide de laquelle, n’étant plus bornée par la matière, l’âme a la perception des choses passées, présentes et futures, comme si elles se reflétaient dans une glace ; le coup mortel porté dans un moment de violente colère ou dans le paroxysme d’une haine longtemps inassouvie ; la bénédiction d’un cœur reconnaissant ou bienveillant et la malédiction lancée contre un être, coupable ou victime ; tout doit passer par cet agent universel qui, sous l’une de ces impulsions, est le souffle de Dieu et, sous l’autre, le venin du diable. Il a été découvert (?) Par le baron Reichenbach et appelé OD, intentionnellement ou non, nous l’ignorons. Mais il est singulier que le nom choisi soit précisément, un nom mentionné dans les livres les plus anciens de la Cabale.

Nos lecteurs demanderont certainement ce qu’est alors cet invisible tout ? Comment se fait-il que nos méthodes scientifiques, quelque perfectionnées qu’elles soient, n’aient jamais découvert une des propriétés magiques qu’il possède ? À cela nous répondrons que ce n’est pas une raison, parce que nos savants modernes les ignorent, pour qu’il ne possède point toutes les propriétés dont les anciens philosophes l’avaient doté. La science rejette, aujourd’hui, ce que, demain, elle se verra obligée d’accepter. Il y a un peu moins d’un siècle, l’Académie niait l’électricité de Franklin et, aujourd’hui, c’est à peine si on trouve un édifice sans paratonnerre. Tout en chassant sur la lisière du champ, l’Académie ne voit pas le champ lui-même. C’est ce que font souvent nos savants modernes par scepticisme volontaire et par docte ignorance.

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