L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE » – partie 5

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre V – L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE »

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Dans son important ouvrage sur les manifestations mystiques de la nature humaine, le naturaliste et philosophe allemand Maximilien Perty, a consacré un chapitre entier aux formes Modernes de la Magie. Nous lisons dans sa préface : « Les manifestations de la vie magique reposent, en partie, sur un ordre de choses tout autre que celui de la nature avec lequel nous sommes familiers, et qui comporte les idées de temps, d’espace et de causalité. Les possibilités d’expérimentation sont faibles, les manifestations en effet, ne peuvent être provoquées à volonté ; on ne peut que les suivre et les étudier avec soin partout où elles ont lieu en notre présence. Nous ne pouvons que les grouper par analogie sous certaines rubriques distinctes pour être mieux à même d’en déduire les principes généraux et les lois ». Ainsi, pour le professeur Perty, qui appartient évidemment à l’école de Schopenhauer, la possibilité et le caractère naturel des phénomènes qui ont eu lieu en présence de Kavindasami, le fakir, et qui sont décrits par l’Orientaliste Louis Jacolliot, sont pleinement démontrés de ce fait. Le fakir était un homme qui, grâce à l’entier assujettissement de la matière de son organisme corporel avait atteint cet état de purification dans lequel l’esprit est presque entièrement libéré de sa prison (258), et peut produire des merveilles. Sa volonté, que dis-je, un simple désir de sa part devient une force créatrice, et il peut commander aux éléments et aux puissances de la nature. Son corps n’est plus un obstacle pour lui ; aussi peut-il converser « d’esprit à esprit, de souffle à souffle ». Sous ses mains étendues, une graine qu’il n’a jamais vue germera instantanément pénétrera dans le sol et ses bourgeons sortiront. Cette graine, Jacolliot l’avait prise au hasard dans un sac, parmi beaucoup d’autres d’une grande variété, il l’avait semée lui-même, dans un pot, après l’avoir marquée. Se développant en moins de deux heures, la plante acquit une grosseur et une taille qui, dans des circonstances ordinaires, eussent exigé des semaines et des mois. Elle poussa, miraculeusement, à vue d’œil, sous les regards des spectateurs ébahis et bouleversa toutes les formules acceptées en Botanique. Est-ce un miracle ? En aucune façon. S’en est un, peut-être à la rigueur, si nous acceptons cette définition de Webster : un miracle est « tout événement contraire à la constitution et à la marche établies des choses – une déviation des lois connues de la nature« . Mais nos naturalistes sont-ils prêts à démontrer que ce qu’ils ont une fois établi, d’après l’observation, est infaillible ? Ou bien peuvent-ils prouver que toutes les lois de la nature leur sont connues ? Dans le cas présent, le « miracle » est à peine plus marqué que les expériences bien connues du général Pleasanton de Philadelphie. Tandis que la végétation et la maturité de ses vignes étaient activées d’une manière incroyable par la lumière violette artificielle, le fluide magnétique émané des mains du fakir produisait des changements encore plus rapides et plus intenses dans les fonctions vitales des plantes Indiennes. Il ne faisait qu’attirer et condenser l’Akasa ou principe vital sur le germe (259a) (259b). Son magnétisme, obéissant à sa volonté attirait l’Akasa, en un courant concentré qui traversait la plante dans la direction de ses mains. Ainsi s’établissait un courant ininterrompu pendant le temps nécessaire. Son action contraignait le principe vital de la plante à construire cellule après cellule, couche après couche, avec une rapidité de maturation extraordinaire, jusqu’à ce que l’œuvre soit terminée. Le principe vital n’est qu’une force aveugle qui obéit à une influence qui la domine. Dans le cours ordinaire de la nature, le protoplasme de la plante l’eût concentrée et guidée, mais à une vitesse normale. Cette vitesse est réglée par les conditions atmosphériques : elle s’accroît ou se ralentit proportionnellement au degré de lumière, de chaleur et d’humidité de la saison. Mais, le fakir, venant en aide à la nature, avec sa puissante volonté et son esprit purifié du contact de la matière (260), condense, pour ainsi dire, l’essence de la vie de la plante dans son germe et la force à mûrir longtemps avant son heure. Cette force aveugle, entièrement subjuguée et soumise à sa volonté, lui obéit. S’il lui plaît que cette plante soit un monstre, elle le deviendra aussi sûrement qu’elle croît d’une façon normale en temps ordinaire. En effet, l’image concrète, esclave du modèle subjectif esquissé dans l’imagination du fakir est forcée de suivre l’original jusque dans ses moindres détails : De même la main et la brosse du peintre suivent fidèlement l’image qu’ils copient dans son mental. La volonté du fakir magicien donne à la plante une matrice invisible mais parfaitement objective dans laquelle la matière végétale est amenée à se déposer et à prendre la forme voulue. La volonté crée ; car la volonté en mouvement est une force et la force produit la matière.

On pourrait objecter que le fakir était incapable de créer dans son imagination le modèle de la plante, Jacolliot l’ayant laissé dans l’ignorance de la semence choisie pour l’expérience. Nous répondrons que l’esprit de l’homme, comme celui de son Créateur, est omniscient par essence. À l’état normal, le fakir ne pouvait savoir et ne savait pas si la graine était celle d’un melon ou de toute autre plante. Mais, une fois en transe, c’est-à-dire mort corporellement, à toute perception extérieure, l’esprit pour lequel il n’existe ni obstacle matériel ni distance, ni temps, n’éprouve aucune difficulté à voir la graine déposée dans la terre du pot ou réfléchie fidèlement dans le cerveau de Jacolliot. Nos visions, nos présages, et autres phénomènes psychologiques qui, tous existent dans la nature, corroborent ce fait.

Nous ferons peut-être bien de répondre maintenant à une objection possible. Les jongleurs Indiens, nous dit-on, font la même chose et aussi bien que le fakir, s’il faut en croire les journaux et les récits des voyageurs. Cela ne fait pas de doute et cependant ces jongleurs errants ne sont ni purs dans leur manière de vivre ni considérés comme des saints soit par les étrangers soit par leurs concitoyens. D’ordinaire les indigènes les CRAIGNENT et les méprisent car ce sont des sorciers, des hommes pratiquant l’art noir. Alors qu’un saint homme comme Kavindasami n’a pour l’aider que son âme divine, étroitement unie avec l’esprit astral, et quelques pitris familiers (être purs, éthérés, qui se groupent autour de leur frère d’élection incarné), le sorcier ne peut appeler à son aide que cette classe d’esprits que nous appelons des élémentals. Les semblables s’attirent : l’appât de l’argent, des desseins impurs, les vues égoïstes ne peuvent attirer d’autres esprits que ceux bien connus des Cabalistes Hébreux sous le nom de Klippoth, habitants d’Asiah, le quatrième monde. Les magiciens d’Orient les appellent afrits, ou esprits élémentaires de l’erreur, ou deus.

Voici comment un journal anglais décrit le tour étonnant de la croissance des plantes tel qu’il est exécuté par les jongleurs Indiens.

« Un pot de fleurs vide fut alors placé sur le sol par le jongleur. II demanda qu’on permît à ses camarades de lui apporter un peu de terreau provenant d’un petit parterre voisin. La permission accordée, un homme partit et, deux minutes après, revint avec une petite quantité de terre fraîche serrée dans un morceau de tissu. Cette terre fut déposée dans le pot de fleurs et légèrement tassée. Prenant alors dans sa corbeille un noyau sec de mangue, il le fit passer à tous les assistants pour leur permettre de l’examiner et de constater qu’il était bien ce qu’il paraissait être. Le jongleur enleva un peu de la terre du pot, mit le noyau dans le trou ainsi pratiqué, le recouvrit de terre et, après l’avoir légèrement arrosé, il cacha le pot à tous les regards en le recouvrant d’un linge maintenu par une petite tringle. Les voix des opérateurs s’élevèrent en chœur, les tambourins roulèrent et la graine germa. Un moment vint où le voile soulevé de côté laissa voir un bourgeon formé de deux longues feuilles d’un brun foncé. Le linge fut replacé et l’incantation recommença. Peu de temps après, il fut soulevé pour la seconde fois et l’on put voir que les deux feuilles primitives avaient fait place à plusieurs autres de teinte verte et que la plante avait maintenant de neuf à dix pouces de hauteur. Une troisième fois, le feuillage fut plus épais et la tige s’éleva à une hauteur de quatorze pouces. Lorsque le voile fut soulevé pour la quatrième fois, l’arbre en miniature mesurait environ dix-huit pouces de hauteur et dix à douze mangues, de la grosseur d’une noix, pendaient à ses branches. Enfin, après un nouveau délai de trois ou quatre minutes, la toile fut entièrement enlevée et les fruits ayant atteint leur volume parfait, sinon leur maturité, furent cueillis et passés aux spectateurs qui, les ayant goûtés, déclarèrent qu’ils étaient presque mûrs car ils étaient déjà sucrés. »

Nous pouvons ajouter que nous fûmes personnellement témoin de cette expérience en Inde et au Tibet. Plus d’une fois, nous avons fourni nous-même le récipient en vidant une vieille boîte d’extrait Liebig. Nous le remplissions de terre, de nos propres mains, et nous y plantions une petite racine que nous remettait le faiseur de tours. Jusqu’à la fin de l’expérience, nous ne quittions pas des yeux le récipient qui était placé dans notre chambre. Toujours le résultat fut semblable à celui ci-dessus décrit. Imagine-t-on qu’un prestidigitateur serait capable d’exécuter ce tour dans des conditions analogues ?

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