Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre III – L’AVEUGLE CONDUISANT L’AVEUGLE
Un des écrits les plus habiles que nous devions au professeur Tyndall est son mordant essai sur : Martineau et le Matérialisme. C’est en même temps une œuvre que, dans quelques années, l’auteur sans aucun doute ne sera que trop prêt à expurger de certaines grossièretés impardonnables de style. Pour l’instant, néanmoins, nous laisserons ces dernières de côté pour examiner ce qu’il trouve à dire sur le phénomène de la conscience. Il cite cette question de M. Martineau : « Un homme peut dire : Je sens, je pense, j’aime ; mais comment la conscience vient-elle s’immiscer dans le problème ? » Il répond : « Le passage de la physique du cerveau aux faits correspondants de la conscience est impensable. Étant donné qu’une pensée définie et une action moléculaire naissent simultanément dans le cerveau, nous ne possédons ni organe intellectuel ni, apparemment, aucun des rudiments de cet organe qui nous permettrait de passer par un procédé de raisonnement, de l’une à l’autre. Elles se produisent en même temps, mais nous ne savons pas pourquoi. Si nos sens et notre mental étaient assez étendus, fortifiés, éclairés pour que nous puissions voir et sentir les molécules mêmes du cerveau, suivre tous leurs mouvements, leurs groupements, leurs décharges électriques, s’il y en a, et si nous étions intimement au fait des états correspondants de la pensée et du sentiment, nous serions encore aussi loin que jamais de la solution du problème. Comment ces processus physiques sont-ils liés aux faits de conscience ? L’abîme entre les deux classes de phénomènes resterait encore intellectuellement infranchissable (170). »
Cet abîme aussi infranchissable pour Tyndall que le brouillard de feu, quand le savant se trouve face à face avec sa cause inconnaissable, n’est une barrière que pour les hommes dénués d’intuitions spirituelles. Le livre du professeur Buchanan : Esquisses de conférences sur le système neurologique de l’anthropologie, qui remonte à 1854, renferme des suggestions qui, prises en considération par les savants superficiels, leur montreraient comment on peut jeter un pont sur cet effrayant abîme. C’est un de ces greniers où la graine de pensée des récoltes futures est mise en réserve par un présent économe. Mais l’édifice du matérialisme est bâti tout entier sur cette fondation grossière : la raison. Quand ils ont étiré ses possibilités jusqu’à l’extrême limite, ses instructeurs peuvent, tout au plus, nous révéler un univers de molécules animées par une impulsion occulte. On peut déduire le meilleur diagnostic imaginable du mal dont souffrent nos savants de l’analyse par le professeur Tyndall de l’état mental du clergé ultramontain, en changeant très légèrement les noms. Au lieu de « guides spirituels », lisez : « savants » ; au lieu de « passé pré-scientifique », lisez : « présent matérialiste » ; lisez « esprit » au lieu de « science », et, dans le paragraphe suivant, nous avons le vivant portrait du savant moderne, portrait dessiné de main de maître : « … Leurs guides spirituels vivent exclusivement dans le passé pré-scientifique, à tel point que parmi eux, les intelligences vraiment fortes sont réduites à l’atrophie en ce qui concerne la vérité scientifique. Ils ont des yeux et ne voient pas, ils ont des oreilles et n’entendent pas : en effet leurs yeux et leurs oreilles sont prisonniers des visions et des sons d’un autre âge. Par rapport à la science, les cerveaux ultramontains, par manque d’exercice, sont virtuellement des cerveaux non-développés d’enfants. C’est ainsi que, pareils à des enfants en connaissances scientifiques, mais détenteurs puissants d’un pouvoir spirituel parmi les ignorants, ils encouragent et imposent des pratiques telles que le rouge de la honte monte aux joues des plus intelligents d’entre eux (171) ». L’occultiste tend ce miroir à la science pour qu’elle soit à même de se reconnaître.
Depuis que l’histoire a enregistré les premières lois établies par l’homme, il n’y a pas encore eu un peuple dont le Code n’ait pas fait dépendre la vie et la mort de ses citoyens de l’affirmation de deux ou trois témoins dignes de foi. « Sur la déclaration de deux ou trois témoins, que celui qui mérite la mort soit mis à mort » : ainsi parle Moise le premier législateur que nous rencontrons dans l’histoire ancienne (172). « Les lois qui envoient un homme à la mort sur la déposition d’un seul témoin sont fatales à la liberté », dit Montesquieu. « La raison exige qu’il y ait deux témoins (173) ».
Ainsi la valeur de la preuve testimoniale a été tacitement reconnue et acceptée dans tous les pays. Mais les savants, eux, ne veulent point admettre la preuve fondée sur le témoignage d’un million d’hommes contre un seul. C’est en vain que des centaines de milliers d’hommes témoignent des faits. Ils ont des yeux et ne voient pas ! Ils sont déterminés à rester aveugles et sourds. Des démonstrations pratiques répétées durant trente ans et le témoignage de quelques millions de croyants en Amérique et en Europe méritent certainement jusqu’à un certain point le respect et l’attention, alors, surtout, que le verdict de douze spirites qu’influencent les preuves fournies par deux autres témoins quelconques suffit pour envoyer au bagne ou à l’échafaud même un savant, et, peut être – qui sait ? – pour un crime commis sous l’influence d’une commotion des molécules cérébrales non contenue par la conscience d’un CHÂTIMENT moral à venir.
Devant la Science, vue d’ensemble, comme but divin, le monde civilisé tout entier devrait s’incliner avec respect et vénération. Seule, en effet, la Science permet à l’homme de comprendre la Divinité par la juste appréciation de ses œuvres. « La science est la compréhension de la vérité ou des faits, dit Webster, c’est une recherche de la vérité pour elle-même en la poursuite de la connaissance pure ». Si la définition est correcte, alors, en majorité, nos modernes érudits se sont montrés infidèles à leur déesse. « La vérité pour elle-même » ; Mais où faut-il chercher les clefs de chacune des vérités dans la nature, si ce n’est dans le mystère encore inexploré de la psychologie ? Pourquoi faut-il qu’en étudiant la nature, tant de savants fassent un choix parmi les faits et n’étudient que ceux qui cadrent le mieux avec leurs préjugés ?
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