Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre II – PHÉNOMÈNES ET FORCES
Nous concédons aux sceptiques que la moitié et même plus des prétendus phénomènes provient de fraudes plus ou moins habiles. Ce n’est que trop bien prouvé par de récents scandales, surtout en ce qui concerne les médiums « à matérialisations ». On nous en réserve encore d’autres, c’est certain : il en sera de même jusqu’au jour où les preuves seront devenues assez parfaites et les spirites assez raisonnables pour ne pas fournir d’occasions aux médiums ni d’armes à leurs adversaires.
Que doivent penser les spirites sensés de la nature de ces guides angéliques qui après avoir monopolisé, peut-être pendant des années, le temps, la santé et les ressources d’un pauvre médium, l’abandonnent d’un moment à l’autre lorsqu’il a le plus grand besoin de leur secours ? Il n’y a que des créatures sans âme et sans conscience qui puissent se rendre coupables d’une telle injustice. Les conditions ? simple sophisme. À quelle catégorie peuvent bien appartenir de tels esprits qui ne réunissent pas, au besoin, toute une armée d’esprits amis (s’il en existe) pour arracher l’innocent médium à l’abîme ouvert sous ses pas ? Il y eut des cas de ce genre jadis : ils pourraient se reproduire aujourd’hui. Les apparitions ne datent pas du spiritisme moderne, des phénomènes semblables à ceux d’aujourd’hui se sont produits dans chacun des siècles passés. Si les manifestations modernes sont réelles, si ce sont des faits palpables, les prétendus « miracles » et les exploits des thaumaturges de l’antiquité l’étaient aussi. Par contre, si les uns se résument en des fictions dues à la superstition, les autres ne valent pas mieux car ils ne reposent point sur des preuves meilleures.
Mais dans ce torrent toujours grossissant des phénomènes occultes qui déferle d’un bout du monde à l’autre, compte tenu de la fausseté des deux tiers des manifestations, que penser de celles qui sont authentiques sans le moindre doute ? Parmi celles-ci, on peut trouver des communications venant par des médiums non professionnels aussi bien que par des médiums de métier, qui sont sublimes et d’une élévation divine. Souvent, par l’entremise de jeunes enfants, de personnes ignorantes et simples d’esprit, nous recevons des enseignements philosophiques et des préceptes, des oraisons poétiques et inspirées, des productions musicales et des tableaux tout à fait dignes de la réputation des auteurs auxquels on les attribue. Les prophéties se réalisent souvent et leurs incitations morales sont bienfaisantes quoique ce dernier cas soit plus rare. Quels sont ces esprits, quelles sont ces forces et ces intelligences qui sont, évidemment, extérieurs au médium lui-même et qui constituent des entités per se ? Ces intelligences méritent bien ce nom : elles diffèrent autant que le jour de la nuit des fantômes et des lutins qui errent autour des cabinets consacrés aux manifestations physiques.
Il faut avouer que la situation nous semble très grave. Chaque jour davantage, les médiums tombent au pouvoir d’esprits sans principes et mensongers, les effets pernicieux d’un diabolisme apparent se multiplient sans cesse. Quelques-uns des meilleurs médiums délaissent l’estrade publique, se soustraient à son influence et le mouvement tend à se porter du côté de l’église. Nous nous hasardons à prédire que si les spirites ne se mettent pas à l’étude de la philosophie antique afin d’apprendre à distinguer les esprits les uns des autres pour se protéger contre les esprits inférieurs, avant un quart de siècle, ils se réfugieront dans le sein de l’Église Romaine, espérant échapper à ces « guides », à ces « contrôles » qui leur furent si longtemps chers. Les signes précurseurs de cette catastrophe sont déjà visibles. Dans une convention, tenue récemment à Philadelphie, fut agitée la question d’organiser une secte de Spirites chrétiens ! La raison c’est que s’étant séparés de l’église, ces spirites n’ont rien appris touchant la philosophie des phénomènes, ni la nature de leurs esprits : ils sont donc ballottés sur la mer de l’incertitude comme un vaisseau sans compas et sans gouvernail. Ils n’échapperont pas au dilemme ; Ils auront à choisir entre Porphyre et Pie IX.
Beaucoup de vrais savants : Wallace, Crookes, Wagner, Butlerof, Varley, Buchanan, Hare, Reichenbach, Thury, Perty, de Morgan, Hoffmann, Goldschmidt, W. Gregory, Flammarion, Sergeant Cox et tant d’autres, croient fermement aux phénomènes courants, mais beaucoup d’entre eux se refusent à admettre la théorie des esprits désincarnés. Aussi, logiquement, on arrive à la conclusion que si la « Katie King » de Londres, unique quelque chose matérialisé que le respect de la science impose à la croyance publique, n’est pas l’esprit d’un ex-mortel et il faut alors que ce soit l’ombre astrale solidifiée de quelque fantôme Rosicrucien, « fantaisie de superstition », ou alors de quelque force encore inexpliquée de la nature. Que ce soit « un honnête esprit ou un infernal lutin », peu nous importe. En effet, si on peut prouver que son organisme n’est pas composé de matière solide, il faut alors que ce soit « un esprit », une apparition, un souffle. C’est une intelligence agissant en dehors de notre organisme et, par conséquent, elle appartient à quelque race d’êtres existant quoique invisibles. Mais qu’est-ce donc ? Quel est ce quelque chose qui pense, qui parle même, mais qui n’est pas humain ? Qui est impalpable et qui, cependant, n’est pas un esprit désincarné ? Qui simule l’affection, la passion, le remords, la peur, la joie et qui, néanmoins, ne les ressent pas ? Quelle est cette créature hypocrite qui se plaît à tromper l’investigateur sincère et se moque des sentiments humains sacrés ? Car, si la Katie King de M. Crookes ne l’a pas fait, d’autres créatures semblables en sont coupables. Qui sondera ce mystère ? Seul le véritable psychologue. Et où ira-t-il chercher ses manuels si ce n’est sur les rayons négligés des bibliothèques où dorment, dans la poussière, depuis tant d’années, les ouvrages dédaignés des hermétistes et des théurgistes.
Webster (122), sceptique d’alors, ayant attaqué ceux qui croyaient aux phénomènes spirituels et magiques, Henry More, le Platonicien anglais révéré lui répondit : « Au sujet de l’opinion selon laquelle la majeure partie des théologiens réformés soutiendrait que le diable serait apparu sous la forme de Samuel, cette opinion ne vaut pas une réponse. Certes, j’en suis convaincu, dans beaucoup de ces apparitions nécromanciennes, ce sont des esprits trompeurs et non les âmes des défunts qui apparaissent. Cependant, je suis certain que l’âme de Samuel apparut. Tout aussi certain que dans d’autres cas de nécromancie, il s’agit de ce genre d’esprits qui, selon Porphyre, prennent mille formes et apparences diverses, jouent tantôt le rôle de démons, tantôt celui d’anges ou de dieux, tantôt, enfin, celui d’âmes des défunts. Je reconnais qu’un de ces esprits a fort bien pu personnifier Samuel, ce que Webster, quoi qu’il en dise, ne réussit point à établir. Car ses arguments sont étonnamment faibles et creux. »
Lorsqu’un métaphysicien et un philosophe comme Henry More donne un tel témoignage, nous estimons que nous ne nous sommes point trompés. Les investigateurs érudits, hommes fort sceptiques au sujet des esprits, en général, et, particulièrement, au sujet des « esprits humains défunts« , au cours des vingt dernières années, se sont creusé la cervelle pour trouver un nouveau nom à une vieille chose. Ainsi M. Crookes et Sergeant Cox disaient : « force psychique ». Le professeur Thury, de Genève dit : « psychode » ou force ecténique ; le professeur Balfour Stewart : « puissance électro-biologique » ; Faraday, « grand maître en philosophie expérimentale en physique » mais apparemment novice en psychologie se prononce dédaigneusement pour une « action musculaire inconsciente », une « cérébration inconsciente ». Est-ce tout ? Pour Sir William Hamilton, c’est une « pensée latente » ; pour le Dr Carpenter, c’est « le principe idéo-moteur »…, etc… Autant de savants, autant de noms.
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