DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX – partie 5

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 1 – Chapitre I – DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX

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Très peu de Chrétiens comprennent la Théologie judaïque, si tant est qu’ils en sachent quelque chose. Le Talmud est une énigme des plus obscures, même pour la plupart des juifs, et leurs savants qui en comprennent le sens ne font point étalage de leurs connaissances. Les livres cabalistiques des Juifs sont encore moins compris par eux car, de nos jours, il y a plus de Chrétiens que de Juifs cherchant à dégager les grandes vérités contenues dans ces livres. Combien moins encore est connue la Cabale d’Orient, la Cabale universelle ! Les adeptes sont peu nombreux. Héritiers choisis des Sages qui découvrirent « les premiers les vérités astrales brillant sur le grand Shemaia de la science chaldéenne (72), ces adeptes ont résolu l’absolu » et se reposent maintenant de leurs gigantesques labeurs. Ils ne peuvent aller au-delà de ce qu’il est permis aux mortels de savoir sur cette terre et nul, pas même ces élus ne peut franchir la ligne tracée par le doigt de la Divinité même. Des voyageurs ont rencontré ces adeptes sur les bords sacrés du Gange, ils les ont frôlés dans les ruines muettes de Thèbes et dans les mystérieuses chambres désertes de Louxor. Dans ces salles, où sur les voûtes d’or et d’azur des signes bizarres attirent l’attention sans que jamais leur sens secret ait été pénétré par les visiteurs désœuvrés, dans ces salles on a vu les adeptes, mais on les a rarement reconnus ! Des mémoires historiques ont constaté leur présence dans les salons brillamment illuminés de l’aristocratie européenne. On en a rencontré encore dans les plaines arides et désolées du grand Sahara comme dans les cavernes d’Elephanta. On peut en trouver partout, mais ils ne se font connaître qu’à ceux qui ont consacré leur existence à l’étude désintéressée de la vérité, à ceux qui ne retourneront probablement pas en arrière.

Maimonide, le grand théologien et historien Juif qui, à une certaine époque, fut presque déifié par ses concitoyens – et plus tard traité comme un hérétique – remarque que plus le texte du Talmud paraît absurde et vide de sens et plus sa signification secrète est sublime. Ce savant a victorieusement démontré que la magie chaldéenne, la science de Moise et des autres thaumaturges érudits étaient, toutes fondées sur une connaissance étendue de diverses branches, maintenant oubliées, de la science naturelle. Parfaitement au fait des ressources des règnes végétal, animal et minéral, experts en chimie et en physique occultes, psychologues aussi bien que physiologistes, pourquoi s’étonner si les diplômés et les adeptes, instruits dans les sanctuaires mystérieux de temple, pouvaient opérer des merveilles qui, même de nos jours, paraîtraient surnaturelles ? C’est une insulte à la nature humaine que de flétrir la magie et les sciences occultes du nom d’impostures. Croire que pendant tant de milliers d’années une moitié du genre humain a pratiqué le mensonge et la fraude sur l’autre moitié équivaut à dire que la race humaine est presque exclusivement composée de filous et d’idiots incurables. Or, quel est le pays où la magie n’ait pas été pratiquée ? À quelle époque fut-elle entièrement oubliée ?

Dans les documents les plus anciens que nous possédons aujourd’hui, les Védas, et les lois de Manou plus anciennes encore, nous trouvons beaucoup de rites magiques pratiqués et autorisés par les Brahmanes (73). Le Tibet, le Japon et la Chine enseignent aujourd’hui ce qu’enseignaient les Chaldéens dès la plus haute antiquité. Le clergé de ces contrées donne en outre la preuve de ce qu’il enseigne, c’est-à-dire que la pratique de la pureté morale et physique, celle de certaines austérités développent la puissance vitale de l’âme pour sa propre illumination. En permettant à l’homme de se rendre maître de son esprit immortel, cela lui donne les vrais pouvoirs magiques sur les esprits élémentaires qui lui sont inférieurs. En Occident, nous voyons que la magie remonte à une antiquité aussi reculée qu’en Orient. Les Druides de la Grande-Bretagne la pratiquaient dans les cryptes silencieuses de leurs grottes profondes : Pline consacre plusieurs chapitres à la « sagesse » des chefs Celtes (74). Les Druides des Gaules exposaient les sciences spirituelles comme les sciences physiques. Ils enseignaient les secrets de l’univers, la marche harmonieuse des corps célestes, la formation de la terre et, surtout, l’immortalité de l’âme (75). Dans leurs retraites sacrées, académies naturelles, construites par la main de l’Architecte Invisible, les initiés s’assemblaient, à l’heure tranquille de minuit, pour apprendre ce que l’homme fut et ce qu’il deviendra (76). Ils n’avaient nul besoin d’illumination artificielle, de gaz malsain, pour éclairer leurs temples, car la chaste déesse de la nuit projetait ses rayons les plus argentés sur leurs têtes couronnées de feuilles de chêne et les bardes, vêtus de blanc, savaient comment converser avec la reine solitaire de la voûte étoilée (77).

Sur le sol déshérité de ce long passé évanoui, leurs chênes sacrés aujourd’hui desséchés, dépouillés de leur signification par le souffle empoisonné du matérialisme. Mais, pour le chercheur des sciences occultes, leur végétation peut encore être aussi verdoyante, aussi luxuriante, aussi pleine de vérités profondes et sacrées qu’au temps où l’archi-druide opérait des cures magiques et, saisissant la branche du gui symbolique, la séparait du chêne, avec sa faucille d’or. La Magie est aussi ancienne que l’homme.

Il est aussi impossible d’indiquer l’époque de ses débuts que de fixer le jour où le premier homme lui-même vint au monde. Chaque fois qu’un écrivain a voulu rattacher son apparition dans un pays à quelque personnage historique, les recherches ultérieures sont venues le contredire. Odin, le prêtre et monarque scandinave a passé, auprès de beaucoup, pour avoir inauguré les pratiques de la magie, soixante-dix ans environ avant J-C. Mais on a aisément démontré que les rites mystérieux des prêtresses nommées Voïlers, Valas, étaient de beaucoup antérieures à cette époque (78).

Quelques auteurs modernes se sont attachés à prouver que Zoroastre fut le fondateur de la magie parce qu’il fut le fondateur de la religion des Mages. Ammien Marcellin, Arnobe, Pline et d’autres historiens anciens démontrent péremptoirement qu’il ne fut qu’un réformateur de la magie pratiquée par les Chaldéens et les Égyptiens (79).

Les plus grands professeurs de théologie s’accordent pour reconnaître que tous les livres anciens furent écrits symboliquement et dans un langage intelligible aux seuls initiés. L’esquisse biographique d’Apollonius de Tyane nous en fournit un exemple. Comme tout cabaliste le sait, elle embrasse l’ensemble de la philosophie hermétique et forme, à bien des points de vue, la contrepartie des traditions que nous a laissées le roi Salomon. On dirait un conte de fées. C’est ainsi que, parfois, les faits et les événements historiques sont présentés au monde sous les vives couleurs d’une fiction comme c’est aussi le cas pour Salomon. Le voyage dans l’Inde représente allégoriquement les épreuves d’un néophyte. Ses longs entretiens avec les Brahmanes, leurs sages conseils et les dialogues avec le Corinthien Menippe, interprétés comme il convient, reproduiraient le catéchisme ésotérique. Sa visite à l’empire des sages, son entrevue avec le roi Hiarchas, l’oracle d’Amphyaraus, expliquent d’une manière symbolique beaucoup des dogmes secrets d’Hermès. Bien compris, ils nous ouvriraient, quelques-uns des secrets les plus importants de la nature. Eliphas Levi signale la grande ressemblance existant entre le roi Hiarchas et le fabuleux Hiram de qui Salomon obtint les cèdres du Liban et l’or d’Ophir. Nous voudrions bien savoir si les franc-maçons modernes, même « les Grands Conférenciers » et les plus intelligents artisans des loges importantes, comprennent qui était cet Hiram dont ils complotent entre eux de venger la mort ?

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