Suprême Joyau de Sagesse – versets 301 à 330

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  1. Il est d’autres obstacles pouvant être regardés comme des causes de l’existence de l’homme dans un corps. Le premier est la modification appelée ahankara (égotisme).
  2. Tant qu’un homme est lié au misérable ahankara, on ne peut voir en lui le moindre indice de mukti (émancipation finale) ; c’est une chose qui lui est tout-à-fait étrangère.
  3. Celui qui a échappé aux dents féroces de l’ahankara, atteint la forme essentielle qui est illuminée en soi, pure comme un rayon de lune, partout présente, félicité éternelle.
  4. Celui qui égaré par l’ignorance ne possède pas cette ferme conviction : « Je » (le réel soi) suis Lui (le Logos) obtiendra la connaissance de l’identité de Brahm avec Atma, par la complète destruction de l’ignorance.
  5. L’océan de suprême félicité est gardé par le puissant et terrible serpent ahankara qui, de ses trois têtes, les gunas, enveloppe le soi. Quand l’homme sage aura coupé ces trois têtes et détruit le serpent, avec la grande épée de la connaissance spirituelle, il sera apte à goûter la joie de l’océan de délices.
  6. Lorsque dans le corps reste la moindre trace de poison, la maladie n’est pas détruite. Il en est de même pour l’ascète (le yogi), il ne peut atteindre mukti, tant que en lui subsistera l’égotisme.
  7. La cessation complète de l’égotisme a pour conséquence l’extinction de toutes ses manifestations trompeuses ; cette vérité essentielle, « Je suis Cela », est alors réalisée par la connaissance du réel soi.
  8. Abandonne sans délai la notion qui lie le Je à l’ahankara, qui est cause des changements, qui expérimente les conséquences de karma, et qui détruit le repos au sein du soi réel. C’est à cette conception erronée qui attribue une chose à une autre (comme de prendre ahankara pour le soi réel) qu’est due l’existence dans un corps, – la naissance, la mort, la vieillesse et tous les tourments qui t’accablent, toi, le reflet du Logos, qui est conscience et félicité.
  9. Il n’est pas d’autre cause à cette existence changeante qui est la tienne, toi, reflet de chidatma (Logos) – lui-même félicité immuable, et dont la seule forme est une réalité d’inaltérable gloire, – que cette conception erronée qui fait prendre l’ahankara pour le vrai soi.
  10. Voilà pourquoi, ayant abattu avec la grande épée de la réelle connaissance cet ahankara, l’ennemi du vrai soi, ayant perçu qu’il est ce qu’est une épine dans la gorge de celui qui a besoin de nourriture, goûte à cœur joie la félicité manifeste que l’on trouve là où règne le soi.
  11. Ayant ainsi mis fin aux fonctions de ahankara, étant, par l’acquisition de l’objet suprême, devenu libre de tout attachement, sois heureux dans la jouissance de la félicité spirituelle, et reste silencieux en Brahm, perdant toute conscience de séparativité et atteignant l’omniprésent logos.
  12. Alors même que le grand ahankara semble coupé jusque dans ses racines, il revient à la vie, si il est réveillé, ne serait-ce qu’un instant, par le mental ; il causera alors de nombreuses perturbations, comme l’orage bouleversant les nuages au moment de la pluie.
  13. Lorsque l’ennemi ahankara a été dominé on ne doit lui laisser aucun répit par le retour aux réflexions sur les objets ; ce répit le ranimerait, de même que l’eau rend la vie au tilleul desséché.
  14. Puisque celui qui désire n’a d’existence que par la notion que le corps est l’ego, comment pourrait-il être le créateur du désir, qui est ainsi différent de lui ? L’asservissement à la recherche des objets, est cause de l’esclavage, par l’attrait de la diversité.
  15. Il a été observé que l’accroissement du mobile, entraîne la croissance du germe de l’existence transitoire, la destruction de l’un conduit à celle de l’autre ; c’est donc le mobile qui doit être annihilé.
  16. Par la puissance de vasana (46), karya (les actions) s’accumulent, et par l’accumulation de karya, vasana grandit, perpétuant ainsi et en toute manière, la vie changeante de l’ego.
  17. L’ascète doit consumer jusqu’à l’extinction, vasana et karya afin de rompre les liens qui l’attachent à l’existence transitoire. La croissance de vasana est due aux pensées et aux actions extérieures.
  18. Vasana nourri par la pensée et par l’action, produit la vie transitoire de l’ego. Qu’en toute circonstance la destruction de ces obstacles soit ton unique but.
  19. En tout lieu et de toute manière, regardant toute chose comme Brahm, fortifiant en toi la perception de l’unique réalité, ces obstacles disparaîtront.
  20. De l’extinction de l’activité (47) découle l’extinction de l’anxiété mentale, et celle-ci produit la destruction de vasana. L’extinction finale de vasana est la libération, on l’appelle aussi jivan mukti.
  21. De même que l’obscurité disparaît sous la lumière du soleil suprême, vasana s’évanouit par rapport à ahankara et autres, quand l’aspiration vers la réalité se manifeste dans toute sa plénitude.
  22. Comme au lever du soleil, l’obscurité et les effets qui en proviennent – ce tissu de douleurs – n’existent plus, ainsi la réalisation de l’absolue félicité détruit l’esclavage et jusqu’à la moindre trace de souffrance.
  23. T’élevant au-dessus de tous les objets perceptibles, réalisant la seule vérité qui est pleine de félicité, contrôlant les organes externes et internes, ainsi dois-tu passer les instants de ta vie, tant que tu restes soumis à l’esclavage de karma.
  24. La dévotion à Brahma n’admet pas de négligence ; le fils (48) de Brahma a dit que la négligence c’est la mort.
  25. Pour le sage il n’y a d’autre danger que la négligence à l’égard de la forme réelle du soi. C’est de cette négligence que naît l’illusion, de l’illusion découle ahankara, de ahankara l’esclavage, et de l’esclavage la douleur.
  26. L’oubli de son véritable soi jette dans l’océan des naissances et des morts jusqu’à l’homme instruit que les objets des sens attirent ; son intelligence est alors égarée comme celle d’une femme qui abandonne son amant.
  27. La mousse, qui couvre une nappe d’eau n’y est pas fixée puisqu’elle s’écarte dès qu’elle est repoussée, ainsi (maya) l’illusion voile même l’homme instruit, qui se détourne du soi réel, dont il perd le souvenir.
  28. Si l’ego pensant perd de vue son objet et s’en laisse distraire, même légèrement, il s’écarte de la bonne direction, comme fait une balle négligemment jetée sur les marches d’un escalier.
  29. L’intellect dirigé vers les objets des sens distingue leurs qualités, il est ainsi attiré par eux ; de là naît le désir, et du désir résulte l’action humaine (49).
  30. De là vient la séparation du réel soi et celui qui est ainsi séparé rétrograde. On ne voit jamais remonter celui qui tombe, car sa chute le détruit.

Versets suivants: 331 à 360

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji
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