Suprême Joyau de Sagesse – versets 211 à 240

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  1. La manifestation principale de l’enveloppe Anandamaya est produite dans le sommeil sans rêve. Dans les états de veille et de rêve, elle s’exprime partiellement à la vue des objets agréables.
  2. L’enveloppe Anandamaya n’est pas davantage Paratma (le Logos) le suprême esprit, car elle subit des conditions. Elle est une modification de Prakriti, un effet et la somme totale des conséquences de toutes les bonnes actions.
  3. Selon les Védas et par déduction logique, l’atma est ce qui demeure après la suppression des cinq enveloppes. Il est le témoin et la connaissance absolue.
  4. Cet atma est la lumière en soi, et est différent des cinq enveloppes ; il est le témoin des trois états (la veille, le rêve et le sommeil sans rêve) ; il est sans tache et immuable, félicité éternelle, c’est ainsi que le savant Brahman doit le comprendre.

          L’élève dit :

  1. Quand les cinq enveloppes sont supprimées, à cause de leur non réalité, je ne vois pas, Ô Maître, qu’il demeure autre chose que l’universelle négation. Que reste-t-il alors qui puisse être connu par le savant Brahman, comme ego et non-ego ?

          Le Maître dit :

  1. Ô homme sage, ta parole est juste, tu es habile dans le discernement, atma est ce qui est exempt de toutes choses changeantes telle que l’égotisme, etc.
  2. Cela qui connaît toute chose, cela qui n’est connu par rien, – avec une intelligence subtile, comprends que ce connaisseur, c’est l’atma.
  3. Quiconque connaît une chose est le témoin de cette chose. Quand il s’agit d’un objet qui n’est perçu par personne, la qualité de témoin ne peut être postulé par aucun.
  4. Le fait d’être soi-même le témoin est connu de soi-même. Pratyagatma (le Logos) est donc lui-même le témoin, non un autre.
  5. La manifestation de Pratyagatma est identique dans les états de veille, de rêve et de sommeil sans rêve ; elle est l’unique témoignage intérieur de la soi-conscience en tous les egos ; le témoin de toutes formes et modifications telles que l’égotisme, l’intelligence etc ; elle se présente comme chidatma (le soi réel) et l’éternelle félicité. Tout cela identifie-le dans ton cœur avec Pratyagatma.
  6. Le fou qui voit l’image du soleil dans l’eau contenue dans la cruche, pense que c’est là le soleil ; c’est ainsi que l’homme ignorant, voyant le reflet du Logos dans chaque upadhi (véhicule) le prend pour le soi réel.
  7. Le sage tourne le regard vers le soleil et non vers la cruche l’eau, ou l’image qui s’y reflète ; de même il contemple le rayonnant Pratyagatma qui brille dans les trois upadhis, sans pour cela prendre part à leurs fonctions.

223-224. C’est ainsi que l’individu se détournant du corps, de l’intellect et de la réflexion du jiva (ego) ne commet plus de péché, met fin à la passion et à la mort par la connaissance du radieux atma, qui est lui-même le voyant, le connaisseur éternel, différent de la réalité comme de la non-réalité, éternel, omniprésent, suprêmement subtil, dépourvu de toute qualification interne ou externe, l’unique, résidant dans le centre de sagesse.

  1. Le sage (qui, le connaissant, devient Pratyagatma), est libéré de la douleur et rempli de félicité. Il est sans crainte. Il n’est pas d’autre voie, pour celui qui désire être libéré de l’esclavage de la vie conditionnée, que la connaissance du vrai soi.
  2. La réalisation de l’unité de Brahm libère de l’existence conditionnée ; par elle, le sage atteint l’unique Brahm qui est la félicité.
  3. Le sage devenu Brahm, ne retourne plus à l’existence conditionnée ; en conséquence, l’unité du soi avec Brahm doit être parfaitement reconnue.
  4. Brahm qui est vérité, connaissance et éternité, le suprême, le pur, l’existence, la félicité éternellement semblable, le toujours suprême.
  5. Parce qu’il n’y a d’autre existence que la sienne, Brahm est la vérité, le suprême, l’être unique ; quand la suprême vérité est pleinement réalisée, rien autre ne subsiste.
  6. En raison de notre ignorance cet univers nous apparaît multiforme, mais en réalité tout cela est Brahm, qui demeure quand tous les états imparfaits du mental ont été rejetés.
  7. Le pot de terre qui est un effet (38) de la terre, n’est pas différent d’elle, sa nature essentielle reste toujours la terre. La forme du pot de terre n’a pas d’existence indépendante, elle représente seulement un nom créé par illusion (39).
  8. Nul ne peut voir un pot de terre existant par lui-même et distinct de la terre ; le pot de terre est donc imaginé par illusion, la terre seule est essentiellement réelle.
  9. Toutes les choses produites par Brahm qui est réalité sont réelles aussi, et rien n’est différent de lui. Quiconque dit le contraire est aveuglé par l’illusion et ressemble à un homme qui parle lorsqu’il est endormi.
  10. Brahm est cet univers – telle est la maxime posée par l’excellent sruti de l’Atharva Veda. C’est pourquoi tout ce qui constitue cet univers n’est autre que Brahm ; ce qui est considéré comme séparé de lui n’a pas d’existence.
  11. Si cet univers est une réalité, alors l’atma est limité, les Védas sont sans autorité, et la véracité peut être refusée à Ishwara (le Logos). Cela, les grandes âmes ne sauraient l’accepter.
  12. Le Seigneur, le connaisseur de tout objets en leur réalité, a déclaré « Je ne dépends pas de ces manifestations phénoménales, elles ne sont pas en moi. »
  13. Si cet univers était une réalité, il devrait être perçu dans le sommeil sans rêve. Puisque dans cet état rien n’est perçu, l’univers est aussi irréel qu’un rêve.
  14. Il n’y a donc pas une existence réelle de l’univers distincte de Paratma, sa perception séparée est aussi illusoire que l’erreur qui fait prendre une corde pour un serpent. Quelle réalité peut-il y avoir dans ce qui n’est manifesté que par l’ignorance ?
  15. Tout ce qui est perçu dans l’erreur par une personne ignorante n’est rien autre que Brahm ; l’argent n’était en réalité que de la nacre (40). C’est ainsi que partout et toujours Brahm est revêtu de formes qui ne sont que des noms attribués à Brahm.
  16. C’est pourquoi le suprême Brahm est l’unique réalité, sans second ; il est la pure sagesse, l’immaculée, l’absolue paix, sans commencement ni fin : il n’agit pas, et il est l’essence d’une incessante félicité.

Versets suivants: 241 à 270

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji
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