- Le manas ayant obscurci la conscience absolue qui est dépourvue d’attachement, acquiert la notion de « moi » et du « mien » ; grâce à l’attrait du corps, des organes et de la vie il vagabonde sans cesse, jouissant du fruit de ses actions.
- Par l’attribution des qualités de atma à ce qui n’est pas atma la série des incarnations est créée par manas ; c’est lui qui dans l’homme privé de discernement et corrompu par rajas et tamas, est la cause primitive des naissances, souffrances, etc…
- C’est pourquoi l’homme instruit qui a vu la vérité, appelle manas : avidya, ce par quoi l’univers est mis en mouvement, comme le sont les nuages par le vent.
- Parce qu’il en est ainsi, celui qui désire se libérer doit s’efforcer de purifier manas. Quand il a atteint la pureté, la libération est proche.
- Animé du désir unique pour la libération, ayant déraciné jusqu’au moindre attachement envers les objets et acquis le renoncement de tout intérêt personnel dans l’action, celui qui s’est donné à l’étude (sravana) et dont le cœur pur est plein de dévotion, détruit la passion attachée au mental.
- L’enveloppe manomaya, elle-même, n’est pas le suprême ego parce qu’elle a un commencement et une fin, qu’elle est douée d’une nature modifiable, que sa caractéristique est de procurer la souffrance, et que son état est objectif. L’ego n’est pas vu par ce qui est soi-même visible (ou objectif), car il est le voyant (ou le sujet).
- Buddhi avec ses fonctions, se combinant avec les organes de perception, devient l’enveloppe vignanamaya, dont la caractéristique est l’action, cause de la roue des naissances et des morts.
- La modification de prakriti, jointe au pouvoir qui accompagne chita pratibimba (jiva ou monade) est appelée vignanamaya l’atma, et possède les facultés de connaissance et d’action (32). Sa fonction est de spécialiser en tant qu’ego, le corps, les organes, etc…
- Cet ego qui n’a pas de commencement dans le temps, est le jiva ou monade. Il est le guide de toute action, gouverné par les désirs antérieurs, il produit les actes bons ou mauvais avec leurs conséquences.
- Il recueille les expériences dans sa course errante, à travers divers stades d’incarnation (33), allant et venant, montant et descendant (34). C’est à ce vignanamaya qu’appartiennent le plaisir et la souffrance, inhérents aux états de veille, de rêve, etc…
- Suprêmement illuminé par la lumière du Logos, à cause de son intime proximité avec Paratma (le Logos), l’enveloppe vignanamaya qui produit la différence entre « moi » et « le mien », ainsi que toutes les actions qui appartiennent aux différents stages de la vie et de ses conditions, devient l’upadhi de Jiva (sa base objective), lorsque celui-ci, par ignorance, passe d’une existence à une autre.
- Ce Jiva vêtu de l’enveloppe vignânamaya, brille dans les souffles vitaux (les courants subtils du sukshmasarira) et dans le cœur (35). Agissant sur Kuthastha (mulaprakriti) et se manifestant dans cet upadhi, il semble être l’acteur et le jouisseur.
- Étant limité par buddhi (l’intellect), l’atma quoique pénétrant toute chose, apparaît, par l’effet du principe créateur d’illusion (l’ego), différent des autres objets, telle la cruche de terre apparaît différente de la terre.
- Parce que Paramatma est uni à une base objective, il semble partager les attributs de cet upadhi, tel le feu, qui sans forme, semble partager celle du fer auquel il est inhérent. L’atma est par sa nature même essentiellement immuable.
L’élève dit :
- Que ce soit par ignorance ou par tout autre cause, l’atma apparaît invariablement comme Jiva (la plus haute partie du cinquième principe) ; cet upadhi n’ayant pas de commencement, sa fin ne peut être imaginée.
- Il semble donc que la liaison d’atma avec jiva soit interminable et que leur vie dans la forme conditionnée, demeure éternellement. Dis-moi alors, Ô Maître béni, comment peut-il y avoir libération.
L’Instructeur béni dit :
- Ô homme sage, tu as fait une juste demande. Ecoute maintenant avec soin. – Les fantaisies illusoires qui naissent de l’erreur ne sont pas concluantes.
- En vérité, l’atma, l’indépendant, l’inactif, le sans forme, ne peut, sans erreur, être considéré comme associé aux objets, de même que la couleur bleue n’est attribuée au ciel qu’en raison de notre vision limitée.
- Le voyant du soi (pratyagatma) étant inactif, sans attributs, est connaissance et félicité. C’est par l’erreur dont buddhi est la cause qu’il apparaît comme conditionné (lié à jiva), mais il n’en est pas ainsi. Quand cette erreur est dissipée, le lien n’existe plus ; sa nature est donc irréelle.
- Aussi longtemps que dure cette erreur, le lien avec jiva, créé par la fausse connaissance existe ; c’est ainsi que l’illusion produite par la croyance que la corde est un serpent, persiste seulement durant la période d’erreur. Dès que l’erreur est détruite, il n’y a plus de serpent.
201-202. L’ignorance est sans commencement, il en est de même de ses effets ; mais quand la connaissance se fait jour, l’ignorance est entièrement détruite ; telle la vie de rêve à l’heure du réveil. Etant assimilable à pragabhava (36) il est clair que l’ignorance, quoique sans commencement, n’est pas éternelle.
203-204. Ainsi le lien d’atma avec jiva qui a pour base buddhi, quoique n’ayant pas de commencement peut être regardé comme ayant une fin. Ce lien est donc sans existence, et l’atma est entièrement différent de jiva, dans sa nature et dans ses attributs. Le lien entre atma et jiva (l’intellect) est établi sur une fausse connaissance.
- Cette union ne peut être brisée que par la connaissance véritable, non autrement. La connaissance du fait que Brahm (la cause première) et atma ne sont qu’un et le même, est la connaissance véritable en accord avec les Védas.
- Cette connaissance ne peut être acquise que par le discernement parfait entre l’ego et le non-ego ; après cela le discernement doit être exercé entre pratyagatma (le Logos) et sadatma (l’ego).
207-208. Comme l’eau la plus bourbeuse paraît claire lorsque la boue a disparu, ainsi le pratyagatma brille dans sa pure lumière lorsque sadatma (l’ego) est débarrassé de asat (37), l’irréalité. Le Logos doit être séparé de sadatma et de tout ce qui appartient au soi irréel.
- Le Paratma (le Logos) n’est donc pas ce qui est appelé le vignanamaya. En raison de son caractère changeant, indépendant et matériel, aussi bien qu’objectif et sujet à erreur, l’enveloppe vignanamoya ne peut être regardée comme éternelle.
- L’enveloppe Anandamaya est la réflexion de la félicité absolue, elle n’est pas cependant libérée de l’ignorance. Ses conséquences sont le plaisir avec tout ce qui lui est semblable, par elle les plus hautes affections sont réalisées (en swarga). Cette enveloppe dont l’existence dépend des actions vertueuses, se manifeste sans effort comme Anandamaya (c’est-à-dire comme la conséquence nécessaire d’une bonne vie), chez l’homme de bien qui jouit des fruits de son propre mérite.
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji


