LE CHRIST

Un grand nombre de ceux à qui nous envoyons les présentes leçons sont incapables d’obtenir les livres qui contiennent nos explications sur la sagesse ancienne. En conséquence, un bon nombre de nos allusions demeurent obscures pour eux. Cela est spécialement vrai de ceux qui se trouvaient auparavant sous la tutelle d’une Église moderne, et qui, bien que révérant et aimant toujours la personne et le caractère de Jésus, ne savent pas vraiment, avec leurs nouvelles convictions, où le placer dans l’échelle humaine, ou encore sont enclins à le mettre au même niveau que les autres hommes.

Chaque ère a son Christ ou son Sauveur, qui peut apparaître dans différentes conditions, et dans un ou plusieurs corps humains. Le mot « ère » ne doit pas être entendu comme signifiant quelques centaines d’années, car l’ère en question comprend plusieurs millénaires.

Dans les stances d’ouverture du troisième chapitre du volume 1 de La Doctrine Secrète1, on trouve les mots suivants : « Les trois tombent dans les quatre. » Cette phrase contient le secret de la manifestation des Sauveurs de tous les temps. Qu’il soit question de la Trinité « Père-Mère-Fils », Atma-Buddhi-Manas2 », « Matière-Force-Conscience », « Désir-Volonté-Sagesse », ou « Corps-Âme-Esprit » est sans importance, parce qu’en dernière analyse, ils sont tous Un, et ce « Un fait de Trois » est l’absolu, la vie et l’être de tout ce qui se manifeste sur tous les plans du Cosmos. Il faut donc considérer que les membres de ces divers trios sont interchangeables, même si chacun d’eux est complet en lui-même lorsqu’il est seul. Et celui des trois aspects (ou personnes, comme l’enseigne l’Église) qui se manifeste dans le temps ou dans l’éternité, se manifeste à la perfection, c’est-à-dire avec tous les attributs des deux autres.

Cette manifestation de vie et d’être à trois volets est « éternelle dans les Cieux ». Elle a toujours été et sera toujours dans l’état de conscience communément appelé nirvana ou paradis. Il est inconcevable de penser que cette manifestation puisse détacher une partie d’elle-même, car c’est une unité, c’est le Dieu.

Il n’y a pas de mots justes pour décrire l’incarnation de ce Dieu dans la matière, car la matière n’existait pas avant son incarnation. Le processus peut se comprendre par analogie avec le principe de l’ombre. Les Trois, c’est-à-dire les Trois en Un, ont créé toute substance et toute matière, et sont devenus toute Substance et toute Matière, par un processus semblable à la projection d’une ombre sur un plan physique. Ils ont projeté leur pensée créatrice dans une forme et une substance temporaires. Cette substance possède tous les attributs (à un degré moindre ou modifié) de ses créateurs.

Pour projeter une ombre, une forme doit passer entre la lumière du Soleil et la Terre. Le Soleil, le corps et la Terre constituent trois classes, c’est à dire trois différents taux de vibration de la matière. Ce sont les agents créateurs de l’ombre. Ils correspondent à trois agents et attributs différents des trois grands feux créateurs, représentés par la Trinité déjà mentionnée.

Afin de vous aider, vous qui avez du mal à comprendre l’unité dans la diversité, nous prendrons un aspect de la Trinité – le Fils, qui doit aussi être considéré comme la Substance Cosmique ou Matière au sein de la Trinité « Matière-Force-Conscience », comme le Corps, au sein de la Trinité « Corps-Âme-Esprit », comme Manas dans « Manas-Buddhi-Atma ». Cet aspect du Fils est le Christ, le Sauveur, l’Ange de lumière qui est tombé du ciel et s’est incarné, non pas à cause du mal, mais pour réaliser le désir, ou la volonté du principe Père, qui était la création de la matière, son évolution et son salut final.

Tous les atomes de matière manifestée possèdent ce principe, et donc tous les êtres humains le possèdent aussi. Le principe demeure toutefois latent jusqu’à ce qu’il soit évoqué et développé. Seuls les instincts supérieurs de l’âme peuvent le faire s’épanouir. Par conséquent, bien que nous soyons tous des sauveurs en puissance, il n’y en a qu’un dans chaque ère qui est capable de développer l’amour, la résistance et l’abnégation nécessaires pour remplir une fonction si élevée. Il devient en effet le « Frère Aîné » de la race et de l’ère auxquels il appartient.

Dans l’Évangile selon saint Jean, chapitre 17, verset 21, on trouve les mots suivants : « […] afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » L’espoir exprimé dans ce beau passage occulte montre clairement que Jésus croyait à une involution ultime de la matière, qui se produirait dans l’ordre inverse de l’évolution qui l’avait conduite au point où l’involution était devenue possible.

Une grande partie de la controverse qui oppose la science à la religion et les diverses religions les unes aux autres est due au fait qu’une des parties en cause refuse de considérer avec impartialité les points qu’elle conteste dans la philosophie de l’autre. Le chrétien ignorant s’imagine que Jésus va perdre de son importance et de sa puissance s’il est considéré du point de vue courant d’une monade3 en évolution, comme celles qui se trouvent à l’origine de la vie sur Terre. Pourtant, on fait souvent référence à Jésus, dans des travaux ecclésiastiques, comme « le premier-né au sein de nombreux frères ». S’il est frère du reste de la race humaine, il a certainement été sujet aux lois normales de l’évolution. Nous ne désirons pas rejeter la divinité de Jésus – nous voulons seulement montrer l’origine commune de la divinité chez tous les hommes.

1 N.D.É. Une des œuvres de H.P. Blavatsky.

2 N.D.É. Atma : La monade divine, l’âme divine en l’homme. Buddhi : L’âme universelle, l’âme spirituelle de l’homme. Manas : L’esprit, l’intellect.

3 N.D.É. Monade : Partie immortelle de l’homme, qui évolue à travers ses réincarnations. Aussi appelée « Individualité », ou « Ego supérieur ».

HILARION - Temple 1 - Leçon 5
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