- Si la suprême vérité demeure inconnue, l’étude des Écritures est infructueuse, et lorsque la suprême vérité est connue l’étude des Écritures est inutile (l’étude de la lettre est sans effet, c’est par l’intuition que l’esprit doit être trouvé.)
- Dans un labyrinthe de mots le mental est perdu, comme l’homme au sein d’une épaisse forêt ; c’est pourquoi, avec grand effort on doit apprendre la vérité concernant soi-même, de celui qui sait la vérité.
- De quel usage sont les Védas, pour celui qui a été mordu par le serpent de l’ignorance ? À quoi servent les Écritures, les incantations, et tous les remèdes, lorsque la connaissance suprême est absente ?
- La maladie n’est pas guérie en prononçant le nom du remède sans le prendre ; la libération n’est pas obtenue, par la prononciation du mot Brahm, sans une perception directe.
- Sans la dissolution du monde des objets, sans la connaissance de la vérité spirituelle, la libération pourrait-elle être trouvée dans de simples paroles externes, qui sont sans résultat, en dehors de leur articulation ?
- Sans triompher des ennemis, sans posséder les richesses d’un vaste pays, par ces simples mots : « Je suis roi », on ne peut le devenir.
- Le trésor caché n’apparaît pas au simple commandement « sors », mais s’appuyant sur des informations dignes de foi, il faut creuser la terre et remuer les pierres. De même la pure vérité qui dépasse l’opération de maya, (maya signifiant ici la force d’évolution) n’est pas obtenue par de simples conclusions illogiques ; elle ne l’est pas sans l’instruction de ceux qui connaissent le suprême, sans méditation, réflexion, etc.
- Par conséquent, l’homme sage s’efforcera de se libérer des liens de l’existence conditionnée, tel un malade, qui par tous les moyens cherche à guérir son mal.
- L’excellente question que tu m’as soumise, devrait être posée par tous ceux qui désirent la libération. Comme un sage aphorisme, elle est en accord avec les Écritures, elle est brève, et remplie de signification profonde.
- Écoute attentivement, ô homme sage, la réponse que je vais te faire, car en l’écoutant, tu seras vraiment libéré de l’esclavage de l’existence conditionnée.
- La cause principale de libération est, dit-on, trouvée, dans le détachement complet du mental, des objets transitoires ; puis vient l’acquisition de sama, dama, titiksha, et un entier renoncement à tout karma (actes religieux et autres, tendant à acquérir un objet de désir personnel).
- Alors, le sage étudiant se consacrera journellement et sans répit à l’étude des Écritures, à la réflexion, à la méditation sur les vérités qu’elles contiennent, et finalement s’étant délivré de l’ignorance, l’homme qui a atteint la sagesse, jouira de la félicité du Nirvana, même pendant sa vie sur terre.
- Le discernement entre l’esprit et le non-esprit, que tu dois maintenant comprendre, je te l’expose : écoute-moi avec soin, puis réalise-le en toi-même.
74-75. Le sage appelle corps grossier, ce qui est un composé de moelle, d’os, de graisse, de chair, de sang, de chyle et de semence, dont la forme est faite de pieds, poitrine, bras, épaules, tête, membres et organes. C’est ce corps qui cause l’ignorance et produit l’illusion du « Je », et du « Moi ». Les éléments subtils sont l’akasa, l’air, le feu, l’eau et la terre. (Il s’agit ici des principes supérieurs de ces éléments).
- Par le mélange des uns avec les autres, ils deviennent les éléments matériels et produisent le corps grossier. Leur fonction est de créer les cinq sens, destinés aux expériences de leur possesseur.
- Les égarés qui sont attachés aux objets mondains par les liens d’un désir puissant, difficile à briser, sont, entraînés de force, par leur propre Karma, aux cieux (swarga), sur la terre, et dans l’enfer (naraka).
- Attachés par les qualités des cinq sens, tels le son ou autres, cinq créatures : le daim, l’éléphant, le papillon, le poisson et l’abeille, trouvent la mort dans leur attrait (3). Qu’arrivera-t-il de l’homme attaché par tous les sens réunis ?
- Les objets des sens sont un poison plus virulent et plus fatal que celui du noir serpent (Naja Trapidianus) ; le poison n’est mortel que lorsqu’il est absorbé, mais les objets des sens peuvent tuer (spirituellement) par leur simple apparence extérieure (littéralement : à leur simple vue.)
- Celui qui est affranchi du grand esclavage des désirs, esclavage si difficile à éviter, est seul capable d’obtenir la libération ; tout autre, serait-il versé dans les six systèmes de philosophie, ne saurait y parvenir.
- Ceux qui, étant désireux de libération par pure sentimentalité, et affranchis de passion seulement en apparence, cherchent à traverser l’océan de l’existence conditionnée, sont saisis à la gorge par l’hydre du désir et plongés de force dans cet océan où ils se noient.
- Celui-là seul qui a tué l’hydre du désir avec l’épée du détachement suprême, traverse sans obstacle l’océan de l’existence conditionnée.
- Le mental de celui qui suit le chemin tortueux des objets sensuels, se trouble ; la mort l’attend à chaque pas, tel l’homme (disent les astrologues) qui se met en voyage le premier jour du mois (4) mais quel que soit celui qui marche sur le droit chemin, sous la direction d’un gourou ou d’un homme vertueux veillant sur son bon état spirituel, celui-là obtiendra par son intuition personnelle l’accomplissement du but qu’il poursuit ; sache que cela est la vérité.
- Si le désir de libération existe en toi, tu dois rejeter bien loin les objets des sens, les regardant comme un poison, tu dois constamment, et avec ferveur, rechercher le contentement, comme s’il était de l’ambroisie, ainsi que la bienveillance, le pardon, la sincérité, la tranquillité et le contrôle de toi-même.
- Quiconque ne porte attention qu’à la nourriture de son propre corps, ne faisant rien pour les autres, qui évite sans cesse de remplir ses propres devoirs, et ne cherche pas à se libérer des chaînes causées par l’ignorance, travaille à sa destruction.
- Celui qui ne vit que pour nourrir son propre corps, ressemble à l’homme qui traverse une rivière sur un alligator, croyant qu’il est sur un tronc d’arbre.
- Celui qui cherche la libération, voit que les désirs qui appartiennent au corps, entraînent vers la grande mort ; celui qui est exempt de tels désirs, est seul capable d’atteindre la libération.
- Triomphe de la grande mort, des désirs qui ont pour but le corps, la forme, l’enfant, etc. Quand l’ascète (muni) a triomphé de cette mort, il entre dans la demeure suprême de Vishnou (c’est-à-dire qu’il atteint l’union avec le Logos qui réside au sein de Parabrahm).
- Ce corps grossier que nous condamnons, est composé de peau, de chair, de sang, de nerfs, de graisse, de moelle et d’os ; il est rempli d’impuretés.
- Ce corps, résultat du karma précédent, est produit par les éléments grossiers, engendrés eux-mêmes par le processus qui les quintuple, il est le véhicule des jouissances terrestres. Quand ce corps est à l’état de veille, les objets grossiers sont perçus.
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji


