Avec les outils organiques des cinq sens – vue, toucher, ouïe, goût et odorat – nous identifions ce que nous appelons le « plan physique ». Les sensations sont la chaleur, la texture, la lumière, le sucré, le salé, etc.
Avec les outils de l’esprit – pensée, mémoire et idéation – nous identifions ce que l’on peut appeler le « plan mental ». Les expériences incluent la connaissance, les idées, la direction et ainsi de suite.
Avec les outils du sentiment ou de la sensation1 nous sommes engagés sur le « plan émotionnel ». Les expériences incluent la colère, le dégoût, la joie, le calme, l’agitation, etc.
Les expériences de chaque plan ne peuvent se faire qu’avec les outils appropriés. Un moteur à vapeur ne peut pas fonctionner sur le plan de l’électricité.
L’identité de l’humanité elle- même s’appelle « conscience ». C’est là que nous sommes « un » avec Dieu. Cette unité peut être appelée le « plan du Soi supérieur », le « Christos » ou le « Dieu intérieur ». Nous faisons l’expérience de cette unité avec tout le bien grâce à des outils tels que l’intuition, la perception, l’imagination, l’aspiration. Nous connaissons ses résultats comme étant l’amour, la volonté, la sagesse, l’imagination, la vérité, la justice, la loyauté et les autres principes de ce genre.
La conscience contient le pouvoir d’évaluer ce qui se produit sur tous les plans de la vie. À mesure que chaque étincelle de Dieu évolue, elle accroît sa conscience individuelle tout comme le fait un atome de substance organique ou inorganique à mesure qu’il devient une plante, un animal, un être humain ou une étoile, participant ainsi de plus en plus de Dieu.
Tout ceci suggère que si le monde matériel peut être qualifié d’extérieur, il est extérieur à d’autres mondes que l’on peut qualifier d’intérieurs. Les mots ne doivent pas porter à confusion. Extérieur et intérieur n’ont pas de sens spécifique en termes de localisation spatiale ou géographique. Les plans et les mondes intérieurs ne sont pas des couches ou régions isolées comme le sont la pierre, le sable, la terre, l’eau, les globes ou planètes et les étoiles. Ils sont tout autour de nous et en nous.
Ces mots – intérieur et extérieur – signalent des différences, mais pas des contradictions. Le corps humain est composé de cellules ; le plan cellulaire lui-même est divisé en différentes sortes de matières. Les cellules sont composées de molécules – le plan moléculaire. Les molécules sont composées d’atomes – le plan atomique. Le corps d’une personne est le véhicule et l’environnement d’émotions, de pensées et d’aspirations. L’aspect physique de cette personne vit dans un autre environnement, dans une pièce remplie d’air, de meubles, de lumière, d’obscurité, d’une masse d’ondes de la radio et de la télévision, de bactéries et d’autres personnes ; la pièce est dans une maison qui se trouve sur la surface de la Terre et dans ce système solaire, qui est une partie de toute la manifestation. Chaque division de ce genre est remplie de sa vie propre. Chacune est reliée par la cause et l’effet à l’ensemble global.
Comme notre conscience est centrée sur le plan physique, nous considérons nos sens physiques comme porteurs de la plus grande conviction. Mais nous apprenons que nos émotions peuvent être cruelles ou sublimes, et que notre esprit peut donner des pensées et des idées qui nous orientent irrésistiblement ; et ces expériences atteignent, et parfois dépassent, le niveau de réalisme de la perception sensorielle. En fait, si notre corps physique doit éventuellement se dissoudre, nos idéaux eux ne meurent jamais.
Aucun sens n’opère à l’exclusion de tous les autres. Nous voyons une personne et nous la voyons avec nos yeux physiques. Avec les yeux intérieurs nous voyons cette personne comme étant amie ou ennemie, grande ou mesquine. Le Temple enseigne que chacune de ces divisions – extérieure et intérieure – est un aspect d’un pouvoir de vie appelé « Dieu ». Chacune de ces divisions est une modification du pouvoir de Dieu, une expression interminable de lui-même dans une série continuelle d’étapes destinées à fournir à chaque atome manifesté l’occasion d’apprendre sa relation à Dieu, de participer de ces qualités qui sont Dieu, et un jour de devenir conscient de sa Divinité.
Aujourd’hui, nous apprenons que notre utilisation de la terre, de l’air, de l’eau et du feu a un effet direct sur la survie des règnes végétal, animal et minéral. L’écologie a fait la preuve de la vaste interdépendance de toutes choses et de tout ce qui vit sur la planète, du minéral à l’humanité. L’écologie des soi-disant plans ou mondes intérieurs est encore plus précise, plus réelle que sa contrepartie plus dense qu’est la matière. Ces plans intérieurs ne sont pas un concept nouveau dans la vie de l’humanité. Aujourd’hui, nous avons poussé loin notre investigation des principes et des lois qui gouvernent chaque aspect de notre vie extérieure. Nous avons défini et classé beaucoup de choses en sciences naturelles. Nous fouillons la santé de notre esprit et de nos émotions. Partout où nous fouillons, nous entrons dans un plan intérieur. Et nous découvrons un ordre de vie qui ne permet aucune transgression et qui affecte intimement un plan extérieur quelconque. Mieux encore, sa propre source semble être un autre royaume encore plus subtil.
L’interdépendance entre les plans intérieurs et le plan extérieur peut être exposée par de simples analogies. L’humanité n’a pas créé la définition d’un cube, et nous ne pouvons pas plus créer à partir de rien des matériaux pour représenter cette forme. Nous pouvons prendre du matériel cellulaire, comme du bois, ou du matériel moléculaire, comme du fer, et, avec les outils appropriés, par une extension de nos sens, nous pouvons doter ces matériaux du concept mental du cube. Le concept mental du cube aura un degré de perfection de beaucoup supérieur à celui de sa contrepartie matérielle. Avec une connaissance du symbolisme, nous pouvons même investir ce cube des correspondances de la Divinité en manifestation en tant « qu’homme archétypal » dans l’espace.
Ou, pour prendre un autre exemple familier, nous pouvons, avec les outils sensoriels appropriés, préparer la terre, planter une graine et guider sa croissance, avec pour résultat un fruit ou une fleur en particulier. Nous ne pouvons pas altérer la graine ou la plante pour produire quoi que ce soit hors des lois de la famille et des espèces en botanique. Nous ne pouvons qu’aider et encourager son cycle de vie, nous émerveiller devant cette graine qui est un portail vers les plans et les pouvoirs intérieurs.
Un moule à gélatine nous permet de contenir la gélatine dans une forme donnée jusqu’à ce que le matériau puisse maintenir la forme que lui a donnée le moule. Il faut mettre du soin dans une forme en plâtre qui va, à son tour, donner un dessin particulier au ciment qui sera versé dedans. La forme de plâtre contient le mélange liquide jusqu’à ce qu’il se solidifie et qu’il puisse conserver sa forme par lui-même. En photographie, une source de lumière fixe sur la surface d’un négatif une image qui sera à son tour transférée en positif sur une surface appelée une photographie imprimée. Dans cette procédure, on trouve l’opération du désir, de la volonté et de l’esprit de la personne qui prend la photographie, qui plante la graine ou qui crée quelque chose avec des matériaux soigneusement choisis. Il y a toujours un patron, formé par les lois des énergies impersonnelles, qui détermine l’expression ultérieure d’une idée qui existe quelque part. Une expression individuelle est rendue possible en travaillant avec les principes qui gouvernent le plan où se produit l’action.
Les choses les plus banales du quotidien provoquent des questions et pointent vers les plans intérieurs où se trouvent les réponses. Pourquoi est-ce que toute chose qui grandit commence à partir d’une cellule centrale et continue de changer sa forme et sa dimension par accrétion, d’une façon ordonnée, dirigée par des lois inaltérables ? Qu’est-ce qui guide l’embryon humain pour qu’il devienne un être identifiable qui ne peut être confondu avec aucun des autres millions d’êtres humains comme lui, même s’il est caractérisé par sa famille et sa race ? Pourquoi est-ce que n’importe quelle fleur a un nombre de pétales, une couleur et une forme spécifiques et aucun autre ? Pourquoi est-ce que le métal conserve son identité peu importe la forme qu’on lui donne ou les autres éléments auxquels on le mélange, incluant d’autres métaux ? Qu’est-ce qui fait qu’un muscle se contracte et fait plier le bras ? Quelle est la différence entre le corps inanimé de Beethoven et la responsabilité de ses créations musicales ? Et qu’est-ce qui l’a décidé à mettre une note en relation avec une autre ? Qu’est-ce qui rend une personne consciente d’une autre, même si elles sont à des kilomètres de distance ? Quel est le pouvoir de la colère pour qu’elle soit capable de produire dans le corps un poison qui détruit l’organisme humain ? Quel est le pouvoir du geste de compassion qui peut lever la dépression de l’esprit humain comme aucun remède ne saurait le faire ? Et d’ailleurs, comment un acte qui enfreint la « Règle d’Or » peut-il, non seulement produire un désastre dans les circonstances humaines, mais aussi une grande turbulence dans tous les règnes de la nature ? Et par-dessus tout, quel miracle a donné au genre humain, à ses heures les plus désespérées, le leader qui le guide à travers l’obscurité de n’importe quel statut social à n’importe quelle époque ?
Les questions n’ont pas de fin. Les réponses reposent toutes sur de simples faits qui, selon les « Enseignements du Temple », attendent que nous en prenions conscience depuis que nous avons gagné nos premiers degrés de conscience de soi. Aucune chose ni personne dans l’univers n’est indépendante des siens. Toutes sont unies par des lignes intérieures d’échanges et de communication. Il n’y a aucun accident, aucun isolement possible. Une partie de cette interdépendance peut être détectée par des instruments plus sensibles que les sens physiques. Nous connaissons des spectres de vibrations trop subtils pour l’œil ou l’oreille. Le poste de radio ou de télévision modifie les vibrations pour que nous puissions les voir et les entendre. L’esprit des gens est constamment ouvert à de nouvelles perspectives de vie, une sorte de vision qui est en rapport avec ce qu’il faut appeler la vision et la compréhension intérieures.
Le cœur humain est un miracle qu’on appelle un « muscle » ; même sa physiologie est un mystère toujours caché pour l’esprit humain. En tant qu’instrument qui fonctionne sur les plans intérieurs de créativité, il reçoit et envoie la force la plus puissante de toute la manifestation, celle que nous appelons « l’Amour ». Cet amour existe, par exemple, entre la mère et l’enfant, entre l’homme et son semblable. Mais il prend sa source en Dieu et son amour pour toutes ses créatures. Tout ce qui est en manifestation possède un cœur, ou un centre correspondant, sur un plan intérieur de l’ordre le plus élevé. Tous les centres cardiaques de conscience manifestent un certain degré de conscience qui relie toutes les créatures à l’unité de Dieu. Les Frères Aînés sont plus conscients de leur unité avec Dieu que les plus jeunes qui partageront un jour la conscience de Dieu, comme le fera toute sa manifestation, qu’il s’agisse d’un atome, d’un homme ou d’une étoile.
Les enfants qui apprennent l’arithmétique simple ne peuvent pas encore comprendre les mathématiques ou la trigonométrie. Les grands Maîtres de la Loge Blanche, qui comprennent toute la manifestation de Dieu, ont enseigné de toute éternité et à toutes les époques à l’humanité et à ses enfants autant que ce qu’ils pouvaient comprendre du « Plan global » à ce moment. Appelés les « Enseignements du Temple », la « Doctrine secrète », et les « Bibles » de toutes les époques, ces grandes archives de tous les plans ont toujours enseigné la même vérité.
Elles enseignent que toute la manifestation consiste en sept plans, ou mondes, ou degrés de conscience. Ceux-ci ont leur origine dans la « Source Une », le « Soleil Spirituel Central », à travers lequel Dieu infini devient connu comme manifestation finie. Il y a trois plans supérieurs symbolisés dans chaque grande religion par une « Trinité sacrée ». Les enfants ne peuvent pas encore comprendre beaucoup de ce qui concerne cette « Trinité divine ». En sanscrit, on l’appelle « Atma, Bouddhi et Manas ». Dans d’autres langues, elle est exprimée autrement : « Créateur, Conservateur et Destructeur » ; « Esprit, Âme et Matière » ; « Amour, Volonté et Sagesse » ; dans les analogies directes, « Père, Mère et Fils » ; et même dans les simples unités de mesure, « longueur, largeur, hauteur ». À partir du troisième aspect, Manas, est projetée une réflexion plus dense, les quatre plans inférieurs appelés « Kama Manas », « Kama Rupa », « Linga Sharira » et « plan physique ». Chacun est un véhicule pour les autres à mesure qu’ils deviennent de plus en plus lents. Ils peuvent être compris par analogie et correspondance. Il n’existe encore aucun équivalent en français pour ces mots sanscrits.
Par exemple, un plan indique comment construire un édifice. L’édifice est une matérialisation du plan, qui à son tour est un reflet d’une idée qui résulte de besoins et d’objectifs spécifiques.
Dans la nature, pour prendre un autre exemple familier, une rose blanche est l’expression de la Divinité, le Christ. Un pouvoir aussi sublime peut être totalement ignoré de plusieurs. Mais à mesure que ce pouvoir s’écoule vers les plans plus extérieurs et plus denses de la forme, il guide les processus de notre jardin familier. Des variations peuvent survenir à l’intérieur des limites de la génétique, mais la forme – une rose – ne peut jamais être changée en chou. Il en est ainsi de toutes choses sur le plan physique. Les plans intérieurs gouvernent les plans extérieurs.
Un autre exemple : l’esprit d’une personne peut exprimer la violence. Un nombre suffisant de ces expressions peut produire un ouragan, une guerre, un tremblement de terre, la peste ou la famine.
Il y a beaucoup de mots pour décrire les processus de ces énergies : patrons, guides, impulsions, expansions, accrétion, sélection. Nous répondons aux émotions, idéaux, idées, principes, directions, attraits, désirs et pensées. Tout existe dans la plénitude de la perfection dans l’Esprit de Dieu. Tous sont assujettis aux lois de leur propre plan de manifestation.
Le témoin le plus convainquant du fait que toute la manifestation est causée, dirigée et guidée par des lois et principes naturels appelés « plans intérieurs » est le vaste domaine des affaires humaines que nous appelons le « bien » et le « mal ». Sur une base purement matérialiste, les efforts d’un homme inconnu et jamais publicisé appelé « Jésus », avec l’aide d’une douzaine d’obscurs disciples, ne sauraient en aucun cas survivre à leur propre époque, sans parler de croître constamment pendant 2 000 ans pour devenir les concepts religieux les plus influents de notre époque – et ce, en dépit de l’incroyable persécution et d’une répression constante. Pourtant ce phénomène a influencé l’histoire de chaque civilisation au fur et à mesure de son développement.
Comme pour tout le reste dans la manifestation, le bien et le mal ne peuvent pas « juste se produire » quelque part. Pourquoi un principe d’harmonie domine-t-il toujours chaque règne de la nature, incluant l’homme, en dépit de son épouvantable transgression de cette harmonie ? Quelle grande force domine chaque homme, le persuadant d’aider ses semblables et transformant sa vie en un sentier constructif pour l’avoir fait, ou en sentier de misère et de désespoir pour ne pas l’avoir fait ? Ce sont là littéralement les plans de vie des humains d’aujourd’hui, pas le ciel ou l’enfer de quelque au-delà. Des événements peuvent être physiques, mais la joie et la gloire ou l’abjecte discorde sont vécues par les sensibilités intérieures du mental, des émotions et de l’esprit. Ce sont-là les plans intérieurs.
Chaque personne individuelle est un champ de bataille où deux forces – le bien et le mal – luttent pour gagner sa conscience. Chacun de nous, alors que nous opérons dans le royaume mental, ajoute ses pensées à la somme totale correspondante des pensées de toute l’humanité. Et nous sommes de même influencés dans nos forces et nos faiblesses par cette même somme totale, tout comme de minuscules molécules d’eau séparées se combinent pour créer une douce pluie ou un torrent dévastateur.
Cette conscience potentielle ou réelle en chaque atome de la manifestation est la « Conscience de Dieu » ou la « Conscience du Christ ». Ces entités appelées « Maîtres » et « Anges » sont plus près de Dieu. Elles forment la hiérarchie des plans intérieurs et représentent des étapes dans la conscience, depuis Dieu jusqu’à nous. Elles nous guident constamment et sont conscientes de tous les plans à travers les âges. En elles se trouvent la « Vie Une et Infinie », le pouvoir sacré des soleils, la lumière d’une chandelle descendue dans le fini, mais non moins sacrée, que chacun de nous peut utiliser pour éclairer le sentier sur lequel nous marchons.
Harold E. Forgostein – Quatrième Gardien en Chef
1 – N.D.É. Le mot anglais « feelings » est traduit ici par « sentiment » ou « sensation ».


