« Le soi de l’Esprit et le soi de la Matière ne peuvent jamais se rencontrer, l’un des deux jumeaux doit disparaître. Il n’y a pas de place pour les deux. »
Les grandes vérités intérieures et sous-jacentes à la vie et à la nature, auxquelles on fait généralement référence sous le vocable « occultisme », ont un rapport plus vital avec le monde extérieur de l’action – et même avec la politique – que ne pourrait en rêver l’étudiant moyen de la philosophie occulte. Celui qui parvient à établir un lien entre ces vérités et forces intérieures et les questions vitales du monde extérieur devient un centre dynamique pour mettre les forces les plus puissantes qui soient au service du monde.
Il ne peut y avoir de gouvernement pur qui gouverne pour et par le peuple tant que le peuple reste assis à ne rien faire et permet aux politiciens professionnels de manipuler à volonté les courants essentiels de la vie de la nation. Les nations, États et sociétés sont en général élevés ou abaissés dans la mesure où ces manipulateurs sont animés par des considérations et des motifs purs ou égoïstes.
La grande double malédiction de la société, c’est la crainte religieuse d’un côté et l’esclavage politique dû à l’apathie du citoyen moyen de l’autre côté. Aucun homme ne peut dire qu’il est libre avant d’être capable et de vouloir avoir une pensée religieuse et politique personnelle.
La citoyenneté est au-dessus de l’appartenance à un parti ; et c’est le devoir de chaque citoyen – un devoir envers Dieu, son humanité et la communauté où il vit – que de prendre une part active à la politique et d’exercer son influence, quelle que soit son ampleur, pour appuyer le côté du bien.
Il n’est pas nécessaire d’attendre la venue d’un nouveau parti qui va incorporer vos idéaux dans son programme. Chacun peut commencer exactement là où il se trouve actuellement, dans son propre parti, et faire ce qu’il peut pour purifier ce qu’il y a dans sa propre cour, dans son propre district et dans son propre comté.
Les deux grands partis politiques de ce pays1 sont si bien établis et organisés, et la masse de ceux qui, dans chaque parti, ont le droit de vote est si adroitement manipulée par les chefs qui reprennent et brandissent chaque fois que nécessaire l’auréole des actes et traditions du passé, qu’il est peu probable qu’un nouveau parti, aussi purs que soient ses intentions et son programme, puisse gagner suffisamment d’adhérents même en cinquante ans – si déjà il survivait aussi longtemps – pour se tailler une place simplement respectable dans le monde politique.
La bête doit être combattue dans sa propre tanière, et les deux grands partis politiques doivent être purifiés par un mouvement à l’intérieur de leurs rangs respectifs, avant qu’il puisse y avoir une seule véritable réforme politique servant les intérêts du peuple en général.
Il y a un point où les lignes des deux grands partis de ce pays convergent et deviennent « une ». C’est le point où débute le règne de Mammon – où les intérêts des cartels financiers, des capitalistes et des actionnaires entrent en ligne de compte, car Mammon est au-dessus de tous les partis. Sur ce point, les patrons politiques doivent maintenir la division au sein du peuple et de ses intérêts, et ils doivent maintenir les deux partis bien organisés de façon que chacun puisse jouer le jeu de l’autre au besoin, si les grands seigneurs de la finance l’exigent. Bien des gens sont simplement des serviteurs de la Bête – du pouvoir de l’argent dans les grandes trappes duquel ils abandonnent le fruit de leur travail en même temps que leur droit de naissance. Et la Bête grandit, de plus en plus forte, de plus en plus audacieuse et arrogante, car elle se nourrit de ce fruit qu’est le sacrifice humain – le sang essoré du cœur brisé des femmes et des hommes.
Une cité est simplement une famille de familles ; et c’est la même chose pour les États et les nations, mais le nombre est plus élevé. Dans toute famille correctement réglée, les intérêts de chacun sont respectés par tous, et chaque membre doit toujours être sur un pied d’alerte pour préserver jalousement l’intérêt commun. Ce même intérêt jaloux et actif doit être maintenu par tout citoyen dans chaque communauté, sans égard aux allégeances partisanes.
Le temps arrive où les citoyens qui ont le droit de vote vont se regrouper et, sachant ce qu’ils veulent, ils vont aller aux élections primaires de leurs partis respectifs et placer aux postes de confiance des hommes qui feront la volonté du peuple et non celle d’une clique influente connue sous le nom de « machine du parti ».
« Le monopole des monopoles est le “pouvoir législatif”, car c’est par lui que tous les autres monopoles sont contrôlés. Derrière le pouvoir législatif, il y a le “pouvoir souverain” – ceux qui votent. En d’autres mots, ceux qui votent, par l’exercice de leur pouvoir de voter, peuvent contrôler le pouvoir législatif en vue de leurs propres intérêts, et par lui tous les autres monopoles, incluant les cartels financiers. » Le pivot du pouvoir politique est le citoyen qui vote dans son district ou son comté. Sur lui repose une confiance sacrée. Il est le gardien de la liberté – le conservateur des droits de ses semblables –, des autres « soi », ses semblables – le peuple.
Il ne fait aucun doute que la grande bataille avec Mammon doit se faire dans le domaine de l’action politique, et qu’amener la bête à rentrer dans sa tanière et l’y enfermer efficacement exigera effectivement la force de plusieurs « hommes héroïques – conduits par l’étoile de la fraternité – pour rebâtir le monde2 ». Mais chacun de nous, aussi humble soit-il, doit faire sa part.
1 – N.D.É. Les États-Unis.
2 – N.D.É. Edwin Markham, “Fraternité” dans The Man with the Hoe and Other Poems (1899).
HILARION - Temple 3 - Leçon 546


