Nombreux sont les lamas du Sikkim qui produisent des meipo – « miracles », au moyen de leurs pouvoirs magiques. Feu le Patriarche de Mongolie, Gegen Chutuktu, qui demeurait à Urga, un véritable paradis, était la seizième incarnation de Gautama, par conséquent un Boddhisattva. Il avait la réputation de posséder des pouvoirs phénoménaux, même parmi les thaumaturges du pays des miracles par excellence. Qu’on ne s’imagine pas, toutefois, que ces pouvoirs se développent sans travail. Les vies de la plupart de ces saints hommes, appelés à tort des vagabonds oisifs, des mendiants filous, qui, dit-on, passent leur vie à en imposer à la crédulité de leurs victimes, sont en elles-mêmes des miracles parce qu’elles prouvent ce qu’une volonté de fer et une parfaite pureté de vie et de but sont capables d’accomplir, et jusqu’à quel degré d’ascétisme surnaturel un corps humain peut être assujetti, et néanmoins vivre jusqu’à un âge très avancé. Aucun ermite chrétien n’a jamais rêvé de tels raffinements de discipline monastique et la demeure aérienne d’un Simon Stylite apparaîtrait comme un jeu enfantin à côté des épreuves de volonté que s’imposent les fakirs et les bouddhistes. Mais l’étude théorique de la magie est une chose ; la possibilité de la pratiquer en est une autre. A Brâs-ss-Pungs, le collège Mongol, plus de trois cents magiciens (sorciers, comme les appellent les missionnaires français) enseignent à plus du double d’élèves entre douze et vingt ans ; ceux-ci doivent attendre bien des années avant de passer l’initiation finale. Pas un pour cent n’atteint le but final ; et sur les milliers de lamas qui occupent une ville de maisonnettes autour du monastère, deux pour cent, tout au plus, deviennent des faiseurs de merveilles. On peut apprendre par cœur chaque ligne des 108 volumes du Kadjur (427d), et néanmoins faire un piètre magicien pratique. Il n’y a qu’une seule chose qui y conduit sûrement, et plus d’un écrivain hermétique a fait allusion à cette étude particulière. Un d’eux, l’alchimiste arabe Abipili, dit : « Je t’avertis, qui que tu sois, qui désires te plonger dans les parties les plus profondes de la nature ; si ce que tu cherches tu ne le trouves pas au-dedans de toi, tu ne le trouveras jamais au dehors. Si tu ne connais pas l’excellence de ta propre maison, pourquoi chercher l’excellence d’autres choses ?… HOMME, CONNAIS-TOI, TOI-MEME, EN TOI EST CACHE LE TRESOR DES TRESORS. »
Dans un autre traité d’alchimie, De Manna Benedicto, l’auteur exprime ses idées au sujet de la pierre philosophale, en ces termes : « Pour certaines raisons je m’abstiendrai de trop parler sur ce sujet, qui n’est cependant qu’une chose, déjà trop clairement décrite ; car elle en [de la pierre] démontre et établit les usages magiques et naturels, dont beaucoup de ceux qui l’ont eue en mains, n’avaient jamais entendu parler. Lorsque je les eus devant les yeux, ils firent trembler mes genoux et défaillir mon cœur, au point d’être émerveillé à leur vue ! »
Tout néophyte a ressenti, plus ou moins, ce sentiment ; mais, une fois qu’il l’a surmonté, l’homme est un ADEPTE.
Dans les cloîtres de Dshashi-Lumbo, et de Si-Dzang, ces pouvoirs, inhérents à tout homme, mais dont un fort petit nombre savent se servir, ces pouvoirs sont cultivés à la perfection. Qui n’a pas entendu parler, en Inde, du Banda-Chan-Ramboutchi, le Houtouktou de la capitale du Haut- Tibet ? Sa fraternité de Khe-lan était célèbre dans le pays tout entier ; et un des « frères x les plus renommés était un Peh-ling (un Anglais) qui arriva un jour d’Occident dans la première partie de ce siècle ; c’était un bouddhiste consommé, et après un mois de préparation, il fut admis parmi les Khe-Tans. Il parlait toutes les langues, y compris le tibétain, et connaissait toutes les sciences, nous dit la tradition. Sa sainteté et les phénomènes qu’il produisit firent qu’il fut proclamé Shaberon après quelques années seulement de résidence. Son souvenir est encore vivant aujourd’hui parmi les Tibétains, mais son véritable nom n’est connu que des seuls Shaberons.
Le plus grand des meipo – qu’on dit être l’objet de l’ambition de tout dévot bouddhiste – était, et est encore, la faculté de marcher dans l’air. Le célèbre roi de Siam, Pia Metak, le Chinois, était connu pour sa dévotion et son érudition. Mais il n’obtint ce « don surnaturel » qu’après s’être placé sous l’enseignement direct d’un prêtre de Gautama-Bouddha. Crawfurd et Finlayon, pendant leur séjour au Siam ont suivi avec grand intérêt les efforts de quelques nobles siamois pour acquérir ce pouvoir (428d).
De nombreuses et diverses sectes de Chine, du Siam, de Tartarie, du Tibet, du Cashmire et de l’Inde anglaise consacrent leurs vies à l’acquisition de prétendus « pouvoirs surnaturels ». Parlant d’une de ces sectes le Taossé Semedo, dit : « Ils prétendent qu’au moyen de certains exercices et de certaines méditations on recouvre la jeunesse et que d’autres deviennent des Shien-sien, des « Béats-Terrestres », et dans cet état tous les désirs sont gratifiés, tandis qu’ils peuvent se transporter d’un endroit à un autre, à n’importe quelle distance, rapidement et sans difficulté » (429d). Ce pouvoir n’a rapport qu’à la projection de l’entité astrale, dans une forme plus ou moins corporelle, mais il ne s’agit certainement pas du transport du corps. Ce phénomène n’est pas plus un miracle que le reflet d’une personne dans un miroir. Nul ne découvrira dans cette image une parcelle de matière et néanmoins notre double est là, devant nous, fidèlement reproduit, jusqu’au dernier cheveu sur notre crâne. Si, par cette simple loi de réflexion, notre double peut être vu dans un miroir, combien plus frappante encore, la preuve de son existence n’est-elle pas fournie par l’art de la photographie ! Ce n’est pas une raison parce que nos physiciens n’ont pas encore trouvé le moyen de prendre des photographies, sinon ci faible distance, que cet art doive être impossible pour ceux qui ont découvert ces moyens dans la puissance de la volonté humaine elle-même, libérée de toute entrave terrestre (430d). La science prétend que nos pensées sont de la matière ; toute énergie produit une perturbation plus ou moins grande dans les ondes atmosphériques. L’homme, par conséquent, en commun avec tout être vivant et même avec chaque objet inerte, possède une aura formée par les émanations qui l’entourent ; de plus, il peut, sans grand effort, se transporter en imagination, partout où il veut ; pourquoi, alors, serait-il scientifiquement impossible que sa pensée, réglée, intensifiée et conduite par ce puissant magicien, la VOLONTE éduquée, soit, momentanément, matérialisée et qu’elle apparaisse à n’importe qui, double fidèle de l’original ? Cette notion est-elle plus absurde, dans l’état actuel de la science, que ne l’étaient la photographie et le télégraphe il y a quarante ans, ou le téléphone, il y a moins de quatorze mois.
Si la plaque sensibilisée est capable de reproduire aussi exactement l’ombre de nos visages, alors cette ombre ou cette réflexion, bien que nous ne nous en apercevions pas, doit être quelque chose de substantiel. Et si nous pouvons, à l’aide d’instruments d’optique projeter nos ressemblances sur un mur blanc, parfois à plusieurs centaines de pieds de distance, il n’y a pas de raison pour que les adeptes, les alchimistes et les savants de l’art occulte, n’aient pas déjà découvert ce que les savants nient aujourd’hui, mais qu’ils accepteront comme une vérité demain, à savoir qu’ils peuvent projeter électriquement leur corps astral, instantanément à travers des milliers de milles dans l’espace, en laissant leur enveloppe matérielle, encore empreinte d’une certaine quantité de principe animal vital, pour y entretenir la vie physique, et agir dans leur corps éthéré spirituel aussi sûrement et intelligemment que lorsqu’il était encore revêtu de son enveloppe charnelle ? Il existe une forme d’électricité supérieure à la forme physique connue de nos physiciens ; des milliers de corrélations de celle-ci sont encore cachées à la vue des physiciens modernes, et nul ne peut savoir jusqu’où iront ses possibilités.
Schott explique que par Sian, ou Shin-Sian, on comprend dans l’ancienne conception chinoise, et tout particulièrement dans la secte de Tao-Kiao (Taossé) « des personnes qui se retirent sur les montagnes pour y vivre une vie d’anachorète, et qui ont obtenu, soit au moyen d’observances ascétiques, soit par la puissance de charmes et d’élixirs, la possession de dons miraculeux et de l’immortalité sur terre (431d) ». Il y a là de l’exagération si ce n’est pas absolument erroné. Ce à quoi ils prétendent n’est que la faculté de prolonger la vie humaine ; et cela ils le peuvent, si nous devons en croire le témoignage humain. Ce que Marco Polo affirmait au XIIIème siècle, est corroboré de nos jours. « Il y a une autre classe d’hommes nommés Chughi » (Yogis) dit-il, « qu’on nomme proprement dit des Abraiamans (Brahmanes ?) qui vivent jusqu’à un âge fort avancé, chacun d’eux atteignant l’âge de 150 à 200 ans. Ils mangent fort peu et principalement du riz et du lait. Ces hommes font usage d’une curieuse boisson, potion faite d’un mélange de soufre et de mercure, dont ils boivent deux fois par mois… Ils disent que cela leur prolonge la vie ; cette potion leur est administrée dès leur bas âge » (432d). Bernier assure, dit le colonel Yule, que les Yogis excellent dans la préparation du mercure, « si admirablement qu’un ou deux grains pris chaque matin remettent le corps en parfaite santé » ; et il ajoute que le mercurius vitae de Paracelse était un composé dans lequel il entrait de l’antimoine et du mercure (433d). Voilà une affirmation pour le moins bien hasardée, et nous allons exposer ce que nous savons à cet égard.
La longévité de quelques lamas et Talapoins est proverbiale ; on sait généralement qu’ils se servent d’un mélange qui, ainsi qu’ils le disent, « renouvelle le vieux sang ». C’était également un fait reconnu chez les alchimistes, qu’une judicieuse administration « de l’aura d’argent redonne la santé et prolonge la vie d’une manière notable. « Mais nous sommes tout prêt à contredire les affirmations tant de Bernier que du colonel Yule qui cite son ouvrage, que c’est du mercure, ou vif-argent, dont se servaient les Yogis et les alchimistes. Les Yogis, à l’époque de Marco Polo, de même que de nos jours, utilisent ce qui paraît être du mercure, mais qui n’en est pas. Paracelse, les alchimistes et les autres mystiques voulaient dire par mercurius vitae, l’esprit vivant de l’argent, l’aura de l’argent, mais nullement le vif-argent ; et cette aura n’est certainement pas le mercure connu de nos médecins ou de nos chimistes. Il est indubitable que le fait d’avoir imputé à Paracelse l’introduction du mercure dans la pratique médicale est tout à fait erroné. Aucun mercure, qu’il ait été préparé par un philosophe du feu médiéval, ou par un docteur moderne, n’a rendu, ou ne rendra jamais la santé parfaite à un corps humain. Il n’y a que les fieffés charlatans qui se servent d’une pareille drogue. L’opinion de beaucoup est que c’est avec l’intention méchante de présenter Paracelse aux yeux de la postérité comme un charlatan, qui a fait inventer à ses ennemis un mensonge de cette nature.
Les Yogis des temps anciens, de même que les lamas et les Talapoins modernes, font usage d’un certain ingrédient, préparé avec une dose minime de soufre et du jus laiteux extrait d’une plante médicinale. Ils possèdent sans contredit certains secrets merveilleux, car nous les avons vu guérir des blessures rebelles en quelques jours ; remettre en usage des os brisés en autant d’heures qu’il faudrait de jours au moyen de la chirurgie ordinaire. Une fièvre dangereuse contractée par l’auteur près de Rangoon, après une inondation de la rivière Irawaddy, fut guérie en quelques heures par le jus d’une plante nommée, si nous ne nous trompons, Kukushan, bien qu’on laisse des milliers d’indigènes, ignorants de ses vertus, mourir de fièvre ; et cela en retour d’un acte de bienveillance insignifiant envers un simple mendiant ; la nature de ce service n’aurait guère d’intérêt pour le lecteur.
Nous avons aussi entendu parler d’une certaine eau, appelée ab-i- hayât, que la superstition populaire prétend être cachée aux yeux des mortels, sauf à ceux des saints sannyâsis ; la fontaine, elle-même, porte le nom de âb-i-haiwân-i. Il est toutefois plus que probable que les Talapoins se refuseraient à dévoiler leurs secrets, même aux académiciens et aux missionnaires, car ces remèdes doivent être utilisés pour le bien de l’humanité mais jamais dans un but de lucre (434d).
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