Les Anges de la « quatrième sphère » peuvent bien pencher la tête de tristesse et pleurer comme jamais encore le genre humain n’a pleuré, alors que les ères passent l’une après l’autre et que si peu de fruits sont cueillis sur « l’arbre de la vie » auquel ils doivent accorder des soins incessants.
Bourgeon après bourgeon émergent sur ses branches basses et, lorsqu’ils s’ouvrent, le souvenir des anciens bourgeons détruits est dépassé dans la joie qu’une fois de plus une nouvelle vie est apparue et qu’un nouvel espoir est né. Hélas ! ce sentiment ne va que céder la place une fois de plus à la tristesse quand la chaleur et la lumière des épreuves s’abattront sur ces bourgeons, qu’ils succomberont et que, endommagés et flétris, ils mourront chacun à leur tour comme tant d’autres avant eux sont morts, alors que depuis tout ce temps, au pied de l’arbre, l’eau rafraîchissante d’un grand ruisseau s’écoule tranquillement et qu’un simple fléchissement des branches aurait plongé leurs bourgeons brûlés dans cette eau vive qui aurait pu réveiller en eux la volonté de vivre et leur donner la force d’endurer la chaleur desséchante qui restait à venir.
Le cri monte, encore et toujours : « Aime Dieu, aime ton frère en paroles et en actes et tout ce que la vie a à offrir sera tien. » Et l’homme, dans son aveuglement, sa rébellion ou son ambition noie le cri dans des sons bruyants et stridents : « Oui, je vais aimer la sœur qui cédera sa vie pour la mienne ; je vais aimer le frère qui fera de moi un Dieu ; la sœur qui me mettra sur un piédestal et appellera à moi des adorateurs. Oui, je vais aimer le frère qui m’aime. Je ne peux pas, je ne veux pas aimer les masses qui passent à côté de moi sans me voir ; je ne peux pas, je ne veux pas aimer l’homme qui écrase ma volonté, ni celui qui ne veut pas me glorifier. »
Il ignore les paroles du Maître béni selon lesquels ce n’est que dans la mesure où il aime ses ennemis, seulement dans la mesure où il aime ceux qui n’ont aucun amour à lui donner en retour qu’il peut toucher l’ourlet du vêtement de la Divinité. Ce n’est que par le pouvoir de cet amour qu’il peut tremper les branches de « l’arbre de vie » – auxquelles s’accroche le bourgeon de son âme – dans le ruisseau de l’amour du grand Père-Mère dont l’eau vive coule tout à côté de cet arbre. Il n’a pas besoin de l’amour qui est déjà sien. Il a depuis longtemps recueilli et mangé le fruit de cet amour. Ce dont il a maintenant besoin pour soutenir sa vie, c’est l’amour qui n’est pas encore sien, le fruit de l’amour qui va le soutenir pour la prochaine étape. Alors, il est affamé et meurt en criant dans l’espoir d’obtenir une nourriture qui se trouve à ses pieds sans qu’il la voit, et il quitte le monde encore plus vide lors de son trépas qu’il ne l’était avant d’arriver.
Aime Dieu, aime ton prochain. Les deux sont « un » et « de ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes1 ». Pourtant, affamé et mourant de faim, fatigué, assoiffé, triste et souffrant, l’homme, ère après ère, avance en titubant, refusant d’obéir à ce commandement, utilisant tous les pouvoirs que Dieu lui a donnés pour briser la loi, aveugle à la vérité vivante et éternelle que rien d’autre n’a d’importance – l’honneur, la gloire, la complaisance, l’ambition imbue d’elle-même, la luxure satisfaite –, rien, rien n’a d’importance, pas même le péché de son frère contre lui (ce péché qui constitue sa chance). Rien n’a d’importance sauf le fait d’aimer son frère au point de l’amener à la vie, et que ce faisant il ouvre la porte à Dieu, car il n’existe aucun autre moyen de gagner la vie éternelle pour soi-même.
Ah ! enfants insouciants, idiots, aveugles et sans foi quant au labeur de votre Dieu, allez-vous jamais apprendre que la haine ne fait que produire la haine ; que les blessures infligées volontairement à autrui vous rapporteront tout aussi sûrement blessures et douleurs quand la nuit suivra le jour ; qu’un jour de vengeance satisfaite apportera un siècle de malheurs, et que, quoique les jugements tardent, ils seront sévères, et certains dureront longtemps.
1 – N.D.É. Évangile de Matthieu 22 40
HILARION - Temple 3 - Leçon 510


