LE MYTHE DU DIABLE – partie 12

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre X - Le Mythe du Diable

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Malgré les preuves réitérées que les Israélites ont adoré une foule de dieux, et qu’ils ont même fait des sacrifices humains, jusqu’à une date beaucoup plus tardive que leurs voisins païens, ils ont réussi à jeter de la poudre aux yeux de la postérité au sujet de la vérité. Ils ont sacrifié des vies humaines jusqu’en l’an 169, avant J.-C. (306d), et la Bible donne la relation d’une quantité de ces faits. A l’époque où les païens avaient complètement abandonné cette abominable pratique, et remplacé le sacrifice humain par celui des animaux (307d), Jephthe est représenté sacrifiant sa fille au « Seigneur » en guise d’holocauste.

Les dénonciations de leurs propres prophètes en sont la meilleure preuve. Leur culte dans les hauts lieux est le même que celui des « idolâtres ». Leurs prophétesses sont les contreparties des Pythies et des Bacchantes. Pausanias parle de collèges de femmes qui présidaient au culte de Bacchus, et des seize matrones FERS (308d). La Bible dit que « Deborah, prophétesse… était juge en Israël (309d) » ; elle parle également de Huldah, une autre prophétesse, « qui habitait à Jérusalem, dans l’autre quartier de la ville », dans le collège (310d) ; et le IIème livre de Samuel mentionne à plusieurs reprises des « femmes habiles » (311d), malgré l’injonction de Moïse de ne faire usage ni de divination, ni d’augures. Quant à l’identification concluante et finale du « Seigneur Dieu d’Israël avec Moloch, nous en trouvons la preuve fort suspecte, au dernier chapitre du Lévitique concernant les choses sanctifiées qui ne peuvent être rachetées… Tout ce qu’un homme consacrera à l’Eternel, dans ce qui lui appartient, que ce soit une personne ou un animal… tout ce qui sera dévoué par interdit sera entièrement consacré à l’Eternel. Aucune personne dévouée par interdit ne pourra être rachetée, elle sera mise ci mort… c’est une chose consacrée à l’Eternel (312d).

On a la preuve de la dualité, sinon de la pluralité des dieux d’Israël, dans le fait même de ces amères dénonciations. Leurs prophètes se sont toujours élevés contre le culte sacrificiel. Samuel nia que l’Eternel put trouver du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices (I Samuel, XV, 22). Jérémie affirme, sans équivoque, que l’Eternel, Yava, Sabaoth Elohe Israël, ne leur avait donné aucun ordre de la sorte, mais bien le contraire (VII, 21- 24).

Mais ces prophètes qui s’opposèrent aux sacrifices humains étaient, tous, des nazars, des initiés. Ces prophètes étaient à la tête d’un parti de la nation, antagoniste aux prêtres, de même que plus tard, les Gnostiques firent la guerre aux Pères chrétiens. Par conséquent, lorsque la monarchie fut divisée, on trouve que les prêtres étaient à Jérusalem, et les prophètes dans le pays d’Israël. Même Achab et ses fils, qui introduisirent en Israël le culte syrien de Baal-Hercule, et la déesse syrienne, furent aidés et encouragés par Elie et Elisée. Peu de prophètes apparurent en Judée jusqu’à l’époque d’Esaïe, après la chute de la monarchie septentrionale. Elisée oignit Jéhu à dessein, pour qu’il renversât les familles royales des deux pays, et que, de cette manière, il réunit le peuple sous un seul gouvernement civil. Les prophètes ou initiés hébreux se souciaient comme d’un fétu du Temple de Salomon, profané par les prêtres. Elie n’y mit jamais les pieds, ni Elisée, ni Jonas, ni Nahum, ni Amos, ni n’importe quel autre Israélite. Tandis que les initiés s’en tenaient à la « doctrine secrète » de Moïse, le peuple sous la conduite de ses prêtres, était plongé exactement dans la même idolâtrie que les païens. Et ce sont les notions et les interprétations populaires de Jéhovah qu’ont adopté les chrétiens.

Nous ne serions nullement étonnés de voir poser la question suivante : « Après tant de preuves pour démontrer que la Théologie chrétienne n’est qu’un pot-pourri des mythologies païennes, comment a-t-on pu la rattacher à la religion mosaïque ? » Les chrétiens primitifs, Paul et ses disciples, les Gnostiques et leurs successeurs, considéraient, en général, le Christianisme et le Judaïsme comme deux religions tout à fait distinctes. A leur point de vue, cette dernière était une doctrine antagoniste, et venant d’une origine inférieure. « Vous avez reçu la loi », dit Stephen, « par le ministère des anges, ou des avons, mais non pas du Très-Haut lui-même. D Les Gnostiques, ainsi que nous l’avons vu, enseignaient que Jéhovah, la Divinité des Juifs, était Ilda-Baoth, le fils de l’ancien Bohu, ou Chaos, l’adversaire de la Sagesse Divine.

La réponse à cette question est aisée. La loi de Moise et le prétendu monothéisme des Juifs, ne sont guère plus vieux de deux cents ans que le Christianisme. Le Pentateuque, lui-même, nous en avons la preuve, fut écrit et révisé, à une époque ultérieure à la colonisation de la Judée, sous la dénomination des rois perses. Les Pères chrétiens, dans leur hâte de voir leur doctrine se confondre avec le Judaïsme, et d’éviter ainsi le paganisme, éludèrent inconsciemment Scylla pour se laisser prendre dans le tourbillon de Charybde. Sous le vernis monothéiste des Juifs reparaît la même mythologie familière du paganisme. Mais nous ne devrions pas envisager les Israélites avec moins de faveur, parce qu’ils ont adoré Moloch et qu’ils ont agi comme les peuples indigènes. Nous ne pouvons pas non plus exiger des Juifs qu’ils paient pour leurs ancêtres. Ils avaient leurs prophètes et leur loi, et ils en étaient satisfaits. Qu’ils aient noblement défendu la foi de leurs ancêtres et qu’ils s’y soient maintenus, malgré les persécutions les plus cruelles, les restes actuels d’un peuple, naguère glorieux en font foi. Le monde chrétien a été dans un état de convulsion, depuis le premier siècle jusqu’à nos jours ; il s’est divisé en une foule de sectes ; mais les Juifs sont restés substantiellement unis. Et même leurs divergences d’opinions ne parviennent pas à affaiblir leur unité.

On ne retrouve nulle part dans le monde chrétien l’exemple des vertus chrétiennes prêchées par Jésus dans son sermon sur la montagne. Les ascètes bouddhistes et les fakirs indiens sont peut-être les seuls à les pratiquer. Entre temps, les vices que de vils calomniateurs ont attribués au paganisme florissent ouvertement parmi les Pères Chrétiens et au sein des Eglises Chrétiennes.

La brèche tant vantée entre le Christianisme et le Judaïsme, sous l’autorité de Paul, n’existe que dans l’imagination des dévots. Nous ne sommes rien de plus que les héritiers des Israélites intolérants de jadis ; non pas des Hébreux de l’époque d’Hérode et de la domination romaine, qui, malgré toutes leurs fautes avaient strictement gardé l’orthodoxie et le monothéisme, mais de ces Juifs, qui sous le nom de Jéhovahnissi, adorèrent Bacchus-Osiris, Dio-Nysos et le Jupiter de Nyssa aux formes multiples, le Sinaï de Moïse. Les démons cabalistiques – tous des allégories profondément significatives – furent adoptés comme des entités objectives, et une hiérarchie satanique fut soigneusement élaborée par les démonologues orthodoxes.

La devise des Rose Croix, « Igne nafura renovatur infegra » que les alchimistes interprètent par la nature renouvelée par le feu, ou la matière par l’esprit, est aujourd’hui imposée comme Iesus Nazarenus rex Judorum. On accepte au pied de la lettre la satire railleuse de Ponce-Pilate, et on fait ainsi reconnaître inconsciemment aux Juifs la Royauté du Christ ; tandis que si l’inscription n’est pas un faux de l’époque de Constantin, elle est néanmoins l’acte de Pilate, contre lequel les Juifs furent les premiers à protester avec violence. I. H. S. est interprété par Jesus Hominum Salvator, et par In hoc signo tandis que IHΣ est un des plus anciens noms de Bacchus. Et nous constatons de plus en plus, à la lumière de la théologie comparée, que le grand but de Jésus, l’initié du sanctuaire intérieur, était d’ouvrir les yeux de la multitude fanatique, à la différence entre la Divinité la plus élevée, le mystérieux IAO jamais nommé, des anciens initiés chaldéens et des Néo-Platoniciens subséquents – et le Yahuh des Hébreux, ou Yaho (Jéhovah). Les Roses Croix modernes, si violemment pris à partie par les catholiques, sont aujourd’hui accusés, comme de leur crime le plus abominable, d’avoir prétendu que le Christ avait détruit le culte de Jéhovah. Plût à Dieu qu’il eût eu le temps de le faire, car de cette manière le monde ne se serait pas vu, après dix-neuf siècles de massacres mutuels, divisé en 300 sectes se querellant les unes avec les autres, avec un Diable personnel, qui règne sur le Christianisme terrorisé !

Selon l’exclamation de David, paraphrasée dans la version de la Bible (version anglaise) en « tous les dieux des nations sont des idoles », en d’autres termes, des diables, Bacchus, le « premier né », de la théogonie orphique, le Monogenes, ou le « fils unique » du Père Zeus et de Korê, se vit transformé de même que tous les anciens mythes, en diable. Par cette dégradation, les Pères, dont le zèle pieux ne fut surpassé que par leur ignorance, ont fourni inconsciemment des armes contre eux-mêmes. Ils ont, de leurs propres mains, aplani le terrain pour plus d’une solution future, en aidant les étudiants modernes de la science des religions.

C’est dans le mythe de Bacchus que, pendant de longs et monotones siècles, demeura cachée la justification des « dieux des nations » si souvent maltraités, et le dernier fil conducteur pour déchiffrer l’énigme de Jéhovah. L’étrange dualité des caractéristiques Divines et mortelles, si apparentes dans la Divinité sinaïtique, commence à laisser pénétrer son mystère à la suite des infatigables recherches de l’époque actuelle. Nous en voyons une des dernières contributions dans un court article, mais très important paru dans l‘Evolution, un journal de New-York, dont le paragraphe final jette un flot de lumière sur Bacchus, le Jupiter de Nyssa, que les Israélites adoraient sous la forme du Jéhovah du Sinaï.

« Tel était, pour ses adorateurs, le Jupiter de Nyssa », dit l’auteur en terminant. « Il personnifiait pour eux aussi bien le monde de la nature, que le monde de la pensée. Il était le « Soleil de la Justice qui porte la guérison sur ses ailes », et non seulement il apportait aux mortels la joie, mais il ouvrait devant eux l’espoir de la vie immortelle au-delà de la mort. Né d’une mère humaine, il la transporta du monde de la mort dans les régions célestes, pour y être vénérée et adorée. Maître de tous les mondes, il y figurait aussi dans chacun d’eux comme le Sauveur.

« Tel était Bacchus, le dieu-prophète. Une transformation du culte, décrétée par l’Assassin impérial, l’Empereur Théodose, à la requête du Saint Père Ambroise de Milan, vint changer son nom en Père Mensonge. Son culte, naguère universel, fut condamné comme païen ou local, et ses rites abolis comme sorcellerie. Ses orgies prirent le nom de Sabbat, des Sorcières, et sa forme symbolique favorite, avec le pied de bœuf, devint la représentation moderne du Diable au pied fourchu. Le maître de la maison ayant reçu l’appellation de Béelzebub, ceux de sa maison furent également dénoncés comme ayant un commerce avec les puissances des ténèbres. On entreprit des croisades ; des peuples entiers furent massacrés. La connaissance et les hautes études furent également dénoncées comme de la magie et de la sorcellerie. L’ignorance devint la mère de la dévotion – telle qu’on l’estimait alors. Galilée languit pendant de longues années en prison pour avoir enseigné que le soleil était le centre de l’univers solaire. Bruno périt sur le bûcher à Rome en l’an 1600 pour avoir ranimé la philosophie antique ; et cependant, chose curieuse, les Liberalia sont devenues une des fêtes de l’Eglise (313d), Bacchus est un saint qui occupe, à quatre reprises différentes, une place dans le calendrier, et sur maint autel on peut le voir reposant dans les bras de sa mère divinisée. Les noms ont été changés ; les idées sont restées les mêmes qu’auparavant (314d).

Et maintenant que nous avons fait voir qu’il faut « dire un adieu éternel à tous les anges rebelles », nous allons passer à l’examen du Dieu Jésus, qui a été fabriqué de l’homme Jésus, afin de nous sauver de ces mêmes diables mythiques, comme nous le dit le Père Ventura. Ce travail nous amènera tout naturellement à faire une étude comparée de l’histoire du Bouddha- Gautama, de ses doctrines et de ses « miracles », en les mettant en regard de ceux de Jésus et du prédécesseur de tous les deux – Christna.

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