LE MYTHE DU DIABLE – partie 10

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre X - Le Mythe du Diable

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Il est, par conséquent, fort naturel de voir ses nombreuses aventures, mondaines et religieuses, fidèlement reproduites dans la Descente aux Enfers. L’Evangile de Nicodème, maintenant seulement proclamé apocryphe, surpasse tout ce que nous avons lu, en fait de mensonges et de plagiat éhonté. Que le lecteur juge par lui-même.

Au début du chapitre XVI, Satan et le « Prince des Enfers » sont en paisible conversation. Tout à coup, ils sont effrayés par une « voix comme le tonnerre », et le fracas du vent, qui leur commande de relever leurs portes, parce que le « Roi de Gloire désire entrer ». Sur ce, le Prince de l’Enfer, « se met à quereller Satan pour n’avoir pas pris les précautions nécessaires, afin d’empêcher une pareille visite ». La querelle se termine quand le prince jette « Satan hors de son Enfer », ordonnant en même temps à ses serviteurs impies « d’avoir à fermer les portes de bronze de la cruauté, de les assujettir avec des barres de fer, et de combattre courageusement de peur que nous ne soyons faits prisonniers ».

Mais « lorsque la communauté des saints… (en Enfer ?) l’entendit, ils s’adressèrent d’une voix courroucée au Prince des Ténèbres, en lui disant : Ouvre tes portes afin que le Roi de Gloire puisse entrer », prouvant, par cela, que le prince avait besoin de porte-parole.

« Et le divin (?) prophète David s’écria, en disant : N’ai-je pas bien prophétisé, lorsque j’étais sur la terre ? ». Après cela un autre prophète, Esaie, parla dans les mêmes termes « N’ai-je pas bien prophétisé ? » etc. Puis la communauté des saints et des prophètes après s’être vantée d’un bout du chapitre à l’autre, et avoir comparé les notes de leurs prophéties commencent une bagarre ce qui fait dire au Prince de l’Enfer que « les morts ne s’étaient, jusque là, jamais permis une conduite aussi insolente envers nous (les diables, XVIII, 6) ; tout en feignant d’ignorer, pendant tout ce temps, qui était celui qui demandait admission. Il demande alors fort innocemment : « Mais qui est ce Roi de Gloire ». David lui dit alors qu’il ne connaît que trop bien la voix, et qu’il comprend fort bien ses paroles. « parce que » ajoute-t-il, « je les ai parlées en vertu de son Esprit ». Voyant, enfin, que le Prince de l’Enfer s’obstine à ne pas vouloir ouvrir les « portes de bronze de l’iniquité », bien que le roi psalmiste se soit porté garant pour le visiteur, David, se décide alors à traiter l’ennemi « en Philistin et lui crie : Et maintenant immonde et puant prince de l’enfer, ouvre tes portails… Je te dis que le Roi de Gloire est là… laisse-le entrer ! »

Pendant qu’il se disputait encore, « le puissant Seigneur apparut sous la forme d’un homme » (?) sur quoi « la Mort impie et ses cruels officiers sont saisis de frayeur ». Ils s’adressent alors, en tremblant au Christ, lui prodiguant les flatteries et les compliments, sous forme de questions, dont chacune est un article de foi. Par exemple : « Et qui es-tu, toi qui es si puissant et si grand, qui libères les captifs retenus enchaînés par le péché originel ? » demande un de ces diables. « Peut-être es-tu Jésus », demande humblement un autre, « dont Satan vient justement de parler, et qui « par la mort sur la Croix, as reçu la puissance sur la mort ? » etc. Au lieu de leur répondre, le Roi de Gloire a foule la Mort aux pieds, saisit le Prince des Enfers et le dépouille de son pouvoir ».

C’est alors que commence en Enfer un vacarme, fort graphiquement décrit par Homère, Hésiode et leur interprète Preller, dans son récit de l’astronomique Hercules Invictus, et de ses fêtes à Tyr, Tarse et Sardes. Après avoir reçu l’initiation dans les Eleusinia de l’Attique, le dieu païen descend dans l’Hadès et lorsqu’il pénètre dans le monde inférieur il répand une telle terreur parmi les morts que tous s’enfuient (290d) » ! Nous retrouvons les mêmes paroles dans Nicodeme. Il s’ensuit alors une scène de confusion, d’horreur et de lamentations. S’apercevant que la bataille est perdue, le Prince de l’Enfer tourne casaque et se range prudemment du côté du plus fort. Celui contre lequel selon Jude et Pierre, même l’archange Michel « n’osa pas porter une accusation devant le Seigneur », est maintenant honteusement abandonné par son ex-allié et ami le « Prince de l’Enfer ». Le pauvre Satan se voit honni et injurié pour tous ses crimes, aussi bien par les saints que par les diables ; tandis que le Prince est ouvertement récompensé pour sa trahison. S’adressant à lui, le Roi de Gloire lui dit : « Beelzebub, le Prince de l’Enfer, Satan sera dorénavant sujet à ton pouvoir, à jamais à la place d’Adam et de ses vertueux fils, qui sont les miens… Venez à moi, vous tous, mes saints, qui avez été créés à mon image, qui avez été condamnés par l’arbre au fruit défendu et par le Diable et la mort. Vivez dorénavant par le bois de ma croix ; le Diable, le prince de ce monde est battu (?) et la Mort est vaincue« . Puis le Seigneur prenant Adam par sa main droite et David par la gauche « monte de l’Enfer, suivi par tous les Saints, Enoch, Elie et le bon larron (291d) ».

Est-ce par oubli, que le pieux auteur omet de compléter la cavalcade, en y faisant figurer le dragon repentant de Siméon le Stylite, et le loup converti de saint François, remuant la queue et versant des larmes de joie !

Dans le Codex des Nazaréens, c’est Tobo qui est le libérateur de l’âme d’Adam, « et qui la transporte de l’Orcus (Hadès) au séjour de VIE. Tobo est Tob-Adonijah, un des douze disciples (Lévites) envoyés par Jéhosaphat pour prêcher aux cités de Judah le Livre de la Loi (II Chron. XVII). Dans les livres cabalistiques ceux-ci étaient « des hommes sages », des Mages. Ils attirèrent les rayons du soleil pour illuminer Shéol (Hadès) Orcus, et montrer le chemin à l’âme d’Adam, qui représente collectivement les âmes de l’humanité entière, pour sortir des Ténèbres, l’obscurité de l’ignorance. Adam (Athamas) c’est Tamuz ou Adonis, et Adonis est le soleil Hélios. On fait dire à Osiris dans le Livre des Morts (VI, 231). « Je resplendis comme le soleil dans la maison des astres, pendant la fête du soleil ». Le Christ est appelé « Soleil de Justice », « Hélios de Justice » (Eusebe : Démons. Ev. V. 29) ce qui n’est autre chose qu’une répétition des anciennes allégories païennes ; néanmoins le faire servir à un pareil usage, n’est pas moins impie de la part de ceux qui prétendaient décrire un véritable épisode du pèlerinage terrestre de leur Dieu !

« Héraclès est sorti des demeures terrestres, en quittant le palais souterrain de Pluton » (292d).

« Tu fis trembler les noirs étangs du Styx, et le portier d’Orcus te redoutait… Ni Typhon, lui-même, ce géant tout armé ne t’inspira aucun effroi… Nous te saluons, digne FILS de JUPITER, nouvelle GLOIRE ajoutée aux dieux ! (293d) ».

Plus de quatre siècles avant la naissance de Jésus, Aristophane avait écrit sa parodie de la Descente aux Enfers de Héraclés (294d). Le chœur des a bienheureux », les initiés, les Champs Elysées, l’arrivée de Bacchus (qui est Iacchos-Iaho et Sabaoth) avec Héraclès, leur réception avec des torches allumées, emblèmes de la vie nouvelle et de la RESURRECTION des ténèbres, de la mort à la lumière, et de la VIE éternelle ; rien ne manque dans ce poème, de tout ce qu’on trouve dans l’Evangile de Nicodeme (295d)

« Réveillez-vous, flambeaux enflammés… car tu viens Iacchos, les brandissant dans tes mains, étoile phosphorescente du rite nocturne » (296d)

Mais les chrétiens acceptent au pied de la lettre ces aventures post- mortem de leur dieu, arrangées d’après celles de ses prédécesseurs païens, et parodiées par Aristophane quatre siècles avant notre ère ! Les absurdités de Nicodème étaient lues dans les églises, comme l’étaient aussi celles du Berger d’Hermas. Irenee cite ce dernier en le qualifiant d’Ecriture et de « révélation » d’inspiration divine ; Jerome et Eusebe insistent, tous deux, sur leur lecture publique dans les temples ; et Athanase observe que les Pères en « ordonnèrent la lecture afin de confirmer la foi et la piété« . Mais voici que survient le revers de cette brillante médaille, afin de faire voir, une fois de plus, l’instabilité et le peu de confiance que méritent les plus puissants piliers d’une Eglise infaillible. Saint Jérôme qui vante ce livre dans son catalogue des auteurs ecclésiastiques, le condamna plus tard dans ses commentaires, comme « apocryphe et vain » ! Tertullien qui ne trouvait pas assez de louanges pour le Berger d’Hermas, lorsqu’il était catholique, « en dit tout le mal possible lorsqu’il devint Montaniste » (297d).

Le chapitre XIII commence par le récit des deux revenants ressuscités, Charinus et Lenthius, fils du même Siméon qui, dans l’Evangile selon saint Luc (II, 25-32) prit l’enfant Jésus dans ses bras, et bénit Dieu en disant : « Maintenant, Seigneur tu laisses ton Serviteur s’en aller en paix… Car mes yeux ont vu ton salut (298d1) (298d2) ». Ces deux revenants sont sortis de leurs tombeaux glacés, tout exprès pour faire la déclaration des « mystères » qu’ils ont vus dans l’enfer, après leur mort. Ce n’est qu’à la requête urgente d’Anne et de Caïphe, de Nicodème (l’auteur), de Joseph (d’Arimathie) et de Gamaliel, qui les ont priés de leur révéler ces grands secrets, qu’ils ont été autorisés à le faire. Toutefois Annas et Caïphas, qui escortent les revenants jusqu’à la synagogue de Jérusalem, prennent la précaution de faire jurer sur le Livre de la Loi, aux deux hommes ressuscités, et qui étaient enterrés depuis des années, par le Dieu Adonai et le Dieu d’Israël, de ne dire que la vérité. C’est pourquoi après avoir fait le signe de la croix sur leurs langues (299d), ils demandent du papier pour écrire leurs confessions (XII, 21-25). Ils disent comment, lorsque « au fond de l’enfer et dans l’obscurité des ténèbres », ils virent soudain « une substantielle lumière pourpre, illuminant l’endroit ». Adam, les patriarches et les prophètes se réjouissent alors, et Esaïe se vante d’avoir prédit tout cela. C’est alors qu’arrive Siméon, leur père, en déclarant que « l’enfant qu’il avait tenu dans ses bras, dans le temple, allait venir pour les délivrer ».

Après que Siméon eût délivré son message à l’honorable compagnie de l’enfer, « survint un personnage ressemblant à un petit ermite, (?) qu’on reconnut pour être Jean-Baptiste ». L’idée est suggestive, et montre que même le « Précurseur » et le « Prophète du Tout Puissant » n’avait pas été exempt de sécher un enfer, jusqu’à être réduit en dimensions, et que cela avait affecté son cerveau et sa mémoire. Oubliant (Mathieu XI) qu’il avait manifesté les doutes les plus sérieux au sujet de la mission messianique de Jésus, le Baptiste prétend au droit d’être également reconnu comme prophète. « Et moi, Jean, dit-il, lorsque je vis Jésus s’approchant de moi, mû par le Saint-Esprit, je m’écriai : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde… et je le baptisai… et je vis le Saint-Esprit descendre sur lui en disant : Celui-ci est mon Fils Bien Aimé, etc. » Et de penser que ses descendants et ses disciples, comme les Mandéens de Basra, nient complètement ces paroles !

C’est, alors, au tour d’Adam, qui agit comme si sa véracité était mise en doute dans cette « assemblée impie », d’appeler son fils Seth, en lui ordonnant de déclarer à ses fils, les patriarches et les prophètes, ce que l’Archange Michel lui dit à la porte du Paradis, lorsque lui, Adam, envoya Seth pour « supplier Dieu d’oindre » sa tête pendant la maladie d’Adam (XIV. 2). Et Seth leur raconte que pendant qu’il priait à la porte du Paradis, Michel lui conseilla de ne pas demander à Dieu « l’huile de l’arbre de la pitié pour oindre la tête du père Adam afin de guérir sa migraine ; car tu ne pourras l’obtenir, à aucun prix, jusqu’au DERNIER JOUR, c’est-à-dire jusqu’à ce que 5500 ans se soient écoulés« .

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